Aux origines de l’antisionisme IV

Nous arrivons à la conclusion de notre série d’articles sur les origines de l’antisionisme. Dans ce dernier article, il est question de la façon dont le discours antijuif s’est approprié une rhétorique légaliste, ajoutant une nouvelle dimension à l’antisémitisme culturel (la haine des Juifs comme religion et culture): la judéophobie politique (les Juifs en tant que peuple indépendant).

L’antisionisme, une idéologie xénophobe et schizophrène.

L’antisionisme: forme politique de la haine antijuive.

Il est évident que toute critique envers Israel, sa politique ou son gouvernement, sont légitimes, comme devrait être légitime toute critique concernant les détournements de fonds palestiniens, le soutien aux factions et milices armées, ou la manipulation et l’instrumentalisation des enfants…

S’il n’était question que de critiques, il n’y aurait aucun problème. Ce droit est d’ailleurs librement exercé en Israel où peut même s’exprimer l’opposition au sionisme. Reporters sans frontières classent Israel en tête des pays où s’exerce la liberté de la presse au Proche-Orient, et, à l’échelle mondiale, devant même les Etats-Unis.

En revanche, l’antisionisme n’est pas une critique envers la politique d’Israel, il est une idéologie xénophobe contestant le droits des Juifs de ne plus être en situation de minorité en sursis dans le monde.

Défendre Israel ne veut pas dire que tous les Juifs doivent être sionistes, ou que tous les sionistes doivent être Juifs. Le sionisme ne signifie rien d’autre que reconnaître le droit des peuples à l’autodétermination, au fait de pouvoir choisir librement son destin sans être soumis à des législations particulières, discriminantes ou être menacé, spoliées, persécuté, aggressé, insulté, calomnié, vilipendé, traqué et éliminé.

Ce que ferait l’antisionisme s’il n’était pas mensonger.

Signficativement, l’antisionisme ne reconnaît même pas le droit des Palestiniens à vivre dans la paix et la dignité. Si c’était le cas, il ne soutiendrait pas un mouvement comme le Hamas, dont les violations des droits de l’homme sont rapportées tous les jours par les ONG (Human Rights Watch,…) pourtant reconnues pour leur soutien aux Arabes palestiniens, et il n’appelerait pas à la cessation de l’État d’Israel.

L’antisionisme n’a qu’un fondement, la négation du statut des Juifs comme peuple. Dans l’hypothèse où il soutiendrait tous les efforts de paix, l’antisionisme n’aurait pas besoin de fantasmer sur le prétendu pouvoir de domination du sionisme dans le monde (s’il était réel, il n’y aurait déjà plus de guerre israélo-arabe), relayant en cela la propagande raciste des pays arabes, mais il proposerait les meilleures conditions de paix pour les deux peuples.

Il cesserait de parler de « colonisation » comme d’un obstacle à la paix.

L’antisionisme est l’obstacle à la paix.

Quand Ehud Barak propose à camp David à Yasser Arafat la création d’un État palestinien, ce dernier refuse l’accord en faisant de la présence de Juifs dans le nouvel Etat l’obstacle à la paix. Il reconnaît explicitement la nature raciste et xénophobe du nationalisme palestinien. Or, pour Barak, l’enjeu n’est pas que des Juifs puissent vivre dans le futur État palestinien, puisqu’une minorité arabe conséquente y exerce les mêmes droits que les Druzes, les Juifs,… L’enjeu est que les Juifs qui y vivent puisse être en sécurité. Les constants attentats dont sont victimes les Juifs en « Cisjordanie » impose à tout gouvernement responsable de demander des garanties à son voisin.

Si les antisionistes s’inquiètent tant du sort des minorités en Israel (1 habitant sur quatre), pourquoi ne prennent-ils pas en compte le sort futur des minorités du futur État palestinien ?

L’argumentaire antisioniste centré autour de l’idée d’« apartheid » est d’inspiration raciste. Il repose sur l’idée que les Juifs ne formeraient pas un peuple mais un ensemble hétérogènes de corréligionnaires d’origine non-orientale, ce qui est un déni culturel des sépharades expulsés du monde arabe. À ce titre, ils nient l’existence d’un peuple juif, tout en affirmant l’existence d’un peuple palestinien, lui-même produit d’une immigration massive, de l’Algérie au Caucase, en passant par l’Arabie et les Balkans. Non seulement cette thèse raciste n’inclut pas les Sépharades ayant vécu en Afrique du Nord, au Yemen, en Inde ou en Afrique. Mais surtout dire que les Juifs ne sont pas un peuple a pour postulat qu’un peuple et une race sont équivalents: l’antisionisme est donc une théorie raciste.

