Réfugiés arabes, réfugiés juifs. (suite)

Y a-t-il un droit des « réfugiés » palestiniens ?

Les Palestiniens considèrent que tout accord de paix définitif avec Israel doit inclure le « droit » des réfugiés, et de leurs descendants, à revenir un Israel. Revendication infondée qui tente d’accréditer l’idée d’une expulsion et d’une exclusive légitimité arabe.

Lors des négociations de Taba en 2001, Abu Mazen fit preuve d’une grande magnanimité : il proposa un retour graduel des réfugiés, jusqu’à ce que les Juifs deviennent minoritaires dans leur propre pays.

Ainsi, ce qui ferait force de loi, ce serait l’éradication du caractère juif de l’Etat d’Israel, et non le droit des « réfugiés ».

Comment en est-on arrivé à cette revendication insloente et cynique, qui passe pour bien des gens comme une décision juste et nécessaire ?

Les non-dits du « retour des réfugiés »

Al Misri, 11 octobre 1949 :

« En demandant le retour des réfugiés palestiniens, les arabes veulent dire leur retour en tant que maître, pas en tant qu’esclaves, ou pour le dire clairement, notre intention est l’extermination d’Israel. »

Abdel Nasser, 1 septembre 1960 :

« Si les réfugiés retournent en Israel, Israel, cesse d’exister »

Site officiel du Fatah :

« Pour nous, la question des réfugiés est la carte gagnante qui signifie la fin de l’Etat d’Israel. »

Galloway, ancien directeur de l’UNRWA en Jordanie, et soutien notoire du Hamas :

« Les Etats arabes ne veulent pas résoudre le problème des réfugiés. Ils veulent le garder comme une blessure ouverte, comme une provocation contre les Nations unies et comme une arme contre Israel. »

La définition du statut de réfugié

À entendre les pro-palestiniens, la loi internationale serait de leur côté, et Israel serait dans l’illégalité. Ils évoquent la décision de la Cour internationale de justice de La Haye, dont nous avons déjà eu l’occasion de montrer [lire ici] qu’elle mettait en cause les fondements mêmes du droit international et cautionnait l’assassinat de civils.

Qu’en est-il rééllement du problème des « réfugiés » ?

1-  Ils invoquent la Convention Relative au Statut de Réfugiés de 1951. Or, celle-ci déclare :

« Cette Convention ne s’applique pas aux personnes qui reçoivent protection et assistance des organismes et des agences des Nations Unies autre que celles relevant du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies. »

Les « palestiniens » ne relèvent pas du HCR mais de l’UNRWA. Ils ne peuvent donc pas être désignés comme « réfugiés ».

Cela exclut les réfugiés palestiniens puisqu’ils relèvent non du HCR mais de l’UNRWA.

La section E de la Convention de 1951 ajoute:

« Cette convention ne s’applique pas à une personne qui a été reconnue par les autorités compétentes d’un pays dans lequel elle réside et y possède les droits et les devoirs attachés à la nationalité de ce pays. »

Or, les « réfugiés » palestiniens de Jordanie se sont vus attribuer la nationalité jordanienne. De même de nombreux Arabes de Palestine sont naturalisés américains, français, norvégiens… Tout en continuant à réclamer, en parfaite illégalité, le « droit au retour ».

De plus, le « droit au retour » de tous les « réfugiés », comprenez « réfugiés arabes », n’a aucun fondement. Il ne s’agit rien d’autre que d’une revendication, mais en aucun cas, d’un « droit », comme le précise la Convention.

Elle ne s’applique qu’aux déplacés apatrides relevant du HCR, et non aux descendants éventuels, ni aux parents par alliance. Les chiffres assénés régulièrement par les « défenseurs » des « réfugiés » sont donc des manipulations qui doivent être admises comme telles, ou alors impliquent d’admettre qu’elles ne peuvent faire office de droit.

