Les racines du sionisme

Le sionisme : essai de définition.

Sans cesse décrié, toujours en sursis, et rarement compris, le sionisme est plus souvent connu par ce qu’il n’est pas, plutôt que par ce qu’il est véritablement.

Le sionisme, c’est d’abord une réalité indiscutable, un pays, un peuple, un drapeau, un hymne…

C’est aussi une histoire, celle d’un peuple dispersé qui parvient sur les pas de la tradition et par la seule force de son courage à gagner son indépendance et sa liberté.

Jerusalem: le Kotel, ou mur occidental du Mont du Temple
Jerusalem: le Kotel, ou mur occidental du Mont du Temple

Qu’est-ce que le sionisme ?

Le sionisme désigne un mouvement culturel et politique animé par la volonté de libération nationale du peuple juif. Il se fonde sur l’égalité de tous les peuples, dont le peuple juif, et offre le choix, pour les Juifs qui le souhaitent, de mettre fin à l’exil et à retourner sur sa terre.

Le droit à l’auto-détermination, à l’origine de la création de l’Etat d’Israel, est partagé par tous les peuples et reconnu en droit international :

« Tous les peuples ont le droit à l’auto-détermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et poursuivent librement leur développement économique, social et culturel. » (Convention internationale sur les droits civils et politiques, art. I, part I).

Y a-t-il un seul sionisme ?

Le terme « sionisme » sert à désigner non seulement plusieurs courants mais aussi plusieurs façons d’envisager la relation du peuple juif à sa terre. Il recouvre une revendication culturelle (Ahad Ha’Am), sociale (Ber Borochov), religieuse (Rav Kook), ou encore politique (Jabotinsky).

Si le sionisme a été influencé par les sociétés dans lequelles les juifs vivaient, il trouve dans la Bible (Tanakh) son origine, sa justification et sa légitimité.

Psaume 137
Psaume 137

On peut distinguer en tout premier, le sionisme rabbinique, qui se situe dans le sillage de la pensée de l’exil (galuth), marquée par le retour à Sion (shivath tsion).

Le sionisme pragmatique est celui des fondateurs tels que Herzl ou Weizmann, qui ont rendu concret le projet de retour d’exil.

On désigne par sionisme mandataire l’étape principale ayant conduit à la restauration d’une entité politique juive autonome : elle commence en 1922 et se termine au moment de la déclaration d’indépendance d’Israel.

Le sionisme révisionniste est une réponse à la tendance strictement pragmatique et met l’accent sur la souveraineté politique des Juifs, seule condition afin de garantir leur sécurité.

Depuis 1948, le sionisme est concrétisé dans un pays, des institutions, un peuple,… Il est alors en lutte pour sa survie, doit affronter une opposition idéologique acharnée, tout en restant le pays refuge où les Juifs ils ne sont pas stigmatisés pour le simple fait d’être Juif.

Arrivée de réfugiés juifs en Israel. 1948
Arrivée de réfugiés juifs en Israel. 1948

Le post-sionisme est une tendance radicale consécutive à la victoire israélienne de 1967, qui conteste la réalité des menaces contre l’existence d’Israel, et exigent l’abolition définitive de l’autonomie juive et un retour à un état antérieur de minorité acculturée ou discriminée.

Quant au renouveau sioniste à partir des années 2000, il fait suite à l’incessante propagande antijuive dans les médias et au déchaînement de violences contre toute forme de vie culturelle et nationale juive dans le monde (attaques contre des synagogues, incendies d’écoles, aggressions de femmes ou d’enfants,…) et manifeste l’attachement sans faille d’un peuple à sa terre.

Scènes de liesse le jour de l'indépendance restaurée du peuple juif.
Scènes de liesse le jour de l'indépendance restaurée du peuple juif.

Y a-t-il un peuple juif ?

Les origines culturelles et intellectuelles du sionisme ont toujours été présentes dans la tradition juive, et contrairement à deux idées répandues selon lesquelles le judaïsme ne serait qu’une religion et le sionisme n’aurait été créé qu’en 1897, le sionisme est le corrélaire de l’exil (golah) et de la condition d’exilés (galuth) nostalgiques de leur terre d’origine.

Dès l’antiquité est utilisée l’expression am yisra’el (le peuple d’Israel).

Psaume 132
Psaume 132

Et c’est précisément la religion qui a permis la transmission de la culture juive et de son lien avec erets yisra’el : les prières, les fêtes, les traditions, l’hébreu, l’aide aux communautés en erets (halukka) et bien sûr le Tanakh (Bible) ont formé pendant des siècles la clé de voûte de l’amour d’un peuple pour sa terre (ahava tsion).

Chaque jour les prières appelent à la restauration de Jerusalem et chaque année le retour en terre d’Israel est invoqué lors de la fête de Pessah…. Le lien entre am yisra’el et erets yisra’el est consubstantiel. Ceux qui réduisent le judaïsme à une confession religieuse ne font, indirectement, que confirmer l’attachement indéfectible du peuple juif pour la terre d’Israel.

Pendant des siècles, des Juifs sont retournés en Israel, en dépit des conditions difficiles et des risques que pouvaient représenter un voyage de plusieurs mois à travers la Péninsule arabique, l’Europe ou la Méditerranée. Parmi les exemples les plus célèbres, citons le grand philospohe, scientifique et poète Yehuda haLevi qui quitta l’Espagne pour rejoindre erets yisra’el où il mourut en 1141. Maïmonide se rendra également se recueillir sur la Tombe des Patriaches à Hébron au treizième siècle.

Manuscript du Mishne Torah de Maïmonide.
Manuscript du Mishne Torah de Maïmonide.