Que les habitants non-juifs de Palestine soient le descendants de juifs ou Chrétiens convertis, d’Arabes venus des régions voisines (puisqu’il n’y avait pas de frontières), de Musulmans de l’Empire Ottoman ou de Bédouins sédentarisés ne préjuge pas de l’existence d’un peuple palestinien, et n’implique pas a fortiori un droit supérieur sur la terre à celui des Juifs. Faire des Palestiniens les descendants des Philistins feraient d’ailleurs des Palestiniens des réfugiés grecs, puisque les Philistins étaient un peuple de migrants originaires de Grèce… Ils devraient réclamer une part du Péloponnèse… Comme s’il fallait être Germain pour devenir allemand, Gaulois pour être français. Une telle conception originaire du peuple ne se fait que par l’exclusion de l’autre, en l’occurence, des Juifs, car le Palestinien est tout sauf un Juif. Car un peuple se forge par la volonté d’une communauté d’individus de vivre selon des lois qu’elle se fixe et de vivre en paix avec les autres peuples.

Une idéologie militante protéiforme.

L’antisionisme juif. Il peut être religieux, et dans ce cas, il est une réaction à la modernité. Il conçoit le maintien statique de l’ordre des choses comme un état voulu par d.ieu. Il s’appuie sur le principe de non-retour volontaire. Il peut être séculier, et dans ce cas il part de la peur de perdre les quelques acquis d’une acceptation conditionnelle et relative dans les États nation. Il peut enfin être marxiste, et dans ce cas, il considère que le sionisme est une tendance nationaliste archaïque qui, en tant que telle doit être combattue. Paradoxalement, l’antisionisme juif soutient le nationalisme arabe et palestinien dans cette même peur d’être associé à l’image péjorative diffusée par les propagandes anti-israéliennes.

L’antisionisme chrétien. Il reste sur une vision du monde où les Juifs sont les damnés, preuve paradoxale de la véracité de la révélation messianique par leur obstination dans l’erreur. Au mieux, les Juifs doivent être parqués dans des ghettos.

Le ghetto juif de Venise
Le ghetto juif de Venise

L’antisionisme marxiste. Il dénonce le sionisme comme mouvement qui serait colonial. Il tire son origine de l’idéologie soviétique : la sionologie. Son le but est l’élaboration d’un discours politique anti-israélien qui légitime le soutien soviétique à l’antisémitisme (particulièrement virulent: affaires des Blouses blanches, accusation de « sionisme » comme espionnage pro-américain…). Cet « antisionisme » fondateur a inventé un champ léxical spécifique, afin de s’opposer, par l’intermédiaire d’Israel aux Etats-Unis: il s’est fixé sur les « frontières de 1967 » et sur le boycott anti-israélien afin d’attirer un appui de l’opinion pour s’opposer à l’ « occupation » sioniste.

L’antisionisme arabe. Ils tirent son origine du sentiment de solidarité culturelle et du refus de voir un État juif souverain sur une terre perçue comme arabe. Certains comparent aussi Israel à un processus similaire aux croisades chrétiennes.

L’antisionisme musulman. La première raison est invoquée par les Frères musulmans: la région de Palestine serait un waqf, un bien religieux musulman dans son ensemble. Problème, la Palestine n’a jamais consisté par le passé dans un bien religieux par les autorités du khalifat. Seconde raison invoquée, la terre d’Islam, dar al islam, c’est-à-dire selon certaines interprétations du coran, toute terre ayant connu l’islamisation est désormais terre régie par des musulmans. Cela inclut par exemple le projet de reconquête de l’Espagne

De surcroît, Israel partage avec l’occident les valeurs d’égalité, de progrès et d’émancipation, et des droits particuliers (droit des femmes, des enfants, des minorités…), valeurs qui sont vues comme contraires à l’islam, héritées des doctrines scientifiques modernes, et transmises au monde musulman par le sionisme. Le seul Juif admis en terre d’Islam est le dhimmi, parqué dans une mellah et vivant dans la crainte des persécutions.

