2- Les précurseurs du sionisme :

l’ancrage du sionisme dans la tradition juive.

Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Et quand je suis pour moi seul, que suis-je ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ce sera-t-il ? Pirke Avot, 1,14.

Certains croient que le sionisme est le l’œuvre d’un seul homme, Theodor Herzl, auteur de l’Etat pour les Juifs (der Judenstaat). D’autres disent également que le sionisme n’aurait rien à voir avec la religion juive, croyant dissimuler ainsi leur haine des Juifs.

Qu’en est-il réellement ? Le sionisme est-il une invention moderne ? Est-il vraiment concevable sans ses racines juives ?

Le sionisme et le judaïsme sont-ils opposés ?

On lit ça et là que le Talmud ferait de l’interdiction de retourner en Israel une obligation pour chaque Juif. En ce sens, le sionisme serait une simple idéologie politique moderne comparable aux autres idéologies modernes (et ainsi disqualifiable, déracinée et illégitime), et surtout sans un aucun lien avec le judaïsme. C’est sur la base d’une telle distorsion que l’antisionisme se présente alors comme le défenseur du judaïsme contre un sionisme qui le dénaturerait.

Ce pseudo-argument, élément-clé de l’antisionisme, a toutefois le désavantage de ne pouvoir s’appliquer à un Juif non-croyant ! Et, significativement, il repose sur une pratique du copier-coller particulièrement peu crédible.

Exercice pratique : Effectuez une recherche (rapide, elle ne vous demandera que quelques minutes) sur un moteur de recherche du web à propos du traité ketoubot 111a.

Vous découvrez que tous les sites antisionistes annoncent avec une docte grandiloquence que « le traité ketoubot 111a rapporte qu’il y a deux mille ans, lorsque le Temple de Jerusalem fut détruit, les Juifs … ».

Résultat de l’exercice pratique : ne vous fiez pas à une idée préconçue qui ressemble bien plus à un réflexe pavlovien…

Que disent les textes concernant l’aliyah ?

La première caractéristique du sionisme est la promotion du retour en Israel, plus connue sous le nom d’aliyah. Ainsi, les antisionistes prétendent que la tradition juive serait opposée à la pratique de l’aliyah avant les temps messianiques.

Pourtant, la Guémara (Ketoubot 10b) précise qu’habiter hors d’Israel est assimilé à de l’idolâtrie, et invite tout homme à habiter en erets yisra’el.

Le même traité (Ketoubot 11a) confirme la sainteté (kedoucha) de la Terre d’Israel (évoquée en Devarim / Deutéronome 30 ainsi qu’en Iehezkiel / Ezechiel 36) qui marque la vie des individus et accélère la techouva du peuple juif.

Yehezkel 36 8
Yehezkel 36 8
Ezechiel 36 8
Ezechiel 36 8
Deutéronome 30:20
Deutéronome 30:20
Devarim 30:20
Devarim 30:20


Maïmonide insiste dans Hilkhot Melakhim sur l’importance de l’aliyah, exigence valable inconditionnellement et en tous temps. Dans le Livre des commandements (Sefer haMitsvot), il ajoute que

« Habiter en erets yisra’el est une mitsva positive valable pour toutes les générations, même en temps d’exil. ».

Les commentaires de Rachi sont également sans ambiguïté:

« Hors d’Israel, il n’existe aucun mérite, il n’y a que faute à résider loin d’Israel. » (Berakot 57a).

Dans sa note au passage 11,18 du Deutéronome / Devarim, il ajoute que les mitsvot (commandements religieux) n’ont sens prédagogique que dans le but de les préserver en exil afin de les pratiquer dans toute leur valeur religieuse en Terre d’Israel.

Le Shulhan Arukh (Even haEzer, 75:4) illustre cette supériorité de l’aliyah sur le choix de l’exil éternel, en indiquant qu’en cas de désaccord entre époux concernant l’aliyah, le retour en erets yisra’el prime puisqu’il est de la responsabilité de chaque juif de participer au retour du peuple juif sur sa terre.

Le Hatam Sofer (commentaire du Yore Dea, 254) est lui aussi explicite:

« La Terre d’Israel est préférable à tous les autres pays, quelle que soit l’époque. [car] la sainteté de erets yisra’el et de yerushalayim est éternelle. »

Aucune interdiction d’un retour en erets yisra’el: au contraire, le judaïsme l’encourage vivement !

Le traité ketoubot 111a :

Nous en venons au passage présenté comme controversé. Que dit le Talmud ?

Talmud de Babylone Traité Ketoubot page 111a
Talmud de Babylone Traité Ketoubot page 111a

Talmud Bavli, traité Ketoubot, page 111a

« Rabbi Yossi au nom de Rabbi Hanina dit : à quoi correspondent ces trois serments ? L’un concerne le fait que le peuple d’Israël ne montera pas en masse; le second est celui qu’a fait jurer le Saint béni soit-Il à Israël de ne pas se révolter contre les nations; et le troisième est celui que le Saint béni soit-Il a fait jurer aux nations de ne pas asservir le peuple d’Israël plus qu’il ne faut. »

Remarque : Les recueils de fausses citations en provenance du Talmud ont cours dans le monde arabe, comme elles avaient cours dans les sociétés chrétiennes à partir du Moyen-Âge, où on faisait du Talmud un ramassis d’obligations hostiles aux non-juifs, à des fins discriminatoires et judéophobes.

Accusation fallacieuse donc, qui repose sur une distorsion selon laquelle le Talmud serait un mode d’emploi invitant à un respect servile et aveugle de règles arbitraires… Ce qui est simplement faux ! Le Talmud n’est pas un prêt-à-penser d’impératifs à appliquer aveuglément mais un recueil d’opinions multiples de grands Maîtres, suscitant discussions et examen moral.

L’enjeu est simple : le Talmud est la racine du judaïsme en exil, il est la condition de la survie du peuple juif depuis la destruction du Second Temple. Accuser le Talmud revient non seulement à couper le peuple juif de ses racines, mais à criminaliser toute culture juive: procédé utilisé encore aujourd’hui, en particulier dans le monde musulman, ou, sur un mode sécularisé, sous la forme de la « critique » d’Israel dont le contenu outrancier et mensonger relève de la judéophobie (je ne parle pas de critiques constructives et objectives qui étudieraient les responsabilités partagées, bref, le contraire de l’ « antisionisme »…)

Pour en revenir au passage du traité Ketoubot, page 111a, nous pouvons en déduire:

1- Les trois serments sont orientés par l’aliyah et n’interdisent en aucun cas le retour des Juifs en Israel;

2- Ils représentent trois principes conditionnels interdépendants. En l’occurrence le non-respect par les nations du devoir de non-oppression envers les minorités en exil lève le serment de non-retour en masse. Le sionisme ayant été reconnu internationalement n’est donc pas une révolte contre les Nations.

3- Pour aller plus loin, on peut comprendre dans quel contexte ce avis a été émis. Marqués par l’exil forcé, la destruction du second Temple de Jerusalem et la dispersion d’une partie importante du peuple juif, les Maîtres ont compris que la pérénité du peuple juif, c’est-à-dire la préservation de la Parole Divine, imposait une hiérarchie temporaire entre le retour séculier du peuple et la transmission religieuse de la Loi écrite et de la Loi orale durant l’exil. Il est à noter que ce passage évoqué ne lie pas l’aliyah à l’arrivée des temps messianiques.

4- Impératif pragmatique donc, dont la raison d’être est la survie de la Torah. Si le retour en erets yisra’el garantit plus la transmission de la Torah que le maintien de l’exil, alors l’aliyah est un impératif. Comme l’explique le professeur Richard Landes, les Maîtres du Talmud se sont également efforcés de limiter les élans apocalyptiques et irrationnels que susciteraient l’invocation d’un retour en Israel à des fins messianiques. L’épisode du sabbataïsme (durant lequel les Juifs traumatisés par l’inquisition et l’expulsion d’Espagne, puis par les miliers de victimes des progroms cosaques en Europe de l’Est) répondirent nombreux aux appels du faux messie en organisant le périlleux voyage à travers l’Asie ou l’Europe pour rejoindre Erets Yisra’el.

Ce passage du Talmud (exploité à des fins antisionistes) n’indique donc rien de plus qu’une liberté de choix assortie d’une exigence de transmission et de considérations pragmatiques (un retour massif n’était guère possible avant le 19e siècle.)

5- L’aliyah selon des principes non-violents et conditionné par la garantie de la transmission de la Parole divine: si cette garantie n’est plus assurée en exil, le retour en terre d’israel devient un impératif. Voilà ce que signifie en substance le passage du Traité Ketoubot 111a.

Il est significatif que la plupart des sites anti-israéliens ou anti-sionistes qui mentionnent ce passage omettent le serment et le devoir de non-oppression des Nations à l’égard des Juifs…

♦ ♦ ♦

Y a-t-il un sionisme avant Herzl ?

Les premiers retours en erets yisra’el n’ont pas été menés par l’Agence juive! Ou pour le dire autrement, les premières aliyoth ont été faites dans le sillage de la tradition juive : travail de la terre et piété religieuse. Si le sionisme a connu des courants non religieux, il ne peut être séparé de son origine: le sionisme religieux, sépharade et achkénaze.

Le sionisme sépharade: Rav Yehuda Alkalai.

Né en 1798 à Sarajevo, Yehudah ben Shlomo Hai Alkalai est un des pionniers du sionisme sépharade moderne. Après des études à Jerusalem, il devient le rabbin de la communauté de Semun près de Belgrade en Serbie (libérée du joug ottoman entre 1806 et 1813) et se fait connaître pour son soutien au retour des Juifs en Terre d’Israel.

En 1834, il fait éditer Shema Yisra’el, où il concevait l’aliyah comme un moyen de hâter la rédemption. Dès 1843, il publie Minhat Yehudah, une oeuvre panégyrique envers Montefiore et Crémieux qui avaient défendus les juifs de Damas accusés de crime rituel et victimes de progroms.

