Du pacifisme d’inspiration sioniste au militantisme radical anti-israélien

En parcourant les médias, vous serez peut-être amenés à penser que les seuls israéliens favorables à la paix sont ceux qui dérogent à la vulgate anti-israélienne : les pacifistes, auréolés de toutes les vertus et des meilleurs intentions. Des associations comme B’Tselem sont connues pour leur soutien aux Palestiniens et leur dénonciation de l’« occupation ». Si l’intention initiale des pacifistes israéliens était, d’après ce qu’ils annoncent, la défense du sionisme, on peut se demander pourquoi ces mêmes mouvements vont progressivement devenir des militants antisionistes extrêmes, compensant leur faible écho dans la société israélienne par une médiatisation aggressive.

Selon certains militants, c’est le fait de l’« occupation » qui les serait à l’origine de leur engagement contre la présence d’Israel en Cisjordanie. D’autres assurent que c’est par opposition aux religieux qui choisissent de s’établir en Judée et Samarie, et représenteraient ainsi un obstacle à la paix. D’autres enfin considèrent que c’est par simple attachement aux valeurs universelles qu’ils sont devenus antisionistes. Des valeurs qui pourtant conduisent ces groupes militants à soutenir les mouvements radicaux arabes ouvertement judéophobes. Et des valeurs universelles qui s’évanouissent dès qu’il est question de les appliquer à Israel. Comment comprendre cette contradiction ?

De Shalom Ahshav aux manifestations contre la guerre du liban

Si le courant pacifiste, prônant la création d’un Etat binational (vision solipsiste sans aucune compréhénsion des projets de leurs interlocuteurs arabes), est ancien dans le mouvement sioniste, avec Brit Shalom (l’alliance de la paix), il prend une forme différente à partir de la Guerre des Six jours qui voit Israel quadrupler sa superficie. Ces terres vont-elles permettre de négocier avec les pays arabes selon le principe la terre contre la paix ?

Le premier mouvement, Hatnoua leShalom veBitahon (mouvement pour la paix et la sécurité) considère que le retour de Juifs dans les régions d’où ils avaient été chassés par les armées arabes en 1948-1949 (Judée, Samarie, Jerusalem, Sinaï) serait un obstacle au strict principe d’un échange des terres contre la paix et des frontières sûres et reconnues. De plus, la victoire israélienne avait placé près d’un million d’arabes sous son autorité. Comment conserver ces territories jusqu’à un éventuel accord de paix ? Le pacifisme postule la volonté inconditionnelle des pays arabes voisins de parvenir à la paix en reconnaissant Israel. Les accords Begin-Sadate vont représenter pour les pacifistes un élément moteur. Il me semble plutôt que ces accords, certes symboliques, sont surtout dûs à la rupture de Sadate vis-à-vis de l’allié soviétique. Le bénéfice d’un accord peu contraignant consiste dans l’otention d’un soutien américain, restaurant la capacité militaire du pays (qui avait montré sa défaillance sous l’aide soviétique) et maintenant le régime en place. Le mouvement pour la paix et la sécurité sera rejoint par d’autres groupes comme Oz veShalom (force et paix), le Conseil israélien pour la paix israélo palestinienne… Le mouvement Shalom Ahshav élabore quant à lui une stratégie ancrée sur la visibilité et la mesure, c’est-à-dire une stratégie classique de marketing : promouvoir et diffuser en rassurant.

« Nous avons besoin des communistes pour leur nombre, des antisionistes pour leur activisme, et des sionistes de gauche pour leur légitimité. » (Daniel Amit, cité par Michel Warschawski dans Architect of unity: Daniel Amit (1938-2007), 07/11/2007)

En 1978, 348 officiers réservistes de Tsahal ont adressé une lettre au gouvernement Begin pour exiger la fin de l’« occupation » en l’adossant à la survie de la démocratie israélienne. Avec plus de 10 000 signatures, le mouvement Shalom Ahshav entre dans la bataille et parvient à réunir plus de 100 000 israéliens la veille du départ de Begin à Camp David.