Quand à la Convention sur les Droits Civils et Politiques de 1966 (article 12, 4), qui précise qu’ « aucun individu ne doit être privé arbitrairement du droit à entrer dans son pays », elle ne s’applique qu’au seul droit individuel, et présuppose l’existence d’une entité politique reconnue internationalement. En d’autres termes, les « Palestiniens », en balayant d’un revers de main le Plan de partage de l’ONU (27 novembre 1947) et en envahissant l’Etat naissant d’Israel conforme au droit international, ils ont annulé toute légitimité à une quelconque revendication à un droit des « réfugiés » dans leur « pays ». Il s’appliquent en revanche tout à fait aux réfugiés Juifs expulsés des pays arabes…

La résolution 194

La Résolution 194 de l’Assemblée Générale des Nations Unies a été adoptée peu après l’assassinat du Comte Folke Bernadotte par des extrémistes juifs (vigoureusement condamnés par les autorités du yichouv, pour qui la seule stratégie admise est celle de la défensive). Le projet de Folke Bernadotte incluait effectivement la revendication d’un « retour des réfugiés arabes », et exclusivement arabes.

« …le droit des réfugiés arabes à revenir dans leur maison dans les territoires contrôlés par les Juifs le plus tôt possible… et leur rapatriement, leur réétablissement, et leur réintégration économique et sociale, et le paiement de compensation pour ceux qui choisissent de ne pas y retourner. »

Officiellement, il projetait de retirer l’essentiel des terres que les juifs avaient préservées du plan de partage de l’ONU, en les remettant à un nouvel Etat arabe que ses futurs citoyens n’avaient pas, et auxquels ils n’étaient pas attachés. En réalité, il considérait que l’alliance avec les pays arabes garantissait plus la fourniture en pétrole, que le respect du principe d’auto-détermination appliqué au peuple juif.

De surcroît, l’état d’esprit dans lequel la résolution a été prise était de tenir les Juifs du Yichouv dans leur ensemble pour responsables de cet assassinat.

Cependant, la section 11 de la résolution précise:

«  Il est décide que les réfugiés souhaitant retourner dans leurs maisons et vivre en paix avec leurs voisins soient autorisés à agir ainsi dans le délai pratique le plus raisonnable, et que des compensations devront être payées pour ceux qui choisissent de ne pas retourner (et pour la perte ou les dommages sur leurs propriétés) et, en accord aux principes du droit international ou d’équité, devraient être assurés par les gouvernements ou les autorités responsables. »

Il n’y a pas besoin de prendre parti pour l’un ou l’autre camp pour constater que la résolution 194:

1-  n’indique en rien qu’elle ne s’applique qu’aux réfugiés arabes, mais elle inclut toute personne qui a été forcée de quitter leurs maisons et leurs biens, ce qui de toute évidence inclut les Juifs expulsés des régions contrôlées par les Arabes;

2- qu’elle pose comme condition la paix avec les voisins, c’est-à-dire qu’elle n’est pas un droit inconditionnel, elle ne s’applique que dans la reconnaissance de l’autre, en l’occurrence des Juifs;

3-  la résolution ne désigne pas Israel comme seule autorité responsable du « droit » de retour, donc de l’origine du problème.

Comme on peut le voir, la Résolution 194 régulièrement invoquée à charge contre Israel par ceux qui ne l’ont pas lue…–, ne fait pas un obligation d’un éventuel retour de « réfugiés », et elle implique une évidente réciprocité et une reconnaissance de fait d’Israel qu’à tous prix les Etats arabes cherchèrent à éviter.

C’est pour cette raison que l’ensemble des Etats arabes votèrent contre la résolution 194.

L’ONU décida de la création de l’UNRWA, censée gérer temporairement l’intégration des « réfugiés » arabes que les Etats voisins ont depuis maintenu dans la même situation, tout en refusant toute négociation concernant les réfugiés juifs.