Montefiore est un philanthrope juif qui se rendit pour la première fois en Israel en 1827, et y retournera régulièrement jusqu’en 1875. Son projet est de rendre les Juifs d’Israel indépendants. En dépit de l’opposition des autorités ottomanes, il s’efforça d’améliorer les conditions des yichouvim, par le financement de l’achat de terres, la création de fabriques textiles, l’établissement d’une imprimerie, la construction d’une minoterie à moulin à vent (qui existe toujours à Jerusalem).

Jerusalem : Moulin de Montefiore
Jerusalem : Moulin de Montefiore

Le grand-père de Herzl a fréquenté la synagogue de Semun et disposait de l’essai d’Alkalai de 1857 qui appelait au « retour des Juifs en Terre Sainte et la gloire restaurée de Jerusalem. »

Publié à Vienne, Goral laAdonaï est un traité de défense et d’illustration du sionisme. Après avoir évoqué l’arrivée du Mashiah en suivant de nombreuses autorités traditionnelles, il se fait l’avocat d’une solution concrète pour faciliter le retour des Juifs en erets yisra’el :

en faisant de la Palestine géographique une province autonome (tout en restant sous la souveraineté ottomane et en payant le tribut dû au Sultan au titre du statut de dhimmi), province qui serait libre d’accueillir les immigrants juifs.

Dans quel contexte ce projet émerge-t-il ? L’indépendance de la Grèce en 1830 symbolisa pour les peuples des Balkans la possibilité de mettre fin au joug ottoman, et des poètes comme Byron saluèrent la résurgence de la fierté des cultures nationales libérées des servitudes. Le progrom de Damas en 1840 a sans aucun doute ébranlé la vision qu’avait Alkalai des relations entre Juifs et non-Juifs marqués par l’immutabilité et l’attente messianique.

La pensée d’Alkalai s’inscrit dans le sillage de la littérature midrachique et homélitique (concernant la venue du Mashiah et le retour du peuple juif sous sa conduite en Israel lors d’un conflit apocalyptique entre Gog et Magog) tout en donnant un ancrage naturel et historique au processus de rédemption : selon lui, c’est en réalisant volontairement le retour en Israel que la rédemption et la Parole divine s’accompliront.

C’est à partir de ce moment qu’il choisit de se consacrer à la diffusion de ses idées et à la promotion de l’aliyah. Il était également convaincu qu’en suivant le modèle d’Abraham (le refus de la violence mais l’achat légal de terres à l’instar du Maarat haMakhpelah de Hebron, le Tombeau des Patriarches), le sultanat ottoman accepterait la cession de terres (puisque l’empire ottoman devait, contre tribut, continuer à garantir la sécurité des Juifs sous sa souveraineté dans le cadre de la dhimmitude).

En termes contemporains, Alkalai prônait le droit des minorités et l’autonomie nationale juive au sein d’une souveraineté politique ottomane. Et cette autonomie implique le travail actif des Juifs du yichouv pour améliorer les conditions de vie dans une terre sous-peuplée par des siècles d’abandon par les autorités musulmanes. Et ce sont ces mêmes bases qui font servir de fondement au projet sioniste proprement dit : acquisition non violente et légale de la terre, travail agricole autour de communautés juives, promotion culturelle.

Erets Yisrael : le drainage des marais par les pionniers.
Erets Yisrael : le drainage des marais par les pionniers.

Avant de mourir en Israel, Alkalai eut l’occasion de voyager afin de défendre ses idées et convaincre le peuple juif que le retour dans le pays des patriarches, qur tout juif appelait de ses voeux chaque année, était un projet réaliste, légal, et visant à restaurer l’indépendance juive dans l’attente de la rédemption.

Dans le Minhat Yehudah, il écrit notamment :

« Et maintenant nous prions chaque jour: Ainsi, le premier pas de la rédemption de nos âmes doit être le retour des Juifs en erets yisra’el, sur qui se manifestera la descente de la divine présence, le Saint Béni soit-Il. »

« La Torah nous indique la voie: (Berechit 33 : 18-19).

Berechit 33: 18-20
Berechit 33: 18-20
Genèse 33: 18-20
Genèse 33: 18-20

Pourquoi Yakov a-t-il acheté la terre s’il n’avait pas l’intention d’y rester? Il est évident que son acte était destiné à enseigner à ses descendants que la rédemption viendrait de l’achat de la terre. […] La rédemption a conduit le peuple [juif] d’Egypte vers Israel, un pays vaste et généreux; Nous devons aujourd’hui construire des maisons et planter des arbres afin de participer à cette rédemption. »

Dans Petah ki Hudah shelMahat, publié en 1849, il ajoute :

« Il faut être conscient que le mot Techouva signifie en premier et avant tout le retour vers le lieu de départ, comme il est écrit: Et son retour était à Rama car il y avait sa maison (Samuel I : 7-17).

Samuel I, 7:17
Samuel I, 7:17

Nos Maîtres ont utilisé ce mot pour faire référence à celui qui fait retour sur ses péchés. Une telle définition ne se trouve que dans les mots de nos Maîtres, parce que ce term était nécessaire et pouvait être utilisé en tout temps et en tout lieu, […] même si la première définition reste, c’est-à-dire le retour d’où nous sommes partis. »

« Aujourd’hui, en raison de nos péchés, nous sommes éloignés les uns des autres, et comme chaque pays a sa langue et ses habitudes, cela empêche le rassemblement des exilés et retarde la rédemption. »

« Nous n’abandonnerons pas l’espoir, et nous réaliserons le renouveau de notre langue et en feront notre essence, si bien que le Saint Béni soit-Il fera sourdre Son Esprit sur les maîtres et les étudiants, sur les fils et sur les filles. »

D’inspiration religieuse, la pensée d’Alkalai est un des fondements les plus aboutis du sionisme politique pragmatique. C’est sans aucun doute une des dimensions du sionisme qui est généralement la plus passée sous silence. Le rav Kalischer abordera de façon similaire la question de l’impératif religieux de retour en erets yisra’el.

Le sionisme religieux achkénaze :

Si le sionisme n’est pas une « spécificité » achkénaze, il a trouvé dans l’Europe de l’Est un contexte permettant une diffusion aisée de ses idées, où, à la différence des pays sous domination islamique, et en dépit des pratiques autocratiques et antisémites, il subsiste une presse juive importante dont le rôle sera décisif dans la prise de conscience de l’unité culturelle et nationale du peuple juif.

C’est dans ce contexte que se comprend l’importance capitale du rav Tsvi Kalischer, né en 1795 dans la province prussienne de Posen, annexée à la suite au partage de la Pologne. Il étudie sous la direction des maitres Akiba Eiger et Yaaqov de Lissa afin de s’installer à Thorn après son mariage où il fut le rabbin de la communauté pendant plus de quarante ans.

Son premier ouvrage, Eben Bohan, publié en 1842 est un commentaire de questions juridiques tirées du « Hoshen Mishpat », un des traité du Arba Tourim du Rabbi Yaaqov ben Asher, avant d’en faire le commentaire dans le Sefer Motsnayim laMishpat treize ans plus tard. Seront publiés ensuite un commentaire de la Torah (Sefer haBerit), un commentaire de la Haggadah de Pessah (Sefer Yetsiat Mitsrayim), un commentaire talmudique (Khidushim), un traité théologique (Sefer Emouna Yeshara), ainsi que de nimbreux articles en hébreu dans des revues comme haMaggid, Tsiyon, haIbri, haLevanon.

Le Rav Kalischer est surtout connu pour sa promotion d’un retour organisé des Juifs vers erets yisra’el qu’il explicite dans son livre Derishat Tsiyon (1862). Dans cet objectif, il propose de récolter des fonds auprès des juifs de la diaspora afin d’acheter et cultiver la terre en Israel, d’établir des écoles agricoles et de créer des gardes pour assurer la sécurité des villageois juifs. Selon lui, l’époque était particulièrement propice à un retour en terre d’Israel et il fit appel aux philanthropes tels que Montefiore ou Crémieux (qui s’était fait connaître dans la défense des Juifs de Damas accusés de crime rituel).

Pour Kalischer, la rédemption ne peut survenir que par l’action du peuple juif et non par une attente passive qui ne peut conduire qu’à la ruine. Très largement diffusé, traduit en allemand par Poper trois ans après, réédité (c’est-à-dire en hébreu) quatre ans après sa première édition, l’ouvrage Derishat Tsiyon correspond à une véritable attente et assure à son auteur une large notoriété qui le conduit à voyager et à inviter les communautés à s’engager en faveur de l’aliyah. Hayim Lurie de Francfort crée la première société en 1861. C’est aussi dans le sillage de Kalischer que l’Alliance Israélite Universelle crée Miqveh Yisra’el, le premier lycée agricol en erets, proposant au rav d’y exercer la fonction de rabbin. L’oeuvre de Kalischer a influencé la plupart des penseurs du sionisme pragmatique, comme le rappelent les historiens (Heinrich Grätz…)

Des Hovevei Tsion au Mizrahi :

Hovevei Tsion

Les groupes qui se nommèrent hovevei tsion (ceux qui sont attachés à Sion) sont parmi les premiers à organiser de façon méthodique et nombreuse le retour à la souveraineté juive en erets yisra’el. La caractéristique de ces groupes est son engouement pour l’aliyah sans considération politique : il est vécu comme un libération, notamment de la condition de persécutés en Europe de l’Est, mais ne revendique pas la création d’un Etat souverain indépendant de l’Empire ottoman.

En 1882, ils fondent Rishon leTsion, et sont rejoints plus tard par les Biluim.

ts_ kibbutznikim

Le premier groupe de Biluim est fondé en 1881 par 14 étudiants juifs. Bilu est l’acronyme de Beit Yaaqov lekhou veNelkha beOr haShem (« Maison de Jacob, levons-nous et allons dans la Lumière de D. » Isaïe 2:5) Ils arrivent en juillet 1882 avec le projet de restaurer l’identité juive.

Isaiah 2:5
Isaiah 2:5
Isaie 2:5
Isaie 2:5

En 1884, des délégués appartenant à plusieurs de ces groupes dont Hibat Tsion, Bilu, Hovevei Tsion se rencontrent à Katowice et élisent le rav Mohilever à la présidence des Hovevei Tsion, tandis que Léon Pinsker (auteur de L’auto-émancipation en 1882) en devient le directeur. L’institution obtient le soutien de philanthropes afin d’assurer la survie des coopératives juives en erets yisra’el et la promotion d’une éducation moderne. La même année est fondé le village de Gedera sous l’impulsion des Biluim.