Camp David 17 septembre 1978. Sadate, Carter, Begin
Camp David 17 septembre 1978. Sadate, Carter, Begin

Le premier effet de l’émergence de ces groupes est le recentrement abusif du conflit sur une dimension arbitrairement nationale: il n’y aurait plus de conflit arabo-israélien, mais simplement une lutte entre israéliens et palestiniens, ce qui est en stricte conformité avec la version diplomatique des Palestiniens. Nous reviendrons sur ce point : les pacifistes israéliens ont été un des leviers pour l’OLP pour obtenir une reconnaissance politique et internationale d’une identité palestinienne née de la défaite de 1967… Ce sont les mouvement d’extrême gauche comme Matzpen (la boussole), Sheli (Shalom leIsrael, la paix pour israel) qui considèrent que seules des négociations avec les Palestiniens conduiraient à la paix… Une paix que d’improbables négociations avec les Etats arabes voisins seraient en peine d’obtenir…

En revanche, ce que le passage de population arabe sous autorité israélienne va entériner, c’est le changement d’image d’un nationalisme arabe abstrait, orienté uniquement contre toute présence juive et toute autonomie juive, qui s’incarne en lutte nationaliste, irrédentiste, revancharde et radicale, mutation à laquelle les militants d’extrême gauche israélien vont apporter leur contribution. Les fondements anti-juifs du nationalisme palestinien dissimulés derrière l’apparence d’une lutte d’auto-détermination.

En 1981, l’université de Bir Zeit s’oppose à la mise en place de l’administration civile en remplacement de la gestion directe des aspects administratifs de la présence israélienne en Cisjordanie par Tsahal. Le Comité de solidarité avec Bir Zeit constitue la première collaboration des Israéliens avec les militants palestiniens contre le gouvernement israélien et, à cette occasion, le mouvement Shalom Ahshav dut quitter sa position apparemment neutre et révéler la radicalité de son soutien à la radicalisation des Palestiniens, notamment autour des manifestations de février et mars 1982.

Quelques mois plus tard, Israel envahit le Liban d’où l’OLP menait des raids contre les civils israéliens. Le 26 juin, le Comité de solidarité avec Bir Zeit changea de nom: le nouveau Comité contre la guerre au Liban rassembla près de 20 000 signatures, et en juillet près de 100 000 personnes manifestèrent contre la guerre. Le mouvement Shalom Ahshav continue à ce moment de prôner officiellement le légalisme: Tamar Hermann souligne l’impératif de « manifester l’allégeance aux valeurs collectives centrales et de conserver un caractère légal. » Cela se traduit par un soutien tacite à Yech Gvul (il y a une limite) qui milite pour l’objection de conscience, tout en utilisant notamment les sentiments des famille craignant pour la vie des soldats. En septembre 1982, peu après les massacres de Sabra et Chatila par les phalangistes d’Elie Hobeika en représailles du massacre des chrétiens de Damur par l’OLP, une manifestation organisée notamment par Shalom Ahshav rassemble près de 1 israélien sur 10. Cela s’explique moins par le succès de leur thèse que par l’absence de consensus autour d’une guerre qui semblait trop risquée.

C’est à partir de ce moment que les Palestiniens comprirent l’importance stratégique que pouvait représenter un rapprochement avec ce « camp de la paix » auto-proclamé. Les Palestiniens sont passés d’une collaboration plutôt limitée et réticente lors des manifestations de Bir Zeit à la volonté de n’accorder de reconnaissance qu’à ces mouvements. En d’autres termes, l’objectif est d’utiliser les mouvements pacifistes comme seul mouvement reconnu comme valable dans les discussions. L’alignement du camp de la paix sur les revendications des Palestiniens, sans pour autant en comprendre le sens, permet aux dirigeants de l’OLP de reconfigurer leur stratégie vis-à-vis des Israéliens, stratégie de reconquête progressive qui trouve dans les accords d’Oslo son premier aboutissement.

La radicalisation des mouvements anti-sionistes.

Mais, il a fallu passer par l’épreuve de force de la première  »intifada ». À cette occasion des organisations plus radicales et ouvertement antisionistes vont émerger à partir de juin 1987 comme day laKibush (stop l’occupation), et du 4 juin 1988 avec the 21st year: amanah leMaavak neged haKibush (la 21e année: convention pour la lutte contre l’occupation, avec à sa tête un ancien de Shalom Ahshav, Adi Ophir), en 1989 B’Tselem (se présentant comme le « centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés »), le Comité israélien contre la démolition des maisons, les Rabbins pour les droits de l’homme.