Le judaïsme moderne se fonde également sur le code législatif, le Shulhan Arukh, qui a été écrit par Rabbi Yosef Caro à Safed en Galilée au seizième siècle.

Ainsi, les communautés juives n’ont jamais abandonné le projet de retour dans leur terre, et elles n’ont également jamais quitté définitivement erets yisra’el , où, en dépit des vicissitudes et des persécutions, les Juifs ont vécu dans des villes et des villages comme Gamla, Safed, Biliyah, Gush Halav, Kfar Hananya, Kfar Mandi, Tiberias, Hoseifa, Peqi’in, Ein Ganim, Lod, Ramla, Yerushalaym, Beit Guvrin, Hevron, Ashqelon, Yavne, Jarba, Udruch, Tyr, el Arish, Rafah, Acre, Haifa, Caesaria, Banyas,…

Safed: pèlerins en prière près de la tombe du Rabbi Yossef Caro. Photo Moshe Milner.
Safed: pèlerins en prière près de la tombe du Rabbi Yossef Caro. Photo Moshe Milner.

Le sionisme ne représente que le projet de restauration de la souveraineté du peuple juif sur son propre destin.

Quand est alors né le sionisme ? Et pourquoi le sionisme n’est-il pas exclusivement religieux ?

L’expression politique moderne du sionisme prend forme il y a près de deux siècles, même si les penseurs reconnaissaient que les conditions matérielles d’un regroupement des Juifs dispersés sont difficiles à obtenir, à une époque où les communications prenaient déjà des semaines pour parcourir des distances relatives.

Le philosophe berlinois Moïse Mendelssohn déclarait que la restauration d’un État pour les Juifs n’aurait lieu que si de considérables changements politiques intervenaient en Europe. Ce même philosophe appelait également à une séparation de l’État et des confessions afin de garantir l’égalité de tous les citoyens.

Le philosophe Moïse Mendelssohn. Par Anton Graff 1771
Le philosophe Moïse Mendelssohn. Par Anton Graff 1771

Le mouvement de renaissance culturelle juive, la Haskala, est apparu dans le Nord-Est de l’Europe, entre Berlin et Königsberg, avant de s’étendre en direction de la Galicie, sous contrôle austro-hongrois, puis vers la Russie tsariste. Ses partisans, les maskilim, ont créé le premier journal en hébreu (haMe’assef) à la fin du 18e siècle.

Avec la décision des Révolutionnaires d’accorder l’égalité aux Juifs de France, et à la faveur des guerres napoléoniennes (où les Français imposaient leur législation aux pays conquis), les Juifs, qui vivaient dans des ghettos selon la halakhah, la législation tirée des Tanakh, Talmud et commentateurs, ont prêté serment de loyauté avant de pouvoir être jugés selon les législations civiles, mettant fin à des siècles de discrimination légale.

La possibilité d’intégrer la société ne signifiait pas pour autant la fin des idées préconçues, des exclusions, des rejets, c’est-à-dire de la judéophobie. Face à cette situation, une partie des Juifs choisirent la conversion à l’image du grand poète Heine, d’autres cherchèrent à adapter le judaïsme aux normes chrétiennes (et fondèrent le judaïsme réformé); certains restèrent traditionnalistes (les haredim et les hassidim notamment), mais l’essentiel des Juifs considéraient qu’ils pouvaient accomplir leurs devoirs en tant que citoyens, sans renoncer pour autant à leur identité juive. Et ce sont eux qui ont été particulièrement réceptifs à l’idée de restaurer la liberté du peuple juif, c’est-à-dire à une égalité de fait, et non plus en théorie, dans un contexte de judéophobie persistante. Le sionisme religieux n’a pas pour autant disparu (par exemple parmi le mouvement mizrahi), le sionisme est resté un courant pluriel.

Pèlerins juifs au Kotel. Jerusalem 1880
Pèlerins juifs au Kotel. Jerusalem 1880

Les premiers retours en erets yisra’el, qui ne sont pas de la seule inspiration religieuse ou mystique, ont été ceux des biluim et des pionniers du groupe hovevei tsion.

Pionners du groupe des Hovevei Tsion.
Pionners du groupe des Hovevei Tsion.

à suivre

5 réflexions sur “Les racines du sionisme: 1- Comprendre le sionisme

  1. Cet article est parfait pour une compréhension de « base « du terme Sionisme .

    Vous soulignez parfaitement la pérennité du Sionisme , partie integrante du judaïsme , que les Néssi’im du Beth Hillel entretenaient , déjà , à leur époque de par leur présence même, sur ce qui est encore aujourd’hui … Eretz Israel !

    J’attends la suite avec impatience .

  2. Très intéressant votre blog, vous demeurez en France ? Ne pensez vous pas que le destin du peuple juif réside dans son essence diasporique, le retour en Israël n’est-il pas avant tout messianique, la volonté de se conformer aux révélations de la Bible ? Pourquoi s’emmerder sur cette terre pelée entourée de musulmans sinon ?

    1. Parler d’une « essence » du peuple juif me laisse plus que sceptique… Et je laisse aux totalitarismes le soin de forger des « destins » et des « essences » conformes uniquement à leurs idéologies… Un pays pelé?? Je crois que vous parlez de la Jordanie, ou de l’Egypte, pas de l’oasis verdoyante d’Israel……….

  3. « Terre pelée  » est le signe d’une méconnaissance du pays .

    « S’emmerder » , qui s’y emmerde ?

    Quant aux musulmans , ils y exercent une pression moindre que des les banlieues parisiennes .

    On en reparlera dans quelques années ! 🙂

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