Aux origines de l’antisionisme. I-L’antisémitisme: une archéologie

La naissance de l’« antisémitisme ». (c)

Étymologiquement, le terme « antisémitisme » et ses dérivés ne sont utilisés qu’à partir de février 1879, dans un essai du journaliste Wilhelm Marr intitulé La victoire de la germanité contre la judéité. Étudiée d’un point de vue non-confessionnel. Ce pamphlet est un véritable succès de librairie qui connut jusqu’à 12 éditions la même année. « Antisemitismus » fait alors office de slogan politique incarnant le tournant raciste d’une frange conservatrice et populiste de la politique allemande, donnant lieu à la création d’une Ligue des Antisémites (29 septembre 1879) ou à des partis se revendiquant d’une ligne politique raciste dirigée contre les juifs (Parti social-chrétien, Parti du Progrès…)

Fin septembre 1879, le discours du prédicateur luthérien Adolf Stoecker est ouvertement antisémite, et prône la ségrégation à l’encontre des juifs.

Entre 1880-1881 circule une pétition (la « pétition des antisémites »), obtenant à l’époque plus de 267 000 signataires, dont des personalités célèbres (Hans von Bülow,…) et un étudiant allemand sur cinq. Elle exigeait

  1. l’expulsion des juifs de tout emploi public, de l’armée et de la justice,
  2. l’interdiction pour les juifs d’exercer un emploi d’enseignant, à l’exception de quelques postes temporaires à l’université (sciences) et soumis à contrôle,
  3. le rétablissement de statistiques officielles concernant la proportion de population juive,
  4. de strictes restrictions à l’immigration juive en provenance de Russie ou d’Autriche-Hongrie.

Ces régions sont touchées par des progroms ayant eu lieu le 26 avril 1880 à Kiev, les 3,4 et 5 mai 1880 à Odessa, le 15 avril 1881 à Elisabetgrad, les mois de décembre et janvier 1881-1882 à Varsovie, etc…

Victimes de progrom. Russie blanche, 1910
Victimes de progrom. Russie blanche, 1910

Au même moment, en 1881, Charles-Eugène Dühring édite une brochure plus violente encore, intitulée La question juive: une question raciale, morale et culturelle, présentant les juifs comme menace à la pureté biologique et raciale, qualifiant les mesures de discriminations de faiblesse temporaire, appelant à des solutions définitives.. Lire la Suite

Aux origines de l’antisionisme

Les « antisionistes » accusent les « sionistes » de se cacher derrière l’Holocauste et l’antisémitisme pour mener une politique prétendûment disproportionnée à l’égard des « palestiniens ». Les « sionistes » affirment qu’il n’y a aucune différence entre « antisionisme » et « antisémitisme », l’un ayant visé les juifs en tant que minorité religieuse en Europe, l’autre, l’autre s’en prenant aux juifs en tant que minorité culturelle et politique au Proche-Orient.

Force est de constater qu’il y a une parenté évidente entre le discours antisémite et le discours antisioniste, et que les critiques de la politique israélienne sont en réalité bien plus nombreuses que les louanges. Y a-t-il vraiment un lien entre la shoah et la politique israélienne ? A-t-on alors le droit de critiquer l’« antisionisme » et ses partisans ? Comment un discours antisémite est-il encore possible, après la shoah ? Quel est le lien entre l’antisémitisme et la restauration de l’État d’Israel ?

Questions controversées dont on ne peut faire l’économie si l’on veut mettre en perspective le conflit arabo-israélien et les points de vue respectifs de chaque protagoniste.

Cette série d’articles est l’oeuvre originale de l’auteur de ce blog.

    Article 1 → I  L’antisémitisme: origine et logique (c)
    Article 2 → II  L’antisémitisme en France (c)
    Article 3 → III L’antisémitisme dans le monde musulman (c)
    Article 4 → IV L’ambivalence de l’antisionisme (c)