Mythes et réalités du problème des réfugiés arabes

Près de 60 ans après le départ d’Arabes, la notion de réfugiés s’est diluée dans une posture vindicative anti-israélienne. Et parmi tous ceux qui réclament ce droit au retour, ils sont pour la plupart des descendants, marriés souvent à des non-palestiniens et n’ayant jamais vécu en Palestine.

Les pays arabes qui revendiquent le droit de retour n’appliquent pas les lois internationales concernant le statut de réfugiés: en leur accordant un statut inférieur à celui des autres nationalités (restriction au déplacement, à l’établissement, à l’accès au travail…), à empêcher l’accès des descendants de « réfugiés » aux mêmes conditions d’éducation que les citoyens du pays, indépendamment de toute considération politique, et à refuser le droit aux soins et à l’aide publique qui selon la Convention de Genève doit s’appliquer à égalité entre les citoyens nationaux et les réfugiés. Droit appliqué par Israel à l’égard des Arabes palestiniens qui ont accès aux hôpitaux israéliens, tandis que le Liban ne respecte aucun de ces droits.

De son côté, Israel a permis à plus de 50000 réfugiés Arabes de revenir en Israel dans le cadre d’un programme de réunification familiale. Pour ceux qui avaient perdu leurs terres lors de l’invasion arabe, l’Etat d’Israel a traité plus de 14692 réclamations et a remis plus de 55 000 dunams de terre aus « réfugiés ».

Une légalité à sens unique

La question des réfugiés est de loin un enjeu politique et stratégique, l’humanitaire étant relégué au rang de moyen médiatique de pressions. Comme on a pu le constater, les pays qui revendiquent un prétendu « droit de retour » se sont mis en contradiction avec le droit international, et les accusations contre Israel relèvent donc d’une pétition de principe, ou, pour le dire plus clairement, d’un mensonge érigé au rang de propagande.

Cet écart constant entre la revendication légaliste des pro-palestiniens et leur non-respect constant des normes internationales dans les actes est donc le principal obstacle à la paix, et au règlement du statut des civils pris au piège du projet de destruction d’Israel.

La thématique des « réfugiés » sert à présenter Israel comme un Etat pratiquant la séparation ethnique. Idée grotesque et complaisamment reprise dans les livres d’histoire, les médias… C’est un système de délégitimation pratiqué par les Etats arabes depuis plus de 60 ans maintenant… qui ne résiste pas à l’examen des chiffres: en 2000, on compte près de 25% d’Arabes dans l’Etat hébreu. En 1948, on comptait plus de 900 000 Juifs sépharades répartis du Maroc à l’Iran, ils sont aujourd’hui moins de 10 000. Il suffit de reposer les mêmes questions : qui est un réfugié ? Qui pratique l’épuration ethnique ?

Camp de réfugiés sépharades. Neguev 1948
Camp de réfugiés sépharades. Neguev 1948

5 réflexions sur “Réfugiés arabes, réfugiés juifs (2)

  1. Votre article pose bien des questions, et pardon de n’en soulever qu’un seul.
    Je ne crois pas que d’un point de vue sioniste (c’est à dire en mettant une « valeur » à l’aliah), ni même d’un point de vue d’historien (c’est à dire en interrogeant les faits et les attitudes), on puisse considérer l’aliah des sépharades comme un simple mouvement de « réfugiés ». Dès lors, difficile de mettre dos à dos la situation des palestiniens réfugiés avec celle des Olim hadachim de cette époque.