L’antisionisme dénie au sionisme et aux sionistes le droit à s’exprimer et à défendre leur vision égalitaire et universelle du droit des peuples à vivre en paix, en sécurité et dans la dignité, sans être soumis à quelconque persécution.

Contre l’idée d’un militarisme inhérent au sionisme, il est important de rappeler que les premiers mouvements d’auto-défense juifs n’ont été créés qu’après les progromes arabes en terre d’Israel.

Contre l’idée d’un racisme propre au sionisme, il n’est pas inutile de rappeler qu’à la différence de la « palestine », Israel compte des minorités de toutes religions et de toutes couleurs de peau, et que les sionistes ont d’emblée appelé les arabes à oeuvrer dans le sens de l’égalité. Ce n’est qu’avec le refus arabe d’accorder un statut juridique égal et qu’après leur choix d’utiliser la force pour réprimer les vélléites juives d’indépedance que le choix de prendre les armes pour défendre la liberté de choisir a été prise.

Contre l’idée d’un expansionnisme au dépens des Arabes, il faudrait rappeler que les lignes d’armistice de 1949 à 1967 sont dues à l’agression des armées arabes -et à leur défaite-, qu’à leur demande, les lignes d’armistice ne devaient préjuger d’aucunes frontières futures… Il n’y a donc pas « occupation » d’un Etat de droit, mais un territoire disputé.

Ce n’est pas pour rien que les antisionistes se perdent dans les contradictions les plus ridicules: le juif fanatique laisse place au juif banquier, puis au juif espion, avant d’être le juif brutal soldat, avant d’être à nouveau le religieux suspect, pour reprendre la casquette du juifs apatrides, qui deviendra ensuite le juif ultra-nationaliste, pour être gauchiste….

Les axiomes de base de l’antisionisme.

L’antisionisme forme une idéologie, c’est-à-dire une représentation du monde et des hommes conformes à un système élaboré à partir d’axiomes de base.

Le principe de l’antisionisme est la criminalisation de toutes les formes de l’identité juive, sous le prétexte, vite débordé par la haine, d’une revendication d’apparence politique et humanitaire.

Son origine: la Question juive de Marx, où l’auteur (chrétien d’origine juive) déclare que l’émancipation du genre humain se fera en émancipant le genre humain du judaïsme. Si pour Marx, cette équation signifie la fin de tous les particularismes nationaux et la promotion du polétariat, pour les théoriciens marxistes, elle se réduit à :

émancipation humaine = éradication du judaïsme.

Le concept d’antisionisme est développé et systématisé par l’Union Soviétique après la Guerre des Six Jours et la défaite écrasante des alliés des Russes, et trouve rapidement un relais dans la presse française de gauche. Et il n’apparaît dans les dictionnaires qu’au cours des années 1970. Pourtant, sa théorisation commence dès 1963, suite à l’affaire de Cuba, avec la publication par un des idéologues du Soviet Suprême, Trofim Itchko, du Judaïsme dévoilé, soutenu par l’Académie Soviétique des sciences, qui, comme son titre l’indique, vise le judaïsme, et non uniquement le sionisme. Cet ouvrage se situe dans la lignée des ouvrages antisémites depuis le Judaïsme dévoilé (entdecktes Judenthum) d’Eisenmenger au Protocoles des Sages de Sion. Mais il organise le discours judéophobe sous une forme apparemment acceptable, celle de la critique d’apparence politique.

L’élément moteur, c’est la négation de la souveraineté juive: religieuse, culturelle, politique. Cela implique la réduction du facteur « juif » à une entité instrumentalisée à laquelle sont donnés les attributs génériques: abstraite, apatride, néfaste.

propaganda

Contrairement à ce qu’on peut penser, la propagande antisémite arabe ne vient pas directement du nazisme.

1- L’union soviétique s’est approprié un certain nombre de pratiques et de topoi de la propagande antijuive nazi, tout en les reformulant selon son idéologie marxiste-léniniste.

2- C’est à partir de ce relais soviétique (l’argumentaire révolutionnaire d’inspiration marxiste: le tiers-mondisme) que le monde arabe a importé ces techniques de propagande, qui à leur tour, se sont adaptées à la phraséologie et à l’antijudaïsme musulmans.