Il faut rappeler que le contexte de l’émergence des hovevei tsion est celui des vagues sanglantes de progroms qui touchèrent les communautés juifs d’Europe orientale à partir de 1881, qui s’accentuent avec le soutien des autorités à partir des Lois de Mai en 1882.

Pogrom de Chisinau. 1903
Pogrom de Chisinau. 1903

En 20 ans, ce sont près de 2 millions de Juifs qui vont fuir les persécutions, rejoignant les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, et dans une moindre mesure, erets yisra’el, en raison des restrictions imposées par les autorités ottomanes, qui s’efforcent à la fois de ne pas décourager l’effort de retour (puisqu’il permet la mise en valeur de régions semi-désertiques où sévit la malaria) tout en refusant le statut de citoyens libres que revendiquent ces olim hadashim.

Le groupe de Varsovie est fondé par le célèbre linguiste Zamenhof, fondateur de l’esperanto, qui travaille à la première grammaire yiddish (au sens linguistique moderne) « Vegn a yiddisher gramatik un reform in der yiddisher shprakh » (Esquisses d’une grammaire yiddish et d’une réforme de la langue yiddish)

Un ghetto en Pologne au début du XXe siècle.
Un ghetto en Pologne au début du XXe siècle.

Ce n’est qu’au début des années 1890 que le groupe obtient du gouvernement russe une reconnaissance officielle en tant que Société de soutien aux agriculteurs et artisans juifs de Syrie et d’Erets Yisra’el, également connue sous le nom du Comité d’Odessa, qui compte la fondation de Rehovot, Hadera et la réhabilitation de Mishmar haYarden au titre de ses succès.

Contrairement à une idée répandue, les idées sionistes sont déjà largement répandue (l’obstacle à sa réalisation est alors principalement matériel) et l’organisation compte plus de 4 000 membres avant le Congrès Sioniste de Bâle où les hovevei tsion se rattachèrent à l’Organisation universelle sioniste.

Il est important de souligner que le sionisme exclusivement religieux se trouve, avec les hovevei tsion, associé à une dimension nationale indéniable : le retour en erets yisra’el n’est plus vécu seulement comme la participation à la rédemption, mais comme une renaissance nationale fondée sur une tradition religieuse destinée à être réinvestie dans la modernité.

Mizrahi

Mizrahi est l’acronyme de Merkaz Ruhani (centre spirituel). Son slogan est am yisra’el beErets yisra’el al pi torat yisra’el (le peuple d’Israel dans la terre d’Israel selon la loi d’Israel). Parmi les fondateurs du sionisme religieux, il y a le rav Mohilever (1842-1898). Après des études à la yeshiva de Volojin, il participa à la fondations des Hovevei Tsion à Varsovie et appuya la fondations des établissements de Qyriat Ekron et Petah Tiqva.

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Président des Hovevei Tsion en 1884, Mohilever fut également à la tête du cercle mizrahi, et son disciple Rav Yitshaq Yaaqov Reines fonda le mouvement Mizrahi.

Ce dernier est connu pour ses approches rationnelles et l’introduction dans son école talmudique de matières profanes. Son objectif est d’encourager le rapprochement entre culture orthodoxe et culture séculière, en imprimant la marque de la religiosité dans la sécularité en l’arrimant au projet sioniste : travail de la terre et respect de la Loi.

Il fut un des premiers rabbis à soutenir Herzl et répondit favorablement à son invitation au premier congrès sioniste.

En 1902, Reines publie Or hadash alTsion (une lumière nouvelle sur Sion) où il marque la rupture avec certains traités médiévaux, en introduisant l’histoire séculière dans sa conception du judaïsme et son soutien au sionisme pragmatique. Dans ce livre il réfute les idées avancées par les ultra-orthodoxes antisionistes, et organise peu après un Congrès à Vilna donnant naissance au mouvement mizrahi. En 1905, il crée aussi un lycée yeshiva associant matières profanes et études religieuses à Lida.

Parmi les fondateurs du Mizrahi, on compte également le rav Hayim Hirshenzon, né en erets yisra’el en 1848 à Tsfat. Très tôt convaincu par le renouveau culturel juif, il fonde l’école Abrabanel à Jerusalem et participe à la sécularisation de l’hebreu, et à son introduction dans la vie courante, s’opposant ainsi aux orthodoxes de Jerusalem pour qui l’hébreu devait rester une langue exclusivement liturgique. Son effort s’est ensuite porté sur la question de la modernité, de l’Etat, de la place de la femme, de la démocratie, socle d’une société civile juive en erets yisra’el.

Ainsi, loin d’être contraire au judaïsme, le sionisme en est l’expression culturelle et nationale, au même titre que le renouveau arménien, italien…ou la nahda arabe. Il est évident que la distorsion qui consiste à présenter le sionisme comme contraire au judaïsme (comme le font les antisionistes et les neturei karta) se heurte à une contradiction : si la volonté de D. existe, tant l’exil que l’aliyah en sont le produit ; prétendre que le sionisme est contraire à la volonté de D. revient à dire que l’exil est aussi contraire à la volonté de D. Sans pensée juive, aucun sionisme ne serait possible. Mais la critique des antisionites juifs religieux vise plutôt le fait que le sionisme compte parmi ses défenseurs des intellectuels non religieux, qui prônent un Etat pour les Juifs dans le sillage de la tradition tout en étant séculier. C’est donc cette dimension séculière qu’ils récusent fondamentalement.

L’émancipation juive selon Moses Hess :

Une autre voie que celle de l’aliyah religieuse consiste à appréhender l’histoire juive comme l’histoire d’un peuple, un peuple qui a maintenu par delà les persécutions et la dispersion une unité culturelle indéniable.

Cette perspective est défendue par Moïse Hess est né en 1812 à Bonn et décédé en 1875, soit plus de 20 ans avant le Congrès sioniste de Bâle. En dépit de son éducation juive traditionnelle, Hess prit le parti de l’assimilation totale et de l’esprit de rébellion, et participa à l’émergence du marxisme aux côtés de Engels et de Marx, qu’il invite à étudier les phénomènes sociaux, et il participe activement à la réélaboration de la dialectique idéaliste hégélienne sous la forme de la théorie de l’histoire du matérialisme dialectique.

A 25 ans, il publie L’histoire sainte de l’humanité, en 1841 la Triarchie européenne, en 1846 la Profession de foi communiste, puis en 1682 Rome et Jerusalem, la dernière question de la nationalité.

Moses Hess : Rome et Jerusalem. La dernière question des nationalités. Leipzig, 1862.
Moses Hess : Rome et Jerusalem. La dernière question des nationalités. Leipzig, 1862.

Il devient ensuite correspondant de la rheinische Zeitung à Paris (comme Karl Marx). Après un exil en Belgique germanophone et en Suisse, il revient en Allemagne entre 1961 et 1863 où il fait le constat d’un antisémitisme ambiant de plus en plus fort. Rome et Jerusalem parle d’une renaissance culturelle juive, à l’image du risorgimento italien ou de l’aspiration unitaire allemande. Son ouvrage n’eut guère d’audience, mais son analyse parut d’autant plus juste qu’elle venait d’un assimilé acquis à la thèse de Marx d’une judaïsme promoteur du capitalisme.

Avocat de l’intégration totale et sécularisée des Juifs dans le prolétariat naissant, Hess en vient à faire le constat de l’échec de la société socialiste qui résoberait l’antisémitisme dans la persistance d’une rhétorique et d’une instrumentalisation des Juifs hors du cadre de l’avènement d’une société égalitaire. Conformément aux représentations de l’époque, il en vient à concevoir les Juifs comme un nation, une race, c’est-à-dire un ensemble d’individus partageant une origine commune et ne pouvant quitter cette essence originaire (illustrée par l’opposition entre Grecs et Perses,…) Il soutient le projet d’un retour en Israel.

L’essor et la virulence de l’antisémitisme allemand lui semble confirmer son analyse, à savoir que l’histoire est une opposition entre nations, peuples, races. L’éveil de la nation allemande dérive selon lui de cette éternelle confrontation renouvellée. Il en déduit que les Allemands n’accorderont aucune tolérance à l’égard des minorités (Juifs, Tsiganes, Sorabes,…) et de leurs aspirations nationales naissantes. Dans son Rome et Jerusalem, il appelle à l’établissement d’une république juive égalitaire d’inspiration socialiste en Palestine comme seule façon de répondre à l’émergence de la revendication autonomiste juive et, indirectement, à l’antisémitisme du monde moderne. Son appel à la vigilance n’est en 1862 globalement pas écoutée par les Juifs qui pensent que l’assimilation évitera l’essor de l’antisémitisme. Dans le sillage de Hess, Jabotinsky s’efforcera en 1938 d’avertir les Juifs polonais de l’imminence du danger, réflexion qui se révéla malheureusement exacte :

« Cela fait déjà plus de trois ans que je m’adresse à vous, Juifs de Pologne, qui êtes la couronne des communautés juives du monde. Je ne cesse de vous avertir de l’imminence d’une catastrophe. En ces jours, je vieillis, mon coeur souffre, en voyant que vous, mes chers frères et soeurs, vous ne voyez pas le volcan qui va bientôt répandre sa lave destructrice. Je sais que vous le voyez pas, parce que vous êtes pris par vos soucis quotidiens. Mais aujourd’hui, je demande votre confiance. Vous étiez déjà convaincu que mes prévisions s’étaient avérées justes. »

Pour Hess, les Juifs seront toujours considérés comme des éléments allochtones par les peuples européens, et ce en dépit de tous les efforts possibles d’assimilation. L’émancipation juridique (qui ne se terminera qu’en 1930) « ne respectera pas les Juifs tant qu’ils ne disposent pas de leur propre mémoire nationale, selon le principe latin, ubi benen, ubi patria (le bien est là où est la patrie) ». L’identité juive demeure selon lui en dépit de l’assimilation, et le paradoxe est qu’en cherchant à tout prix à gommer les différences, les Juifs assimilés rappelent qu’ils ne sont pas natifs et persuadent les autres de leur différence. L’émancipation n’est que temporaire et la seule solution est donc un retour en terre d’israel.

