Cet article reprend un extrait d’un article de Shmuel Trigano. Il m’a paru essentiel sur deux points:

  1. Il formule de façon limpide les enjeux de la relation entre reconnaissance de la Shoah et identité juive moderne : sous la forme d’une équation dangereuse : statut ontologique victimaire contre effacement de l’histoire (constatez par vous-mêmes, la plupart des antisionistes seront les plus zélés à dire qu’il ne faut pas nier la shoah…pour mieux mettre en équivalence la réelle souffrance juive, tsigane,… durant l’holocauste et la propagande palestinienne).
  2. Il montre clairement les impasses du devoir de mémoire et le leurre que peut constituer l’institutionalisation de l’Holocauste (comme l’enseignement de la Shoah prôné par le faux ami d’Israel le président Sarkozy), pour finalement aboutir à une négation de la judéité comme peuple vivant.

Un article de grande qualité à méditer !

(L’article peut être lu dans son ensemble sur le site desinfos.com  ici. Nous soulignons les passages les plus décisifs.)

Shmuel Trigano:

Les leçons de la visite

La vraie finalité du “devoir de mémoire”

Nous avons dans cet épisode un condensé d’enseignements significatifs. Il confirme le modèle que j’ai construit pour comprendre le fonctionnement idéologique du “devoir de mémoire”. La Shoah est devenue le contrepoids à la reconnaissance de la condition juive dans le politique et l’histoire, c’est à dire la reconnaissance des Juifs comme peuple, ce qui est en jeu avec Israël et le sionisme. La reconnaissance des victimes de la Shoah dans les Juifs justifie la condamnation ou la relégation ou la méconnaissance des Juifs comme sujet souverain de l’histoire (un peuple mort) (peuple vivant).

Sur ce plan là du politique, les bénéficiaires de la mémoire de la Shoah sont les Palestiniens, reconnus, eux dans les attributs d’un véritable peuple avec tous les droits qui s’ensuivent et les devoirs pour Israël, rétrogradé au rang de refuge humanitaire pour Juifs persécutés, le contraire d’une vraie nation. Cette condition assigne les Juifs à un rôle sacrificiel, victimaire. Ils devraient ainsi, si l’on en croit le pape, supporter avec abnégation les actes terroristes sans réagir.
La deuxième conséquence de ce syndrome malsain constitue le peuple palestinien en peuple messianique, en fait le véritable Israël, un vecteur planétaire de l’histoire humaine. On assiste alors à l’enchantement quasi religieux du nationalisme palestinien, un des plus rétrogrades de notre temps, tandis que le sionisme est affublé de tous les ismes de la répulsion.

La méthode palestinienne

Il faut aussi dans cet épisode constater l’habilité palestinienne à mettre en scène la passion christique de leur peuple. Le décor de la réception du pape est théâtralement choisi : devant la barrière de sécurité, avec le lâcher de ballons noirs, un pour chaque année de l’existence d’Israël, le ballet de jeunes enfants (évidemment les “enfants” !) avec des clefs noirs et pour finir le “message de paix” de Mahmoud Abbas lancé aux Israéliens devant les caméras mondiales, comme pour faire contraste avec la noirceur israélienne. Il aurait fallu que le pape se déplace quelques mètres plus loin et consulte les manuels scolaires de l’Autorité Palestinienne, allume la télévision palestinienne, lise la presse palestinienne pour savoir quel message d’hostilité contre les Juifs (c’est ainsi que sont appelés les Israéliens dans le langage courant) est constamment diffusé dans cette société. L’esclandre fait par le cheikh Tamimi, chef des tribunaux islamiques de l’Autorité palestinienne – ce qui n’est pas rien – lors du “dialogue interreligieux” organisé par le pape, est très significatif de l’état de l’opinion palestinienne. Ce partage entre un leader qui joue le rôle de la modération et l’autre qui incarne la guerre est un trait politique commun à tout le monde islamique (Khamenei-Ahmadinejad en Iran). Le partage Hamas-Autorité Palestinienne s’inscrit dans un même jeu politique. L’un parle à l’Occident, l’autre à l’opinion arabo-islamique.

Le discours médiatique

Le scénario retenu par le récit médiatique était déjà prédéterminé par le rééquilibrage qu’avait permis l’affaire Williamson. Les médias avaient alors durement stigmatisé le pape, alors qu’eux mêmes sortaient d’une violente diatribe de plusieurs semaines contre Israël du fait de la guerre de Gaza. La condamnation du pape équilibrait sur le plan moral (devoir de mémoire oblige !) cette critique ressentie au fond comme abusive. En condamnant le pape, les médias démontraient qu’ils condamnaient le négationnisme et l’antisémitisme. C’est donc sur ce plan-là que le pape était attendu en Israël. Toutes les caméras et les micros furent braqués sur Yad Vashem et le rapport du “pape allemand” à la Shoah. Le tournant radical pris par le Vatican à Bethlehem fut à peine remarqué. Sans doute aussi parce que ce qui y fut dit correspond à l’opinion commune de la sphère médiatique, si commune qu’on ne la remarque plus. Et l’on ne peut ignorer que peut-être aussi le pape a voulu se “racheter” auprès des médias (en même temps que de l’opinion musulmane) en adoptant le narratif médiatique sacro-saint de la cause palestinienne.

L’hémiplégie du leadership juif

De quoi se plaint-on devant un tel paysage ? Le leadership juif y a sa part. Voici une quinzaine d’années, il a fait un choix stratégique catastrophique qui mène aujourd’hui les Juifs au bord de l’abîme, en donnant à accroire aux nations du monde que l’intérêt suprême des Juifs était la reconnaissance de la mémoire de la Shoah. Depuis tant d’années, des politiques entières, des budgets considérables, des littératures immenses ont été consacrés à cette cause aux dépens des intérêts vitaux des Juifs, avant tout l’État d’Israël comme entité souveraine, historique et politique, la survie des communautés juives non pas comme des conservatoires de la mémoire mais des collectivités vivantes, créatives, défendant leurs intérêts, défendant et illustrant la culture du judaïsme. Tous ces postes ont été abandonnés. Et l’on peut aller jusqu’à dire que la désaffection des Juifs, et notamment des jeunes, pour la vie juive en est la conséquence la plus dramatique. Quelle espérance, quelle jouissance d’être ce judaïsme-là a-t-il à proposer aux jeunes générations ? Quelle grande œuvre ?
La visite du pape nous donne à le voir à nouveau dans un mouchoir de poche. Je ne comprends pas la satisfaction que des représentants du judaïsme affichent officiellement (4). Ils ne parlent que de la visite à Yad Vashem et pas à Bethlehem. Ils ne témoignent de souci que pour la mémoire. Leur oreille est-elle sourde au discours palestinien du pape, ou finalement sont-ils d’accord avec ce partage entre le martyre pour les uns et la souveraineté pour les autres ? Je sais que c’est le gage idéologique qu’il leur faut aujourd’hui donner pour accéder à la tribune médiatique sous peine d’être taxé de tous les ismes possibles. Mais il faut avoir un peu plus confiance en la parole prophétique d’Israël ! S’ils ne font pas entendre que le dialogue judéo-chrétien ne peut se faire sur la base de la méconnaissance de la condition de peuple des Juifs – la cible du nouvel antisémitisme et donc la chose la plus chère – on ne voit pas pourquoi l’Église le prendrait en compte. La même chose vaut pour le dialogue judéo-musulman avec le contentieux historique du judaïsme sépharade. Le leadership juif a-t-il déjà renoncé à Israël pour conserver son influence ? Il court le risque de ne plus représenter que lui même.

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