3- C’est ensuite la réappropriation, par les mouvements tiers-mondistes, de la revendication nationale-religieuse arabe (centrée sur l’affront de religion et d’honneur qui constitue le sionisme) qui a permis sa reformulation en cause révolutionnaire de luttre contre l’oppression, compréhensible dans le monde occidental et totalement absente de la rhétorique arabe.

L’antisionisme est alors devenu un slogan fédérateur d’opinions radicalement divergentes : c’est la caractéristique de l’idéologie, son pouvoir de subjuguation et de mobilisation.

La première équation est la mise équivalence perverse entre sionisme et nazisme. Une telle absurdité n’est valable que dans des sociétés déjà perméables à la rhétorique antisémite, d’autant plus qu’une telle équation permet d’inverser le principe de responsabilité conséquent à la Seconde Guerre Mondiale.

Le second axiome en dépend : la mise en équivalence mensongère entre sionisme et racisme. Elle procède non d’une identification de la victime mais d’une dérivation de la logique post-coloniale: c’est pour cela qu’une frange de la population noire en Europe (Dieudonné) diffuse un racisme pathologique où l’élément juif incarne l’élément honni (le dominateur) tout en reproduisant le fantasme de la domination (Kemi Seba). Que la société israélienne soit multiculturelle, à la différence de la société palestinienne, ne fait rien: ce n’est qu’un postulat ressassé. Le vecteur principal de ce discours antisioniste est le postulat victimaire de l’idéologie anti-occidentale. Les Juifs devinnent l’obstacle fantasmé à la reconnaissance d’un statut de victime absolue appelant, non des réparations matérielles (aide au développement), mais l’inversion des rapports dominant-dominé (transfert de la réparation symbolique vers l’intimidation). D’où le recours constant à la thématique de l’impérialisme, où selon les versions, le sionisme est soit le jouet soit le manipulateur des USA. Des penseurs anti-nationalistes comme Chomsky ont fortement contribué à pathologiser la question en présentant Israel comme l’instrument de l’impérialisme américain. Ce concept permet le passage au troisième axiome de criminalisation.

Le troisième axiome est l’improbable mise en équivalence entre sionisme et colonialisme. La combinaison a pour finalité de stigmatiser Israel à travers les dérives du monde occidental, permettant d’atteindre les occidentaux dans leur mauvaise conscience (on n’est pas raciste, fasciste, colonial, donc on se différencie d’Israel). L’empressement de l’Europe à accorder toute latitude au nationalisme palestinien vient de l’impossibilité de dépasser cette mise en accusation, et dépasser le sentiment de culpabilité latent et non assumé.

Ces pseudo-équivalences ont pour effet de rendre inopérante toute critique à l’égard des haines anti-occidentales ou anti-juives.

La logique trompeuse de l’antisionisme.

L’antisionisme adopte le discours de l’honneur offusqué, il se présente comme légitime et se dit éloigné de toute hostilité envers le judaïsme. C’est pourquoi il jubile du folklore des neturei karta, incarnation vivante d’un judaïsme inoffensif qu’ils voient comme une croyance de parc d’attraction.

Il mène une lutte sans faille, non pour la défense des Palestiniens, mais pour la survie de leur idéologie, souscrivant aux pires mensonges, et s’acharnant, avec un militantisme digne de fonctionnaires zélés, à toutes les formes de diabolisation d’une vie juive libre. Les enfants du Darfour ou du Sri Lanka attendront: ils n’ont aucun intérêt idéologique.

Il s’accroche à une seule réalité, celle du discours anti-israélien qu’il a inventé (mur de l’apartheid,…) et se fait le relais d’un nationalisme religieux à l’opposé des valeurs qu’ils revendiquent. C’est parce qu’il est l’expression d’une haine antijuive refoulée qui s’ingénie à croire que dénier à un peuple le droit à sa survie n’est que la représaille à un droit que les Palestiniens ne sont toujours pas parvenus à incarner. Alors, il fait devenir la nation palestinienne, en faire un peuple ) l’histoire plurimillénaire, en faire un peuple victime d’un holocauste, en faire un peuple dispersé, bref, il faut ôter toute substance à l’identité juive pour lui attribuer certaines de ses caractéristiques au seul « peuple » palestinien et à ses « droits nationaux ».

Mais les antisionistes ont échoué sur un point fondamental: le peuple juif ne leur ressemblent pas !

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