La différence par rapport aux mouvements précédents est qu’ils vont commencer à faire appel à des volontaires de l’extérieur, d’où l’adoption d’une rhétorique des droits de l’homme dans leur discours de légitimation.

Les organisations pacifistes israéliennes sont passées d’un discours de défense apparente du sionisme, à un appel à une coexistence pacifique, avant d’adopter ouvertement un discours anti-israélien, démonisant l’existence même d’Israel et de sa société multiculturelle. Parmi leurs initiatives, on doit relever les sit-in devant la résidence du Premier Ministre, les manifestations en Israel, et surtout des visites dans les villes arabes. Une ligne militante que Shalom Ahshav décrira comme un moyen uniquement de « défouler les militants ».

Ces mouvements ne représentent pas une organisation unique, mais une dizaine de groupes plus ou moins militants qui ciblent des stratégies diverses : des  »analyses » sur les effets supposés négatifs de l’ « occupation » pour israel… qui se rélèvent en réalité une charge contre la société israélienne, le calibrage des recueils de témoignages palestiniens en vue de produire un effet de sympathie puis de solidarité, l’organisation de mises en scène pour « dédramatiser la violence » et filmée comme scènes réelles…

Ils mènent donc une double stratégie, d’un côté une radicalisation de la position des Palestiniens (« ces militants contribuent à la détérioration rapide de la situation en Samarie », « ils prennent la loi entre leurs mains », in M.Rotem « anti-occupation protesters stay in custody », 29 mai 1989), de l’autre, la criminalisation des hayalim., participant d’une diabolisation de toute vie juive et du sionisme: Israel, ses lois, son avenir. En une dizaine d’années, le mouvement pacifiste est passé d’une rhétorique de défense de frontières sûres (ce que la ligne d’armistice de 1949 ne constitue en aucun cas) à une rhétorique de délégitimation d’Israel et de sa société, qu’incarne la création, à la fin de l’Intifada, du bloc de la paix (Gush Shalom) par l’ancien militant Uri Avinery.

La première rupture que représente Oslo pour les militants pacifistes israéliens, est à l’image de sa radicalisation. Ils s’étaient entièrement fondés sur le principe que le gouvernement israélien ne ferait aucun pas en direction des Arabes, et concevaient le militantisme comme une fin en soi, avec des postures figées de part et d’autres. Le second bouleversement consiste dans l’écart qui s’est progressivement creusé avec les Palestiniens, dont le discours anti-occupation est bien antérieur à la naissance du militantisme israélien, et ne visait rien d’autre que la destruction d’Israel. L’extrême gauche pensait se servir des Palestiniens comme d’un levier et un positionnement contre la société israélienne, quand ce sont les Palestiniens qui sont parvenus à leur faire adopter la rhétorique nationaliste arabe. Cela permet de comprendre pourquoi ces militants reconnaissent aux Palestiniens ce qu’ils refusent aux Juifs, en l’occurrence le droit à l’autodétermination. Paradoxe d’autant remarquable que l’OLP n’a jamais caché son projet d’éradication d’Israel.

En identifiant le nationalisme palestinien aux seules conditions matérielles (checkpoints), les pacifistes vont contribuer à donner une image d’Israel comme pays militariste, ce qu’il n’est pas, et à enfermer l’auto-défense légitime dans une dialectique irréelle où s’opposeraient civils (arabes) et soldats (israéliens). C’est aussi pour cette raison idéologique qu’une association comme B’Tselem présente dans ses rapports le décès de miliciens du Hamas comme victimes civiles. Je dirais qu’ils conçoivent le nationalisme arabe comme un nationalisme de confort (on veut le même confort que les israéliens, qui eux l’ont acquis selon le soutien des pétromonarchies…), et l’admettre reviendrait à reconnaître que leur projet de paix n’a aucune crédibilité en raison de l’exclusivité de leurs attaques anti-israéliennes. Nous aboutissons à une situation d’inertie où le militantisme se trouve enfermé dans une voie à sens unique, entre un retour impossible à des positions modérées et une fuite en avant avant, soucieuse de ne pas perdre l’image de dialogue bipartisan qu’ils cherchaient à adopter… Ce qui les lie d’autant plus à la rhétorique palestinienne de victimisation. Et ce d’autant plus qu’après Oslo, le gouvernement israélien et occidentaux financèrent de nombreuses initiatives d’échanges entre Israéliens et Palestiniens. La survie d’un millitantisme dépend non de ses réalisations positives ou concrètes (à la différence d’organisations comme Mashav), mais de la cible qu’il choisit d’harceler. Les années post-Oslo ne vont laisser subsister que les plus radicaux et sonner la fin du soutien dans l’opinion, déçue par les fausses promesse (Oslo résoudra tout).