    Par ailleurs, et c’est un peu « à côté » de votre propos, mais pas tant que ça :
    comme vous savez, j’ai passé deux mois en Irak, au Kurdistan, mais j’y ai aussi rencontré des arabes et des turkmènes. Parfois, on a évoqué pour moi la présence des juifs dans ce pays. Des gens simples m’ont alors toujours demandé des nouvelles des irakiens d’Israël. Rassemblant quelques souvenirs, je leur ai dit le bonheur des Irakiens en Israël (évitant d’évoquer l’accueil qu’ils reçurent et la déception ressentie alors, parce que je crois qu’elle était fatale et plus anecdotique que réelle sur le long terme). J’ai évoqué des réussites brillantes, et des familles paisibles. J’ai aussi rappelé à mes interlocuteurs les violences anti-juives des années 60 à Baghdad qu’ils ignoraient. Je suis content d’avoir été un peu un lien entre ces irakiens, ceux d’Irak et ceux devenus israéliens. J’ai même la faiblesse de croire que c’est ce que j’avais de mieux à faire.

    1. Effectivement, on ne peut mettre sur le meme plan des déplacés lors d’un conflit et des gens expulsés en raison de leur appartenance à une religion…
      Mais pensez vous qu’autant de olim hadashim seraient venus en israel en aussi peu de temps s’ils n’avaient été expulsés? Les sephardim ne peuvent être mis sur le même plan que les olim qui arrivent aujourd’hui de leur plein gré en Israel…
      Individuellement, des « irakiens » ont caché des juifs lors du farhud de 1941… Mon enjeu n’est pas de le nier, ni de m’en servir pour dissimuler l’oppression dont les juifs irakiens ont été victimes, jusqu’à, bien sûr, la haine implacable de nuri alSaid…
      Je souhaitais m’interroger sur l’omniprésence du misérabilisme vis-à-vis de certains réfugiés, au mépris d’autres dans le monde…

  2. Comme vous savez, ce n’est pas simple (vous avez peut-être lu le numéro de la revue Pardès consacré à la question), et donc je vous réponds ainsi :
    – du point de vue des gens, il y a eu « expulsion » guidée par un sentiment d’insécurité, et cela fut variable d’un pays à l’autre ;
    – du point de vue de Sohnout, il y a eu organisation d’une aliah massive.

    Je crois que globalement nous sommes d’accord là-dessus.

    Le misérabilisme : de même qu’il y a eu une misère juive, et je vous assure qu’elle me hante, de même je ne peux que savoir la misère des palestiniens, notamment ceux des camps ou de Gaza.

    1. Ne faudrait-il pas plutôt remettre les pièces du puzzle en ordre ? La logistique mise en place pour accueillir les sephardim en Israel a été faite dans l’urgence (je pense publier des photos sur les maabarot) n’a pas précédé l’expulsion, tantôt insidieuse, tantôt brutale, des Juifs du monde arabe. Et parler d’un « sentiment d’insécurité » est une curieuse réduction pour les progroms qui ont ponctué l’histoire des Juifs dans le monde musulman…

  3. Sentiment d’insécurité ne veut pas dire fantasme ou illusion d’une insécurité. J’emploie ce terme à dessein. Il n’exclut ni la réalité de l’insécurité, ni la perception qu’on peut en avoir de proche en proche.

    Je ne crois pas qu’Israël ait uniquement subi l’Aliah des séphardim, n’y ait pas au moins songé un tout petit peu, ni que la cohabitation en terre d’Islam entre musulmans et dhimmis fût uniquement marquée du sceau de l’intolérance – même si je ne crois pas non plus au récit reconstitué d’une tolérance universelle à l’ombre des minarets. Je crois en revanche qu’il y avait une dynamique historique qui aboutissait presque fatalement à ce départ des séphardim.

    Vous comprenez, Sacha, l’Histoire n’est pas une cour d’assises. Il ne s’agit pas de désigner un coupable, un principe premier, mais de voir un enchaînement de faits, enchaînement complexe et irréductible (je dirais la même chose à quelqu’un qui m’expliquerait que le départ des juifs séfarades serait dû « d’abord » à Israël…). D’accord pour l’urgence logistique, pourquoi pas ? Mais que ceci ne constitue pas une « preuve » de l’origine arabe d’un déchirement.

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