Moses Hess : Rome et Jerusalem. p.183 édition Leipzig 1862: "Les institutions de la vie sociale, comme les représentations de la vie spirituelle, sont à l'origine des créations nationales spécifiques."
Moses Hess : Rome et Jerusalem. p.183 édition Leipzig 1862: "Les institutions de la vie sociale, comme les représentations de la vie spirituelle, sont à l'origine des créations nationales spécifiques."

Dans Rome et Jerusalem, sous-titré la dernière question des nationalités, il écrit :

« Vous aurez beau porter un millier de masques, changer votre nom et votre religion et votre mode de vie, vivre dans ce monde incognito de telle sorte que personne ne remarque que vous êtes Juif, chaque insulte contre ce qui est juif touchera bien plus encore votre conscience que celle d’un homme d’honneur qui reste loyal envers sa famille et défend son nom. »

« Même la conversion ne peut libérer les Juifs de la pression considérable exercée par la haine allemande contre les Juifs. Les Allemands haïssent la religion juive moins que le peuple juif. »

« La lutte des nations prime sur les autres, la lutte des classes est secondaire. La dernière nation à l’instinct de domination est la nation germanique. […] Et la lutte des nations est inévitable. »

La spécificité de la pensée de Hess est de penser le sionisme dans les termes du nationalisme européen, c’est-à-dire en reprenant sa terminologie sur fond de théorie dialectique marxiste et de panthéisme spinoziste, ce qui le conduira à repenser la rédemption comme travail de la terre et création d’une République juive agraire en erets yisra’el.

Ce n’est qu’a posteriori que le sionisme d’inspiration socialiste de Hess semble anticiper le sionisme pragmatique. Toutefois, tant Herzl que Jabotinsky reconnaîtront en Hess un des jalons importants du renouveau culturel juif.

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Si l’on choisit de remonter aux sources et de lire ce que dit tant le Talmud que les intellectuels comme Hess ou les rabbanim comme Alkalai ou Kalischer, on constate que le sionisme en tant qu’idée d’un retour organisé des Juifs en erets yisra’el n’est pas une idéologie déracinée née avec le livre de Herzl.

Elle s’enracine dans la tradition juive, que la modernité (dans toutes ses dimensions, culturelle avec les nationalismes, ou même technique avec les transports plus faciles) va cristalliser en permettant la restauration de la souveraineté juive sur sa terre.

6 réflexions sur “Les racines du sionisme : 2-sionisme et judaisme

  1. Au sujet du traité ketoubot 111a, que n’avez-vous point pris la peine de nous en expliquer les termes bien avant?
    Ce que j’ai pu lire comme horreur à ce sujet,sans que je puisse, parce qu’ignorante, défendre les Juifs attaqués dans leur honneur et dans leur foi, ce n ‘est pas imaginable.
    Je conseille aux lecteurs de conserver soigneusement cet article hélas il servira. L’antisémitisme des masses musulmanes est pire que l’antisémitisme des polonais, parce qu’il s’attaque à ce que nous appelons « la bible » en occident ; ce que jamais les occidentaux n’ont fait, puisque nous partageons les mêmes textes.
    On a dit à raison que les catholiques se prenaient pour le Verus Israël, le nouvel Israël, l’islam, lui, nous annule et nous remplace. Le ferait bien volontiers du moins.
    Il s’arroge le droit de ré-écrire l’histoire de nos rois et de nos prophètes, et nous accuse d’avoir falsifier les textes saints.
    Au moins, les chrétiens tenaient à notre survie, (mais point trop n’en faut) car nous sommes les témoins de leur foi.

    1. Je crois aussi que, même avec le projet d’amener les juifs à se convertir dans un avenir plus ou moins lointain, et même avec cette idée qu’il y aurait une damnation éternelle qui frapperait le peuple juif dans son supposé aveuglement, le christianisme (tant catholique que protestant) se comprend plus comme une reprise de l’Alliance de l’Eternel avec Israel, que comme une négation du judaïsme. C’est le mot de Paul : il n’y a plus de juif, plus de grec, etc mais une universalisation de l’alliance.
      L’islam en revanche se prétend à la fois le correctif et l’abrogation définitive des alliances passées, tout s’affirmant le restaurateur de l’alliance originelle. Au nom d’une chronologie (le coran venant après le tanakh et les évangiles) qui pourrait tout autant invalider l’islam aujourd’hui… Les mêmes « arguments » avancés par les ulama contre le judaïsme et le christianisme pourraient être retournés du point de vue de la foi bahaie contre l’islam et le réduire à une piètre falsification ! …