L’assassinat de Yitshak Rabin le 04/11/1995 marque symboliquement le retour des militants anti-israéliens sur le devant de la scène, avec un discours centré sur les frustrations issues d’un processus de paix (qui n’a, à vrai dire, jamais vraiment eu lieu). Après Oslo, la multiplication des attentats qui vont en 6 ans coûter la vie à 171 victimes civils israéliens, ne correspond pas à un message de paix palestinien comme les pacifistes continuent de le prétendre. L’augmentation de la population juive en cisjordanie va mettre les Palestiniens et ses supporters devant un dilemme : si le projet de paix arabe est réel et sincère, s’il n’est pas dirigé contre les juifs exclusivement, la présence de juifs en cisjdoranie (qui ne sont qu’une minorité, comme la minorité arabe vivant en Israel…) ne devrait poser aucun problème (et l’armée israélienne n’aurait pas besoin de les défendre contre les attaques quotidiennes…) Mise en demeure auxquels ils vont répondre en présentant la « colonisation » comme le seul obstacle à la paix…

On assiste donc à la mise en place de formes d’engagement assimilé à de la dénonciation. Ce qui peut sembler à tous égards légitime, à savoir soutenir les droits des civils, soulève une suspiscion certaine quand le discours de ces militants devient exclusivement à charge contre Israel, au mépris par exemple des milliers d’handicapés, ou familles ayant perdu un membre de leur famille déchiqueté dans les attentats… L’organisation Shalom Ahshav, qui avait abandonné l’action de terrain pour de rentables expertises sur la colonisation rétribuées par les pays occidentaux, ne parvient d’ailleurs plus à convaincre, au moment du désengagement de Gaza, que quelques centaines de militants, du bien-fondé du pacifisme arabe.

L’intensification des attaques contre Israel (plus de 600 par mois) depuis les débuts de l’insurrection arabe en 2000 ont mis le gouvernement israélien à sont tour dans une situation difficile. Soit il se retirait, à l’image du retrait du Sud-Liban, ce qui était interprété par les ennemis d’Israel comme une défaite, soit il parvenait à vaincre l’insurrection armée afin de déconsidérer cette option dans d’éventuelles négociations. Cela conduit de toute évidence à un contrôle accru sur les activités des Palestiniens, que l’on comprend mieux quand on sait que les groupes islamistes (hamas, djihad, tanzim,…) se servaient d’ambulances, de cars d’enfants, de convois alimentaires,… pour dissimuler les explosifs à destination des attentats. L’organisation Taayush (coopération en arabe) émerge avec le but de politiser la situation humanitaire en Cisjordanie (difficile, mais non dramatique) pour inverser les prémisses de la guerre et réinstaurer la rhétorique de l’occupation et à décrébiliser l’action de pacification israélienne (ainsi que la qualification des groupes assassiant les civils israéliens de « terroristes » (il n’a jamais été question de parler des civils arabes comme terroristes, ce qui montre leu peu de bonne foi de ces mouvements…)

Se faire une idée de la réalité de terrain. De la ligne d'armistice de 1949 à la mer: quelques kilomètres...
Se faire une idée de la réalité de terrain. De la ligne d'armistice de 1949 à la mer: quelques kilomètres...

