Les arabes et les médias occidentaux accusent les israéliens de viser délibérement les civils. Mais pour cela, il faut des images, il faut de quoi alimenter la polémique. L’accusation à charge doit pouvoir sembler crédible.  De façon cynique certes, on peut se demander, face à de telles accusations, pourquoi le conflit ne fait pas plus de victimes, comparé notamment au darfour ou aux autres conflits armés dans le monde.

Les israéliens, de leur côté, qualifient cette pratique de propagande, et parlent d’usage des civils comme bouclier humain.

Chacun est libre de son jugement:

Combattant du Hamas couvert par des civils (source: take-a-pen.org)
Combattant du Hamas couvert par des civils (source: take-a-pen.org)
Enfants obligés de servir de bouclier humain. Palestine. (source: take-a-pen.org)
Enfants obligés de servir de bouclier humain. Palestine. (source: take-a-pen.org)

En quoi consiste la responsabilité des médias ? Parler de médias libres est illusoire: tout média (presse, télévision, radio,…) ne peut prétendre à l’exclusivité de la vérité, pour deux raisons. Qui finance ce média? Le propriétaire peut intervenir dans la ligne éditoriale ou dans le recrutement des journalistes. Quelle est le contenu de la ligne éditoriale? Tout média part d’un certain nombre de présupposés et de prises de position politiques. Sans parler des pressions politiques, judiciaires, policières que peuvent subir des journalistes, et pas nécessairement dans les dictatures… De plus, comment les médias présentent-ils les faits? Avec quelles images? La responsabilité d’un média n’est donc pas de fournir la seule information vraie. En amont et en aval, le fait subit un certain nombre de distorsions et de reconstructions qui, finalement, font de l’information un donné politique. C’est à ce niveau qu’intervient l’idée de déontologie.

La déontologie, c’est la pratique du journalisme selon plusieurs critères.

  1. L’usage de sources fiables (dans un domaine donné), contradictoires (pour ne pas se contenter d’une éventuelle tentative d’influer l’information par le recours à une seule source), plurielles (si possible, multiplier les témoins et les preuves (images, lettres, photos, échanges téléphoniques,…).
  2. L’analyse critique des sources: en se demandant pour quelles raisons un témoin présente telle version des faits, ce qui est contradictoire, ce qui est cohérent, ce qui est trop cohérent, quels sont les rôles qu’il attribue à chacun des éléments qu’il insère dans son témoignage, à quelles informations il a accès pour formuler telle ou telle hypothèse.
  3. La mise en perspective: en changeant d’échelle, en faisant intervenir des situations parallèles ou similaires, en recherchant des éléments biographiques sur les intervenants, en se demandant qui a intérêt à la diffusion de telle info, et qui n’a aucun intérêt.
  4. La mise en forme. Cette question est controversée. C’est à ce niveau que la déontologie du journaliste est mise à l’épreuve. Face à des pressions extérieures, va-t-il céder et renoncer? Face au rédacteur en chef, va-t-il diffuser des informations contraires à la ligne éditoriale, même si ces infos sont le résultat d’une enquête de fond? Face à l’opinion publique et à l’effet de mode, le journaliste, va-t-il lui apporter sa caution, ou au contraire, va-t-il tenir tête?

La pratique journalistique est donc largement perméable aux interférences politiques ou idéologiques. Il ne s’agit pas de jeter la pierre aux journalistes du monde, ce sont des passionnés qui doivent bien souvent également subvenir aux besoins de leur famille. Les conditions d’exercice de la profession n’encouragent d’ailleurs généralement pas un travail de fond: impératif du temps et du scoop, demandes des rédacteurs en chef, non-protection des autorités policières dans le cas d’analyses à risques, pressions diverses. De nombreux journalistes ou citoyens paient de leur liberté ou de leur vie (Chine, Inde, Amérique latine,…) la volonté de tenir informé.

La différence fondamentale réside dans l’engagement de chacun des journalistes: ainsi, un journaliste qui révèle après enquête les liens entre politiciens et cartels de la drogue ne prend pas le même risque qu’un présentateur du JT qui évoque sans vérifier les sources le nombre de blessés fournis par le Hamas pendant l’opération Oferet Yetsukah.

Le journalisme est donc une corde étroite reliant l’éthique et l’allégeance. Conçue à partir du 18e comme instrument de formation de l’opinion publique et de la société civile face à l’oppression du pouvoir, la presse, et maintenant les médias, sont aussi devenus de moyens de propagande et de manipulation de l’opinion.

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