  2. Bjr. Votre article montrant bien que le sionisme compris comme un mouvement « politique » au sens le plus péjoratif du terme, n’est que l’appellation diabolisée du Retour prophétique, est remarquable. C’est une perle que je garde précieusement dans mes archives. J’ai moi-même, en tant qu’auteur-éditeur catholique, écrit sur la « question juive », et je vais tâcher de vous envoyer mon étude par ce blog, quoiqu’elle fasse quelque 62 pages. J’espère que l’informatique ne tronquera pas le texte. Dites-le moi si c’était le cas. Félicitation encore pour votre article au service de la Vérité vraie. Vincent Morlier (vmorlier@club-internet.fr) Préambule Le texte qui va suivre a été rédigé à peu près dans les mêmes temps que la guerre du Golfe, en 1992. Il est originairement inclus dans un livre intitulé  » Actualité de la fin des temps « , dont il formait le premier chapitre, rédigé par Louis de Boanergès, signature pseudonymique collective regroupant les membres de l’association  » Diffusion catholique de la fin des temps  » (DFT), B.P. 47033 – 35370 Argentré-du-Plessis, dont je faisais partie à l’époque. Cet ouvrage avait pour but de montrer aux catholiques de la mouvance traditionaliste (… et aussi aux autres, et encore bien à toute âme de bonne volonté), que notre époque est celle de la fin des temps. Pour cela, ses rédacteurs, dont j’étais, avaient pris pour méthode sûre & sérieuse, loin de toutes  » nostradamuseries  » douteuses & malsaines, de comparer les signes eschatologiques consignés par le Saint-Esprit dans la sainte-Écriture (l’Ancien-Testament & le Nouveau), avec ce que nos yeux humains voyaient dans notre contemporanéité, tout simplement pour suivre le conseil de Notre-Seigneur :  » Quand vous VERREZ ces signes, etc. « … Le livre, toujours diffusé du reste, était construit de la manière la plus simple du monde : un chapitre par signe eschatologique, pour décider, en conclusion d’icelui, si, ou bien oui ou bien non, le signe étudié était actualisé en notre temps, et en notre temps seulement. Parmi ces signes eschatologiques formels, le premier, dont je m’étais réservé la rédaction, était consacré au  » Retour des juifs en Palestine, après leur dispersion dans toutes les nations  » (p. 22). Dix-huit ans après sa rédaction, il m’a semblé bon, étant donné la capacité si l’on peut dire de l’être humain à nier, rejeter les vérités les plus évidentes, les plus CRIÉES par le Saint-Esprit, de le reproposer à la méditation de tout lecteur, en l’enrichissant, le complétant de réfutations solides des prétendues objections contre la valeur théologique formelle de ce signe eschatologique, que j’ai notées au fil de ce long temps, hélas la plupart du temps signées par des plumes pieuses ou proférées par des voix autorisées non moins pieuses sous lesquelles j’aurai vraiment aimé ne pas les y trouver. Autrement dit, j’ai, pour la présente édition, corseté de fer, contre les attaques du  » père du mensonge  » qui n’a que la force mauvaise de la figure du monde qui passe pour détruire la vérité de Dieu, ce signe eschatologique MAJEUR de la fin des temps (= majeur, parce que prophétisé, et par l’Ancien-Testament, et par le Nouveau). D’autant plus, et je n’en avais pas pris conscience il y a dix-huit ans, que la papauté (hélas, hélas, je dois nommer saint Pie X, premier pape interpellé par le Retour, donc bien avant Vatican II…!), a cru bon de se positionner contre ce mouvement pourtant incontestablement d’origine divine dans son essence, ne lui reconnaissant aucune valeur eschatologique. Il me fallait étudier les arguments du pape, repris par tous ses successeurs, pour, hélas, hélas, me trouver devant la nécessité, l’obligation, le devoir catholiques d’en dénoncer le caractère des plus pernicieux et… non-catholique. Au reste, s’appuyant sur lesdits arguments que nous verrons, arguments tout ce qu’il y a de plus pharisaïques, hélas, hélas (=  » ils ont des yeux et ne voient point « ), il ne faut pas s’étonner de voir les papes successeurs de saint Pie X, après avoir rejetés le Plan divin manifesté dans le Retour avec l’éclat du miracle pourtant, s’aboucher par contre sans retenue aucune ni le moindre scrupule de conscience avec l’ONU satanique pour babylonniser démocratiquement la  » question juive  » en Palestine. C’est ainsi qu’on voit la papauté cautionner non seulement l’internationalisation mondialiste de Jérusalem (… ô abomination impie !), mais encore la création d’un état palestinien, lequel, cependant, n’a aucune racine avec le réel géopolitique, et, beaucoup plus gravement encore, est en flagrante opposition avec le Plan divin qui veut une grande nation arabe (et non palestinienne) intimement unie à une petite nation juive dans la même maison abrahamique  » comprise entre les deux fleuves  » (Genèse), et non pas un État démocratique dialectiquement tourné contre un autre État démocratique dans une pseudo-paix hypocrite, toute d’apparence, donnée par les hommes et non par Dieu… D’autres objections contre la signification eschatologique du Retour, de moindre importance, que je n’avais pas vraiment abordées dans la première mouture, seront également traitées. C’est donc un  » 1er signe eschatologique du Retour des juifs  » musclé que je repropose ici au lecteur honnête, objectif, pieux, soucieux de mettre ses pas dans ceux de la Providence divine, et non pas de se croire plus malin que le Saint-Esprit. Il est considérablement renforcé contre les attaques de l’esprit malin, du père du mensonge, pour que le lecteur saisisse bien en toute clarté libératoire, rédemptrice, son caractère surnaturel, émanant de Dieu, aux fins que sa signification profonde ne soit plus obscurcie pour lui par les artisans des ténèbres, à savoir : qu’on vit présentement la fin de tous les temps historiques dans l’attente de la Parousie glorieuse où Notre-Seigneur nous délivrera enfin Lui-même de  » l’âge mauvais  » (saint Paul). Vincent Morlier vmorlier@club-internet.fr La résurrection nationale d’Israël, signe eschatologique Un des signes eschatologiques majeurs de la fin des Temps est la fin de la dispersion des juifs (Diaspora), et leur retour sur la terre ancestrale, prélude de leur conversion. Notre-Seigneur, synthétisant en une phrase lapidaire les prophètes de l’Ancien-Testament sur ce sujet, cristallise sur Jérusalem l’accomplissement de ce grand Retour en Israël, Jérusalem étant une sorte de récapitulatif d’Israël, de manière que l’un suivra l’autre : ce que l’Histoire nous montre d’une manière étonnante, la reconquête de Jérusalem suivant la même progression que celle de tout le territoire d’Israël.  » Ils [les juifs] seront emmenés captifs dans toutes les nations ; et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que le temps des nations soit accompli  » (Lc XXI, 24). Car lorsque ce Temps sera accompli, que ce sera la fin des Temps, alors,  » Je ferai rentrer [mon peuple] dans le pays que J’ai donné à leurs pères, et ils le possèderont  » (Jér. XXX, 3). Nous allons donner à ce signe majeur du grand Retour toute l’assise scripturaire, théologique, dont il a besoin pour être inattaquable, ceci pour une raison bien simple : c’est que tout le monde peut constater, sans étude particulière, de la manière la plus simple du monde, si ce signe est réalisé ou bien non ; or, chacun étant à même de voir qu’actuellement les juifs sont en Palestine et surtout à Jérusalem, l’accomplissement de ce signe est donc, de soi, indiscutable, il s’impose absolument ; et si l’on veut nier sa signification eschatologique, il faut alors lui ôter sa valeur scripturaire prophétique, sur laquelle nous allons donc porter tous nos soins. Ce Retour est même extrêmement spectaculaire pour qui veut bien recueillir un tant soit peu son attention sur ce fait  » sociologique  » inédit, et c’est à bon droit qu’il est décrit dans la sainte-Écriture comme  » une bannière élevée pour les nations  » (Is. XI, 12), c’est-à-dire quelque chose qu’on ne peut que voir, et qu’on ne pourra pas s’excuser de n’avoir pas vu, l’excuse étant absolument irrecevable. Soit dit en passant, un signe  » charnel « , qui ne requiert absolument pas le don de la Foi pour en discerner l’accomplissement (comme par exemple le signe de la grande Apostasie : pour se rendre compte si ce signe est réalisé ou bien non, à savoir l’oubli, la perte universelle de la Foi à une époque donnée qui sera donc, selon saint Paul, celle de la fin des Temps, encore faut-il avoir soi-même la Foi !), est d’ailleurs à notre sens, une grande miséricorde du Seigneur pour notre génération tellement engoncée dans les choses de la terre… Car avec les juifs revenus dans leur terre, et singulièrement à Jérusalem, on palpe & on fait palper. Ce signe eschatologique très-contraignant permet notamment de tirer un grand trait sur ce lieu-commun, cette maxime mondaine diraient les auteurs ascétiques, selon lequel  » à toutes les époques, des gens ont cru être à la fin des Temps et elle n’est pas venue… alors, à notre époque aussi il y a de ces gens-là, qui parfois sont très-respectables, mais ils se trompent évidemment comme leurs prédécesseurs : c’est une constante sociologique !  » Ce raisonnement, on l’a vu, est en substance celui du dénommé Vernette, ci-devant  » vicaire général  » et porte-parole d’un  » Épiscopat  » également ci-devant (ou plutôt ci-derrière la Foi !), lequel, pour mieux tromper ceux qui l’écoutent, s’appuie sur le mensonge historique des  » terreurs de l’an mil « , fable inventée par un historien fougueusement antichrétien du XIXe siècle, Michelet (cf. l’article de Jacques Berlioz, chargé de recherches au CNRS, dans  » L’Histoire  » n° 138, nov. 1990 ; son verdict, comme celui de tous les historiens contemporains sérieux, est net & sans bavure : les fameuses terreurs de l’an mil n’ont… jamais existé). Or, avec le signe eschatologique du Retour, ce beau raisonnement tombe à l’eau tout seul sans qu’on ait même besoin de le pousser dans le dos, on le comprend aisément : aucune époque avant notre XXe siècle, de près ou de loin, n’avait vu, ni le Retour de la diaspora juive sur sa terre ancestrale, ni la concomitante Délivrance de Jérusalem, Retour & Délivrance prophétisés pour… la fin des Temps. Donc, nos  » prédécesseurs  » n’étaient pas fondés, comme nous le sommes, à croire que leur époque était celle de la Fin. Alors que nous, notre génération, tout au contraire, non seulement y est fondée, mais la Foi lui fait obligation grave d’y souscrire. Ainsi, jusqu’en 1917 (date que nous allons expliquer bientôt), aucun chrétien n’était fondé à se croire véritablement à la fin des Temps, parce que les juifs n’avaient réintégré ni la Palestine ni Jérusalem, le sol que Yahweh a donné à leurs pères. Ce n’est d’ailleurs pas un raisonnement nouveau, que nous soutenons là pour les besoins de la cause apocalyptique. Saint Thomas More, par exemple, écrivait dans sa prison son  » Dialogue du réconfort dans les tribulations  » quelque temps avant de subir son martyre, en 1534 ; dans un passage, il se pose la question, assez ordinaire pour quelqu’un qui se sait condamné à une mort imminente, si son époque