La mise en application de la barrière de sécurité, décidée en 2003, afin de restreindre les incursions des terroristes va fournir aux mouvements désormais quasi exclusivement anti-sionistes un nouveau motif de mobilisation, avec l’organisation, conjointement avec des associations palestiniennes, de manifestations contre la construction du « mur ». Les « anarchistes contre le mur », issus pour la plupart du milieu alternatif punk et queer de Tel-Aviv, optent pour une forte médiatisation, notamment internationale, avec des actions violentes, assurant une visibilité dépassant de très loin leur véritable importance, et donnant une image uniquement répressive à la présence juive en cisjordanie.

Cet éclatement du militantisme se retrouve dans la diversité des organisations créées depuis le début de l’insurrection : Machsom watch (qui observe le comportement de soldats au points de passage et organise un combat légal favorable aux palestiniens), haOmets Lesarev (le courage de refuser) qui, prétendent, au nom du sionisme et de ses valeurs, soutenir les objecteurs de conscience et les soldats qui refusent d’aller en cisjordanie, Shovrim Shtika (briser le silence), ou encore Bnei Avraham. Mais ces organisations ont été attaquées parles radicaux de ne dénoncer que la forme et non le fonds (l’existence d’Israel).

Bilan

Si l’on essaye de faire le bilan du pacifisme israélien, on peut certes évoquer des intentions louables, comme le soutien aux populations civiles dont l’existence est prise entre les miliciens palestiniens et l’impératif d’assurer la sécurité des citoyens israéliens du côté de Tsahal. Pourtant, le discours idéologique va vite se trouver confronté à l’impossibilité de proposer des solutions simples à une situation complexe et souvent mal identifiée. La cécité vis-à-vis des véritables exigences arabes n’est en réalité qu’une forme de paternalisme qui s’ignore.

Il me semble important de relever la contradiction interne de ces mouvements pour qui la défense de causes en apparence humanitaire doit se faire par la démonisation acharnée de tout ce qui se rapporte à Israel: sans doute comme reprise politisée de la haine judéophobe arabe…

La nature profondément anti-sioniste de ces mouvements explique leur manque de soutien en Israel, et leur omniprésence dans les médias occidentaux.

Commando Fedayin arabe s'apprêtant à passer la frontière et attaquer les civils Israel. autour de 1952.
Commando Fedayin arabe s'apprêtant à passer la frontière et attaquer les civils Israel. autour de 1952.

On pourrait également se demander si ces mouvements n’ont pas contribué à alimenter la radicalisation armée des Palestiniens. Je ne pense pas. Ce serait sans doute leur accorder bien plus d’influence qu’il n’ont eu réellement et n’ont encore aujourd’hui. Les attentats visant des Israéliens ne datent pas de 1967 : dès le début des années 1950, les fedayin arabes prennent pour cibles les civils israéliens, ce qui conduira à la création de l’unité 101… Ce qui est une autre histoire. C’est plus du côté Palestinien la façon dont ils ont saisi les possibilités d’exploiter à des fins médiatiques ce curieux « camp de la paix ».

L’enjeu porte donc moins sur le radicalisme inhérent de l’anti-israélisme / antijudaïsme du monde arabe que sur sa visibilité médiatique. Les militants dits pacifistes vont fournir aux Palestiniens le moyen d’incurver de façon extrême la perception d’Israel dans le monde. Le désir de paix et de rencontre avec les Palestiniens, peut-être sincère chez les premiers militants, s’est mué en soutien obstiné et inconsidéré à la propagande arabe la plus judéophobe, faisant des victimes civiles israéliennes de simples effets collatéraux, regrettables mais nécessaires, de la prétendue « occupation » israélienne. Adopter une telle rhétorique qui vise à rendre toute présence juive criminelle, c’est finalement scier la branche sur laquelle on est assis…

7 réflexions sur “Le courant pacifiste israélien et ses errements.

  1. Excellent historique .

    Le Pacifiste est par essence  » passif » !

    Ton dossier retrace un activisme pacifiste . Nous générons nos plus grands ennemis .

    La Honte de Soi ….

  2. Cet article est effectivement remarquable, et j’ai beaucoup appris à sa lecture.

    Je vous rejoins tout à fait lorsque vous pointez le paternalisme discret de la position pacifiste, et sa relative absence de prise en compte de l’hostilité arabe à Israël.