est celle de la fin du monde ou bien non, et notre saint en instance de martyre, écrit, tout simplement :  » … mais il me semble que je n’aperçois pas certains de ces signes qui, d’après l’Écriture, viendront un long moment avant [la Parousie], entre autres le retour des juifs en Palestine, et l’expansion générale du christianisme « . Le signe juif est donc majeur, pour saint Thomas More, et il l’appuie sur l’autorité infaillible de la sainte-Écriture comme on l’aura bien remarqué. On ne va pas tarder à se rendre compte qu’il est tout-à-fait fondé à le faire. Par contre, nous qui voyons les juifs ayant réintégré la Palestine, nous sommes non seulement fondés, mais nous devons croire formellement que nous sommes à la fin des Temps… sous peine de rejoindre le camp des pharisiens qui  » avaient des yeux et ne voyaient point « , péchant là très-certainement contre le Saint-Esprit, et mettant ainsi nos âmes sur la voie de la damnation. Ce signe, comme nous le disions plus haut, est donc en vérité extraordinairement contraignant : voilà pourquoi, ne pouvant en nier l’accomplissement, certains, disons… réfractaires, ont cherché à nier du moins qu’un Retour des juifs à Jérusalem & dans la Palestine ait été prophétisé dans la sainte-Écriture pour la fin des Temps. S’il fallait les en croire, la sainte-Écriture ne parlant véritablement que de l’Église lorsqu’il est question d’Israël, le Retour actuel ne serait qu’un  » fait politique  » (sic !) sans signification eschatologique aucune, et… le problème serait ainsi réglé à la racine, in radice. Pour nier l’authenticité de cette Prophétie du Retour, nos négateurs agnostiques ont trouvé des objections plus ou moins subtiles & toutes spécieuses. Il convenait de les réfuter, et nous allons certes nous y employer mais plus loin dans ce travail, pour ne pas lasser le lecteur. Pour l’instant, comprenons bien qu’Israël est  » signe au milieu des nations « , ce qui veut dire pas seulement pour l’Ancien-Testament, mais pour le Nouveau et donc pour le Temps de la fin qui est le nôtre. La différence consiste seulement en ce que, dans l’Ancien, c’est un signe glorieux, alors que dans le Nouveau, c’est, par la faute de son déicide consommé par toute la nation juive ( » Que son sang retombe sur nous & sur nos enfants ! « ), un signe couvert d’opprobre & soumis à l’Église… Donc, signe formidablement  » foulé aux pieds « , confiné au charnel, au matériel,  » le ventre collé à la poussière du sol  » tant qu’on voudra, mais… TOUJOURS SIGNE. Dans la sainte-Écriture, bien des textes formels prophétisent que les juifs dispersés dès avant l’époque du Christ, retourneront un jour en Israël, et parmi ceux-ci, quelques-uns pour situer ce Retour à la fin des Temps. Citons ces textes largement :  » Ainsi parle Yahweh, Dieu d’Israël : Écris dans un livre toutes les paroles que je t’ai dites. Car voici que des jours viennent, oracle de Yahweh, où je ramènerai les captifs de mon peuple d’Israël et de Juda, dit Yahweh, et je le ferai rentrer dans le pays que j’ai donné à leurs pères, et ils le possèderont. Voici les paroles que Yahweh a prononcées sur Israël et sur Juda : (…) Et il arrivera en ce jour-là, oracle de Yahweh des Armées, Je briserai son joug de dessus ton cou, et je romprai tes liens. Des étrangers ne l’asserviront plus, mais ils seront assujettis à Yahweh leur Dieu et à David leur roi, que je susciterai pour eux. Toi donc, ne crains point, mon serviteur Jacob ; oracle de Yahweh, ne t’effraie point, Israël. Car voici que je vais te retirer de la terre lointaine Et ta postérité du pays de son exil. Jacob reviendra, il sera tranquille. en sécurité, sans que personne l’épouvante.  » (…) Car ainsi parle Yahweh : Pourquoi crier à cause de ta blessure, de ce que ton mal est incurable ? C’est à cause de la multitude de tes iniquités, et parce que tes péchés se sont accrus que je t’ai fait ces choses. (…) Je vais te panser de tes plaies, je vais te guérir, oracle de Yahweh. Car on t’appelle  » Repoussée « , Sion dont nul ne prend souci.  » Ainsi parle Yahweh : Voici que je vais rétablir les tentes de Jacob, Et j’aurai compassion de leurs demeures ; la ville sera rebâtie sur sa colline, et le palais rétabli à sa place. Il en sortira des chants de louange et des cris d’allégresse.  » (…) Voici que la tempête de Yahweh, la fureur, va éclater : l’orage se précipite, il fond sur la tête des impies. Le feu de la colère de Yahweh ne retournera pas en arrière, qu’il n’ait agi et réalisé les desseins de son coeur : À LA FIN DES TEMPS VOUS LE COMPRENDREZ  » (Jér. XXX).  » La main de Yahweh fut sur moi, et Yahweh me fit sortir en esprit et me plaça au milieu de la plaine, et elle était couverte d’ossements. Il me fit passer près d’eux, tout autour ; ils étaient en très grand nombre sur la face de la plaine, et voici qu’ils étaient tout-à-fait desséchés. Et il me dit : Fils d’homme, ces ossements revivront-ils ? Je répondis : Seigneur Yahweh, vous le savez « . [Suit l’extraordinaire vision, certes bien connue mais trop exclusivement appliquée au seul sens spirituel, ecclésial, où l’on voit des muscles, de la chair & de la peau mis sur les ossements tout-à-fait desséchés, puis l’esprit leur étant insufflé, des hommes revivre. Nous allons souligner dans la suite de la prophétie les termes qui ne peuvent recevoir une interprétation allégorique spirituelle]. Et le prophète continue :  » Et il me dit : Fils de l’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Voici qu’ils disent : nos os sont desséchés, notre espérance est morte, nous sommes perdus ! C’est pourquoi prophétise et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Yahweh : Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous ferai remonter hors de vos tombeaux, ô mon peuple, ET JE VOUS RAMÈNERAI SUR LA TERRE D’ISRAËL. Et vous saurez que je suis Yahweh, quand j’ouvrirai vos tombeaux et que je vous ferai remonter hors de vos tombeaux, ô mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez ; et je vous donnerai du repos SUR VOTRE SOL, et vous saurez que moi, Yahweh, je dis et j’exécute, oracle de Yahweh !  »  » (…) Ainsi parle le Seigneur Yahweh Voici que je vais prendre les enfants d’Israël du milieu des nations où ils sont allés ; je les rassemblerai de toutes parts et je les ramènerai sur leur sol. Je ferai d’eux une seule nation dans le pays, sur les montagnes d’Israël ; un seul roi règnera sur eux tous. Ils ne seront plus deux nations, et ils ne seront plus séparés en deux royaumes. (…) Et ils habiteront dans le pays que j’ai donné à mon serviteur Jacob et dans lequel ont habité leurs pères ; ils y habiteront, eux et leurs enfants, et les enfants de leurs enfants, à jamais. Et David, mon serviteur, sera leur prince pour toujours. Et je conclurai avec eux une alliance de paix ; Ce sera une alliance éternelle avec eux ; et je les établirai et je les multiplierai ; et j’érigerai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours. Mon habitation sera au-dessus d’eux ; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et les nations sauront que je suis Yahweh qui sanctifie Israël, quand mon sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours  » (Éz. XXXVII).  » C’est pourquoi dis à la maison d’Israël : Ainsi parle le Seigneur Yahweh : Ce n’est pas à cause de vous que je le fais, maison d’Israël C’est pour mon saint nom que vous avez déshonoré parmi les nations chez lesquelles vous êtes allés. Je sanctifierai mon grand nom qui est déshonoré parmi les nations au milieu desquelles vous l’avez déshonoré, et les nations sauront que je suis le Seigneur Yahweh, oracle du seigneur Yahweh, quand je me sanctifierai en vous, à leurs yeux. Je vous tirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous ramènerai sur votre terre. Je ferai sur vous une aspersion d’eaux pures, et vous serez purs ; de toutes vos souillures et de toutes vos abominations, je vous purifierai. Et je vous donnerai un coeur nouveau et je mettrai au-dedans de vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai au-dedans de vous mon Esprit, et je ferai que vous suivrez mes ordonnances, que vous observerez mes lois et les pratiquerez. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu  » (Éz. XXXVI).  » Ainsi parle Yahweh : retiens ta voix de gémir, et tes yeux de pleurer. Car ton oeuvre aura sa récompense, oracle de Yahweh : Ils reviendront du pays de l’ennemi. Il y a de l’espérance POUR TES DERNIERS JOURS, oracle de Yahweh, et tes enfants retourneront dans leurs frontières » (Jér. XXXI, 16-17).  » Ne crains point, car je suis avec toi ; De l’orient, je ramènerai ta postérité et de l’occident je te rassemblerai. Je dirai au septentrion :  » Donne-les !  » et au midi :  » Ne les retiens pas !  » Ramène mes fils des pays lointains et mes filles de l’extrémité de la terre, tous ceux qui portent mon nom, que j’ai créés pour ma gloire, que j’ai formés et que j’ai faits. Fais sortir le peuple aveugle, et qui a des yeux, et les sourds, qui ont des oreilles  » (Is. XLIII, 5-8). Nous sommes obligés, bien sûr, de restreindre nos citations scripturaires, mais il faut absolument que le lecteur lise en leur entier ces admirables prédictions qui nous donnent une vue d’ensemble sur le Plan divin, sur  » les desseins du Coeur de Yahweh « . Israël, sans mérite de sa part mais pour manifester la Gloire de Dieu, sera  » replanté dans son propre sol « , pas seulement pour lui mais pour le monde entier ; et cette extraordinaire résurrection nationale entraînant seulement à la fin du processus leur conversion s’opèrera à l’époque de l’Antéchrist et engendrera le changement de toute l’économie politico-religieuse du monde… après le jugement et la punition apocalyptique du monde entier. Afin de permettre au lecteur cette étude, nous donnons ici les références précises des prophéties du Retour. Jérémie & Ézéchiel les récapitulent merveilleusement bien dans… des chapitres entiers : Jérémie XXX à XXXIII (Crampon en dit ceci :  » Ils marquent le point culminant de la prophétie de Jérémie. Les vues éparses jusque-là sur l’avenir messianique sont ici réunies et développées avec une clarté parfaite « ). Ézéchiel XXXVI à XXXIX. Outre ces textes majeurs, on pourra encore consulter : Deut. XXX, 3-6 (dès Moïse, le Retour est prédit comme une caractéristique fondamentale de la Loi, ce qui laisse rêveur quant à son importance théologique dans le Plan divin…) ; Ps. L, Ps. CI, Ps. CXLVI / Soph. III, 20 / Amos IX / Is. XLIII, XI, LXV / Jér. III, 12-18, XVI, XXIII, L, 19 / Zach. II, VIII & X / Bar. II, 34-35, V, 6 / Éz. XI, 17. Notons dès à présent que l’abbé Lemann, juif ayant vécu au XIXe siècle, converti au catholicisme et devenu prêtre mais hélas converti en même temps au néo-pharisaïsme anti-prophétique et donc anti-juif des scolastiques classiques, ne fait, dans son ouvrage  » L’avenir de Jérusalem « , qu’une recension minimaliste des prophéties du Retour… et encore, expurgée avec grand’soin des versets situant formellement ce Retour à la fin des Temps !… Selon l’exégèse traditionnelle, toutes ces prophéties peuvent en effet recevoir trois sens. Le premier, historique (= comme ayant été accompli lors du premier Retour en Judée sous Cyrus, vers 530 av. J.C.), le second, spirituel, et c’est certes le plus important (= comme s’accomplissant dans l’Église qui tire les élus de la Babylone du péché), et le troisième, prophétique (= comme devant s’accomplir à la fin ultime des Temps ; sens que les Pères avaient l’habitude de traiter en  » enfant pauvre « , mais qui a été carrément supprimé par beaucoup de scolastiques, et singulièrement à notre époque ecclésiale anti-prophétique, et donc pharisaïque). Prenons un seul de ces textes, pour ne pas rallonger notre propos inutilement, et laissons-le commenter par saint Jérôme, à savoir Jérémie XVI, 14-15 :  » Voici que viennent des jours, dit le Seigneur, et l’on ne dira plus : vive le Seigneur qui a délivré les enfants d’Israël de la terre d’Égypte, mais : vive le Seigneur qui a délivré les enfants d’Israël de la terre d’Aquilon, et de tous les pays où je les aurais chassés, et je les ramènerai dans ce pays que j’ai donné à leurs pères « . Et voyons à présent la glose de saint Jérôme :  » La future restitution du peuple d’Israël est prédite de façon manifeste, ainsi que la miséricorde après la captivité. Ce qui, selon le sens littéral [historique], a été accompli en partie sous Zorobabel et le grand-prêtre Jésus, et Ezra ; et, selon le sens spirituel [l’Église] a été réalisé d’une façon plus véritable et parfaite au temps du Christ…  » et de tous les pays  » [prophétique] : ce qui n’a nullement été accompli sous Cyrus, le roi des Perses, mais sera réalisé à la fin ultime (ultimo fine), selon ce que dit l’Apôtre :  » Après que sera entrée la plénitude des nations, alors tout Israël sera sauvé « . À présent, disons tout-de-suite le noeud de la grande querelle : il porte sur le sens prophétique, ici cependant fort bien démarqué par saint Jérôme, pourtant généralement très-peu enclin à en parler (surtout quand il est connoté de millénarisme…). Certains, au rebours de la Tradition, nient carrément, ou plus insidieusement mettent en doute, ce troisième sens, prophétique, probablement parce qu’il ne figure que d’une manière ténue, effacée, en retrait, dans les textes du Retour. Pour eux donc, la sainte-Écriture ne prophétise pas un Retour des juifs en Palestine pour la fin des Temps ; et si l’actualité (… criante !) nous montre un Retour, ce n’est qu’un hasard, un…  » fait politique  » parmi tant d’autres. Pourtant, nos négateurs n’ont pas le droit de supprimer ce que le Saint-Esprit a mis dans la sainte-Écriture sous une forme ténue… Nous avons même vu, ô horreur, certains négationistes aller jusqu’au bout de leur péché d’agnosticisme (= refus de la connaissance réelle), et carrément verser dans l’incrédulité pharisaïque, péchant ainsi très-certainement contre le Saint-Esprit qui se manifeste par l’évidence des choses & des faits. En effet, pour eux, la prophétie de Notre-Seigneur  » Et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que le temps des nations soit accompli  » (Lc XXI, 24), serait à lire de cette manière : Jérusalem sera foulée aux pieds des nations jusques & y compris la fin du monde, c’est-à-dire que Notre-Seigneur prophétise par-là que… JAMAIS PLUS les juifs ne retourneront à Jérusalem ! Notons qu’on est aux antipodes complets du véritable sens de la Prophétie, qui est : les juifs ne fouleront plus Jérusalem jusqu’à la fin du temps des nations, MAIS une fois ce temps achevé, alors, les juifs fouleront à nouveau cette terre donnée par Yahweh à leurs pères et dont Il a d’ailleurs solennellement promis par les prophètes de l’Ancien-Testament, on vient de les lire, qu’Il les y réintègrerait. Convenons que les deux interprétations s’opposent radicalement : soit la prophétie veut dire que les juifs retourneront à Jérusalem après un certain temps, le temps des nations, soit elle veut dire exactement… le contraire, qu’ils n’y retourneront jamais. Alors, laquelle est la bonne ? La vérité, c’est que l’on ne peut même pas admettre, par hypothèse de travail extrêmement bienveillante, que les deux lectures de la Prophétie de Notre-Seigneur auraient pu être mises en balance jusqu’au fait lui-même arrivé du Retour à la fin du XIXe siècle. Tout simplement à cause des prophéties non-équivoques de l’Ancien-Testament annonçant formellement le Retour des juifs en leur mère-patrie pour la fin des temps, lesquelles, donc, invalident déjà la première lecture révisioniste-négationiste. Car l’Écriture éclairant l’Écriture & l’Ancien-Testament  » formatant  » le Nouveau, cette soi-disant lecture négationiste de la Prophétie de Notre-Seigneur comme quoi les juifs ne devraient plus jamais retourner à Jérusalem, était scripturairement déjà formellement invalidée, condamnée, par tous les prophètes de Yahweh… Mais, à supposer, ce qui n’est pas le cas, que l’on aurait pu légitimement mettre en balance les deux interprétations contradictoires avant le Retour, en tout état de cause, de toutes façons, faut-il le dire (… hélas, oui !!!), depuis ledit Retour concrétisé des juifs à Jérusalem, incarné fin XIXe siècle, il est prouvé non seulement par la sainte-Écriture mais encore plus par les faits arrivés qui la confirment absolument, confirmatur, que la première interprétation était vraiment radicalement fausse, quand la seconde est décidément la seule bonne, scellée depuis lors divinement dans le fait historique (le Retour étant en effet de l’ordre du miracle) ! Effectivement, il faut bien convenir que puisque nos yeux voient les juifs être retournés à Jérusalem qu’ils foulent désormais librement de leurs pieds, c’est donc bien que la première lecture était fausse, à savoir qu’il était impossible que la Prophétie de Notre-Seigneur ait pu prédire que les juifs… ne la foulassent PLUS, JAMAIS, avant la fin du monde (c’est tout bonnement une vérité de La Palice que de le dire !). C’est donc aussi, corrélativement, que la seconde interprétation de cette prophétie scripturaire était la seule bonne, à savoir qu’il ne faut pas mélanger  » fin du temps des nations  » et  » fin du monde « , le temps des nations n’étant qu’une économie particulière du monde dont la fin n’entraîne pas forcément celle du monde avec elle, ce qui signifie que cette fin du temps des nations ayant lieu, les juifs pourront tout-à-fait fouler de leurs pieds Jérusalem, marquant par-là même ladite fin du temps des nations (et ceci, pour engendrer  » une résurrection d’entre les morts « , annonce saint Paul, dans un cadre millénariste ou bien non, l’avenir le dira)… LE FAIT, DONC, À PRÉSENT HISTORIQUE, CONFIRME FORMELLEMENT LA SECONDE INTERPRÉTATION & RÉVOQUE NON MOINS ABSOLUMENT LA PREMIÈRE. On ne pouvait du reste que s’y attendre, puisque les prophéties de l’Ancien-Testament invalidaient déjà formellement la première lecture négationiste de la Prophétie de Notre-Seigneur. Or, ô prodige de l’entêtement perseverare diabolicum suivant l’humaine erreur, celle-ci seule étant excusable, au lieu de se soumettre humblement au Saint-Esprit parlant, et par les prophètes de l’Ancien-Testament, et par les faits de l’Histoire, double Parole divine qui invalide par-là même ipso-facto la première lecture, nos yeux stupéfaits & scandalisés verront un nombre important de catholiques contemporains du fait du Retour, tenants de la première interprétation, autant du reste chez les traditionalistes que chez les conciliaires modernes, tout un courant conservateur trop & mal imbibé de scolastique classique, hélas le pape à leur tête, en rester mordicus à cette dite première interprétation de la prophétie MALGRÉ LE FAIT ARRIVÉ, AVÉRÉ, DU RETOUR, préférant diaboliquement non moins que pharisaïquement REJETER LE FAIT POUR RESTER DANS L’IDÉE DE CETTE PREMIÈRE LECTURE, CEPENDANT SCRIPTURAIREMENT INDÛE, DE LA PROPHÉTIE DE NOTRE-SEIGNEUR ! C’est tout simplement préférer lucifériennement l’idée, l’idéologie, contre le fait qui l’invalide. Or, dans la perception de la vérité, c’est le fait qui précède l’idée, c’est ce que veut dire l’adage scolastique : contra factum non argumentum, contre les faits on n’argumente pas. Préférer la logique d’une idée préconçue au fait qui la contredit, c’est à peu près cela, le péché contre le Saint-Esprit, une telle attitude réprouvée est en tous cas toujours, peu ou prou, ordonnée à ce péché-là, gravissime entre tous, irrémissible de soi, l’Évangile nous en avertit. Car ceux-là qui osent soutenir pareil raisonnement, ont beau nous chanter que le Retour des juifs en Palestine n’est qu’un  » fait politique « , c’est-à-dire pour eux un non-fait prophétique, ils n’oublient qu’une chose, c’est qu’un  » fait politique « , c’est en tout état de cause, dans tous les cas de figure & dans tous les sens où on le retourne, D’ABORD un… FAIT ! Rien à faire pour sortir de là, à moins d’intégrer les petites maisons de fous à Charenton, avec ou sans camisole de force ! OR, PRÉCISÉMENT, C’EST CE SIMPLE & SEUL FAIT QUI EST PROPHÉTISÉ PAR NOTRE-SEIGNEUR COMME DEVANT SIGNIFIER LA FIN DES TEMPS. Qu’on veuille, par ailleurs fort malhonnêtement, le ravaler au seul caractère  » politique « , le baptisant à cet effet péjorativement  » sionisme  » pour tâcher de l’avilir, le négativer, le bémoliser calomnieusement aux yeux des hommes, n’y change de toutes façons rien, strictement RIEN. Un fait est & reste métaphysiquement un FAIT, avant d’être  » politique « , comme on veut à toutes forces nous le dire, mais d’ailleurs mensongèrement. Car de plus le Retour n’est  » politique  » qu’en finale de son processus & par la force des choses de ce très-bas monde, il ne l’est nullement dans ses origines & sa motivation profonde, très-pures non moins que divines, comme l’historique que nous allons en faire le montrera avec grande évidence. L’origine divine du mouvement est d’ailleurs tellement évidente, forte, que l’on verra un des co-fondateurs du sionisme, Max Nordau, cependant athée et peut-être même marxiste, en être, comme malgré lui, frappé, et le rappeler à ses troupes découragées en un moment dur pour le sionisme :  » Ce mouvement puissant n’est pas issu de l’imagination des hommes dévoués placés à notre tête. Seules les aspirations émanant du coeur d’Israël guident leurs pas et dictent leurs paroles  » ( » L’avenir de Jérusalem « , p. 129). Une autre fois, il s’écriera :  » Le judaïsme n’est en effet pas simplement un culte ; il est une nation, mais une nation qui a une base essentiellement religieuse, une théocratie, une christocratie ; sans le Messie, la nationalité n’est plus rien. Si Gédéon a vaincu avec l’élite des trois cents la multitude des madianites, c’est sur un ordre divin que le héros d’Israël s’est borné à ce chiffre insignifiant ; et c’est par l’intervention divine directe qu’il a mis l’ennemi en fuite  » ( » L’avenir de Jérusalem « , p. 96)… Hélas, nos révisionistes-négationistes, plus aveugles que des… juifs judaïquement juifs, ne comprendront pas, ou ne voudront pas comprendre, qu’un  » fait politique  » est avant tout un fait, ce qui différencie pourtant l’homme sain de l’insensé, sachant faire usage de la raison que Dieu lui a donnée, marquant la limite infranchissable avec la folie rebelle