    Il me semble toutefois que vous ne voyez pas le rôle des pacifistes dans la « mise en question » de la colonisation de la Cisjordanie. J’entends par là que vous n’interrogez pas la place singulière qu’ils ont prise face au consensus colonisateur. Face au danger du sionisme comme réduction de l’autre, et dynamique de marginalisation des arabes, ils ont opposé l’idée d’un état stabilisé, sédentarisé comme possibilité de réduction de la violence (c’est aussi qu’on le veuille ou non la même idée qui préside à la création du mur de sécurité). Je ne vous dis pas cela uniquement parce que je suis maintenant plus proche de ces pacifistes, mais parce que je crois que vous passez à côté de la fonction dissidente, donc féconde, de ces groupes qui, en interrogeant l’impensé israélien, loin de remettre en cause Israël, en soutiennent l’armature démocratique et la possibilité d’un avenir.

    Joël : quid de « l’activisme » pacifiste ? (sourire un rien moqueur… et encore je retiens une question sur les « passifs »… parce que je ne suis pas chez moi…)

    1. En théorie, cela pourrait fonctionner : un groupe de dissidents autoproclamés permettant d’éviter certains risques de dérives autoritaires en mettant un cause les consensus d’une société. C’est du moins la carte de visite des mouvements « pacifistes » à leur début.L’attitude des Israéliens pendant la guerre au Liban a montré qu’ils n’étaient en aucun cas sensibles au militarisme, et que leur aspiration à la paix était véritable! Il ne s’agit pas pour moi d’interroger la sincérité des « pacifistes », mais il m’est apparu qu’ils participaient plus d’une marginalisation réciproque que d’un véritable rapprochement entre juifs et arabes. En étudiant la rhétorique de ces mouvements, on est vite surpris du décalage (croissant avec les années) entre l’idée et son application.
      La difficulté à penser ces courants multiples vient de leur mise en question plurielle de l’existence même d’Israel en tant qu’Etat juif (seul à même d’en garantir la liberté), et de leur collaboration, prise au sens strict, avec un projet arabe incompatible avec leur projet pacifiste initial. En gros, une alliance contre nature (c’est aussi le cas en Europe avec dieudonné, soral et ramadan…), qui conduit à de nombreuses méprises (sur la société arabe) et à rendre l’écart entre les faits et l’idée plus important encore: c’est la caution à la radicalisation. Où est véritablement le désir de paix des arabes palestiniens éduqués à la haine et à la négation de l’autre ?
      Il m’importe précisément de mettre en question les paradigmes des discours, sionistes ou antisionistes, seule façon à mon sens d’en comprendre la signification.
      Concernant l’antisionisme militant, la tension interne y est palpable entre son présupposé et la réalité de terrain. Pour les pacifistes, Israel doit se considérer comme responsable de l’attitude arabe à son égard. Et si on quitte le monde arabe, ne faudrait-il pas dire qu’Israel est responsable de l’antisémitisme en malaisie ou au bangladesh, voire même celui de l’extrême gauche japonaise ? De même, doit-on haïr les Turcs pour les déplacements de population, destruction de villages, massacres envers les Kurdes ou pour l’occupation de Chypre? La négation de l’autre (le Kurde) et sa marginalisation n’allèrent-elles pas jusqu’à la création d’une identité « turque des montagnes »? Quant à l’arabisation du Kurdistan irakien sous le régime baathiste, je ne vous apprendrai rien sur la question. Êtes-vous devenu pour autant anti-turc? Ou anti-arabe ? Les antisionistes adoptent-ils le même engagement pour défendre les 25 ou 30 millions de Kurdes et leurs droits ? Il n’y a aucune commune mesure entre la haine d’Israel et la question de palestine, pour reprendre l’expression d’Henry Laurens.
      C’est donc cette focalisation exclusive qui s’avère problématique. Non seulement en raison de ses fondements intellectuels, mais surtout de la caution qu’elle apporte à l’autoritarisme et à l’éclatement de la société arabe en factions armées. Et il suffit de voir l’état des libertés publiques au Proche Orient en dehors d’Israel pour voir que la militarisation de la société arabe palestinienne n’est affectée que secondairement par Israel. J’avais déjà lu que le Kurdistan irakien était assez libéral, vous êtes plus à même que moi d’en juger, ce serait une sorte d’exception que contesteraient immédiatement les Chaldéens persécutés aujourd’hui exilés en Europe…
      Mais la contradiction de l’antisionisme des « pacifistes » est justement dans cette négation constante d’Israel et dans la sanctuarisation de l’élément palestinien.
      J’ai déjà eu maintes fois l’occasion de débattre avec des « pro-palestiniens », et j’ai constaté que leurs arguments étaient truffés d’approximations ou de réductions tendancieuses, quand ce n’est tout simplement pas l’apologie de la haine ou du génocide antijuif qui constitue la trame de fond, une fois passé le refrain initial du désir de paix perpétuelle dont on attend toujours les prémisses. C’est dans leurs propos que j’ai trouvé la réduction de l’autre (ce qui est juif) la plus radicale…
      L’impossibilité constitutive du « pacifisme » israélien à mettre en question à son tour les présupposés du nationalisme palestinien (qui pourrait soutenir son armature démocratique) marque, à mon avis, son échec, et sa marginalisation au sein de la société israélienne. Le « camp de la paix » style Avineri a perdu tout crédit quand est apparu qu’il ne faisait que monologuer… Après les preuves de bonne volonté palestinienne (attentats suicides), il ne lui restait plus aujourd’hui qu’à franchir le rubicon en apportant son soutien aux extrémistes jihadistes, juste pour exister…
      Et ce n’est plus du « pacifisme »…

  3. Merci pour cette réponse que je trouve remarquable. Je vous suis à 90 %, et pour de nombreux points je vous crois sur parole n’ayant pas l’information nécessaire à une éventuelle contradiction.
    Seulement deux choses…
    —-
    Vous écrivez
    « Où est véritablement le désir de paix des arabes palestiniens éduqués à la haine et à la négation de l’autre ? »
    Je vous réponds : Il m’est arrivé de rencontrer ici et là des gens éduqués à la haine et à la négation de l’autre. Certains ont même applaudi, même en galouth, quand un Premier Ministre d’un état démocratique fut assassiné. Certains écrivent sur la toile, en français, des choses qui nient la dignité de l’autre, et même d’un contradicteur patient. Alors, de grâce…
    Les palestiniens haïssent Israël comme vous le feriez si vous-même étiez dans leur position. Leur haine témoigne « aussi » d’une réalité quotidienne. Leur haine est un OBSTACLE, pas plus, pas moins et surtout pas un témoignage de leur nature ou de la nature de leurs ennemis.
    Cessons de fétichiser cette haine, de nous dire « voyez bien, comme toujours… » et sortons de la formule toute prête pour colloque orienté.
    Pardon, c’est un peu virulent, mais c’est que je crois que vous valez mieux que cette formule.
    —-
    Le second point est le suivant : vous ne voulez pas voir, me semble-t-il, que le mouvement pacifiste, tout à ces errements, met tout de même les pieds dans le plat du projet colonisateur, et que cette impolitesse, ce n’est pas pour plaire au Hamas, au Djihad ni même à Fatah (qui de toute manière n’auront guère de sympathie pour ces effeminés humanistes…), mais pour poser la question à son propre peuple du sens de l’histoire juive, et même de l’histoire tout court, qui n’est pas, ne peut pas être une « réduction » de l’autre. Et que la marginalité de cette position, le refus de la colonisation, n’exclut pas sa pertinence, sa dure pertinence.
    —-
    Maintenant, à nouveau je vous répète : je suis largement d’accord avec l’essentiel de votre propos (notamment l’idée de focalisation anti-israélienne sur laquelle, j’espère, nous pourrons aussi discuter).

    Bien à vous,

    Olyvier

    1. Disons pour être bref qu’il y a aucune preuve tangible, et surtout non partisane, que la « position des Palestiniens » justifierait une haine, qui, si elle n’est peut-être pas une nature (mais devenue une seconde nature…) n’en est pas moins enseignée et érigée au rang de vérité éternelle, soutenue par les calomnies, la théologie et la réécriture de l’histoire…

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