du diable. Feu Daniel Raffard de Brienne par exemple, se faisant le catalyseur de cette mouvance, de ce néo-pharisaïque courant négationiste, osera soutenir dans les années 1990, en pleine guerre du Golfe, dans un numéro ancien de la revue nationale  » Le choc du mois « , revue politicarde de soi-disant  » bonne droite « , cette thèse abominable : puisque les juifs ne doivent pas retourner en tant que juifs à Jérusalem jusques & y compris la fin du monde, alors, si on les voit cependant le faire, il ne peut donc s’agir que d’un fait qui… n’existe pas, c’est un… non-fait, un  » fait politique « , sous-entendu pour lui : sans signification prophétique ni surnaturelle d’aucune sorte. Nous sommes là, en vérité, exactement les deux pieds dans le raisonnement pharisien ainsi conçu : puisque Jésus n’est pas le Messie, alors les miracles qu’Il fait, et que les prophètes nous ont pourtant enseigné devoir être le fait du vrai Messie, le charisme l’authentiquant, cesdits miracles ne sont pas de vrais miracles, ce sont des… non-miracles, c’est  » par Béelzébuth qu’Il les fait « …! En vérité, seul le feu du Ciel peut terrasser pareil rejet en face de la Vérité, pareil négationisme blasphématoire, prenons bien conscience que nous sommes là en présence du péché le plus grave que peut commettre l’homme sur cette terre : refuser de prendre acte, dans le sens obvie, de ce que les yeux voient & les oreilles entendent… Mais on va clore ici, pour l’instant, le débat purement théorique, nous réservant de le rouvrir plus loin dans cette étude, en mettant le soc de charrue dans le problème exégétique de fond, ce qui mettra le point final à l’aspect théorique de la question, la fameuse…  » question juive « . Pour l’instant, le fait du Retour actuel des juifs en Palestine étant de nos jours des plus avéré (sauf pour ceux qui ont des yeux & ne voient point), commençons les choses concrètes en traitant la question des dates, qui a son importance, avant de retracer un Historique. Pour certains, 1917 est la date-clef qui accomplit la prophétie du Retour ; pour d’autres, il faut attendre 1948, ratification juridique de l’état de fait, créé seulement en 1917 en Palestine par l’occupation juive. Qui a raison ? Rappelons la Prophétie pour en décider. Et ayons garde d’oublier que c’est Notre-Seigneur Lui-même qui en est l’auteur :  » Et Jérusalem sera foulé aux pieds par les nations jusqu’à ce que le Temps des nations soit accompli  » (Lc XXI, 24). De cette affirmation claire, sans ambiguïté aucune, il ressort ceci : dès que Jérusalem ne sera plus foulée aux pieds par les nations, c’est-à-dire ne sera plus occupée par des non-juifs, et donc dès qu’elle sera occupée ou plutôt habitée librement par les juifs en leur nom & surtout nationalité propres, alors le Temps des nations sera accompli, ce sera la fin des Temps. Il n’est pas question ici de la quelconque constitution politique d’un État d’Israël venant couronner juridiquement l’occupation libre du sol de Jérusalem par les juifs, Notre-Seigneur n’ayant parlé que de la libération PRATIQUE de Jérusalem. C’est donc un fait CONCRET que nous avons à constater, car c’est un fait concret qui réalise la Prophétie divine. La question se réduit donc à celle-ci : quand donc Jérusalem a-t-elle cessé d’être occupée par des non-juifs ? L’Histoire ne laisse planer aucun doute sur cela : le 10 décembre 1917, Jérusalem commençait d’être libérée pour moitié. Commençait seulement, puisque de 1917 jusqu’en 1967, les juifs ne fouleront librement de leurs pieds qu’une moitié de Jérusalem, manifestant on ne peut mieux que la fin des Temps commençait seulement, en 1917 ; ce que l’étude des autres Signes eschatologiques confirmera avec éclat, le lecteur le constatera dans les chapitres suivants. Une dernière subtilité consisterait à dire qu’à cette date, ce ne sont pas les juifs à proprement parler qui ont possédé Jérusalem, mais les britanniques et encore, pas en leur nom propre, mais en celui de la Société Des Nations, la SDN ancêtre de l’ONU. Il est facile de répondre à cela que ce qui importe pour la réalisation de la Prophétie de Notre-Seigneur, c’est l’occupation pratique & libre de Jérusalem par les juifs en tant que juifs : or, celle-ci est UN FAIT dès 1917. Car les juifs occupant Jérusalem ne sont pas des sujets anglais ou SDN, ils occupent Jérusalem en leur nom & surtout en leur qualité de juifs, l’Angleterre n’exerçant qu’un protectorat sur eux, défini ainsi par la SDN :  » Éducation politique des juifs de la région palestinienne « . Finalement, qu’on le veuille ou non, on se retrouve avec les juifs en leur nom & qualité de JUIF, occupant librement la moitié de Jérusalem à compter du 10 décembre 1917. Mais, à présent, tâchons de mieux appréhender la réalisation historique de cette magistrale prophétie du Retour. La suite de notre étude nous obligera à critiquer la thèse de l’abbé Lemann, exposée dans son  » L’avenir de Jérusalem « , il nous est donc bien agréable, ici, de nous servir principalement de l’historique très-complet et fort bien fait qui introduit cet ouvrage, pour composer le nôtre. À sa lecture, le lecteur constatera sans peine LE MIRACLE permanent qui se déroule là-bas en Palestine, depuis plus d’un siècle, là où Notre-Sauveur a vécu, a prophétisé, a fait des miracles, a souffert, a été crucifié, est mort, est ressuscité, nous a sauvé si nous le voulons bien & où Il doit apparaître bientôt, au grand dam des nations apostates mais pour le salut du petit reste, tant des chrétiens fidèles que des juifs convertis. Et puisque Jérusalem récapitule, réalise en microcosme, la prophétie du grand Retour, retraçons notre historique à partir de la prédiction de Notre-Seigneur :  » Jérusalem sera foulé aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis « . Prenons Jérusalem en 135 après J.-C. À cette date, la Prophétie était bloquée. Cela faisait même un certain temps qu’elle l’était puisque, depuis l’an 70, Jérusalem, rasée et désertifiée par les armées romaines de Titus, supportait l’implacable malédiction divine tellement méritée par son déicide. Implacable est certes le mot juste : jamais, depuis qu’elle fut rasée une seconde fois puis reconstruite en 135, après une insurrection juive parmi tant d’autres, les juifs ne purent faire leurs lesdites reconstructions édifiées sur ce lieu sacré ; qui plus est, reconstructions systématiquement romanisées (dédiées à… Jupiter, cette imitation païenne de Yahweh !, quelle injure pour les juifs !) avant d’être christianisées par la suite, ô cruelle dérision pour les juifs ! Pire : le séjour dans la ville leur fut par intermittence interdit (à moins qu’il ne fût payant et limité à un mois). Et ceci, durant tout le temps que les romains la foulèrent aux pieds. La meilleure preuve que cette excommunication de Jérusalem pour les juifs n’était pas le fait des hommes, ceux-ci n’étant qu’instruments de Dieu en cela, c’est que lorsque, par un hasard fortuit, ils conjugueront, et leur puissance sur le monde, et leur élection, c’est-à-dire lorsque romains & juifs s’uniront de concert pour conjurer et faire mentir la Prophétie, ils n’arriveront qu’à faire sortir un feu divin de dessous les fondations envisagées d’un futur Temple, ce qui les stoppera net dans leur projet : c’était, comme chacun sait, sous Julien l’Apostat (331-363). Car dans l’esprit des juifs, les trois choses ont toujours été liées (délivrance de la Palestine, celle de Jérusalem, et reconstruction du Temple) et… le sont encore, au moins pour les deux premières, Jérusalem & la Palestine (nous reviendrons sur la question du Temple un peu plus loin dans cette étude), c’est ce que l’actualité la plus récente nous montre d’une manière éclatante voire surprenante, la pomme de discorde entre les israéliens & les mondialistes ONU portant principalement sur l’internationalisation ou la judaïsation de Jérusalem, Itzhak Shamir jetant à la face du monde, avec quelque cohérence il faut bien le reconnaître, qu’il ne saurait y avoir d’État d’Israël sans Jérusalem comme capitale… Poursuivons. Jérusalem connaîtra un bel apogée avec la conversion de Constantin (312), et à partir de 451, elle deviendra même le siège d’un patriarcat catholique singulièrement attrayant & actif. Pendant ce temps, les juifs errants retrouvent le droit non pas d’y résider mais de prier et pleurer  » le 9e jour d’Ab  » [journée rituelle de jeûne pour la désolation d’Israël] sur l’emplacement du Temple. À la suite de la décadence romaine, Byzance administrera Jérusalem. Ensuite, les perses (614), puis bien sûr les arabo-musulmans (638), remplaceront les romains d’occident puis d’orient pour fouler incontinent Jérusalem. S’ensuivra la construction de la première mosquée. À partir de là, les siècles passent tels des nuages lourds, déprimants & bas, qui laissent pleuvoir beaucoup de sang, comme à chaque fois que les musulmans sont quelque part… Mais voici à présent, pour la deuxième fois depuis le très-fatidique an 70, le foulement chrétien : ce que la chrétienté occidentale avait de meilleur viendra délivrer la Ville-Sainte du cimeterre, et cela dura environ un siècle (1099 à 1187 & 1229 à 1239). De 1244 à 1517, Jérusalem repassera sous domination arabo-musulmane, puis de 1517 à 1917, sous celle des turcs ottomans : sept siècles musulmans. Après, c’est le miracle juif. … Oui, Jérusalem, à nulle autre ville pareille, est vraiment le centre de la terre, comme l’affirme la sainte-Écriture, recueillant ou réfléchissant en son miroir microcosmique tout ce que les hommes et les siècles post-chrétiens, juifs & gentils mélangés, ont bien pu trouver pour ne pas obéir au Plan divin… Dans ce rapide tableau historique, le lecteur n’a pas vu beaucoup de juifs à Jérusalem. C’est que, tout simplement, ils n’y étaient pas. Sauf en pèlerins hâtifs, furtifs, étroitement surveillés, ou au mieux si l’on peut dire, confinés en de sordides ghettos :  » Benjamin de Tolède, juif du royaume de Navarre, voyagea au XIIe siècle dans tous les lieux où il crut qu’il y avait des synagogues, afin de s’instruire de l’état de sa nation. Il rapporte qu’il ne trouva pas plus de deux cents juifs à Jérusalem. Ils étaient presque tous teinturiers en laine, rassemblés dans un quartier à part, sous la tour de David. Son récit est confirmé par celui du rabbin Péthachia de Ratisbonne, qui visita aussi ses frères de Judée dans le cours du même siècle  » ( » L’avenir de Jérusalem « , pp. 44, sq). En tous cas, le moins qu’on puisse dire, c’est que, depuis l’an 70, le juif ne foule pas librement Jérusalem de ses pieds, et il ne le fera jamais avant l’incroyable phénomène engendré à la fin du siècle dernier. Aucune prophétie n’est mieux constatée dans l’Histoire que celle de Notre-Seigneur concernant Jérusalem. Dix-neuf siècles ininterrompus. Pesons bien cela. Pour mieux jauger la désolation juive de Jérusalem  » rappelant au pèlerin les sanglots de Jérémie « , précisons que si, au XIIe siècle, il n’y avait pas plus de deux cents juifs à Jérusalem, au XVIIe siècle  » on n’y comptait qu’environ cent famille juives. La plupart vivaient d’aumônes envoyées de l’Occident. Richard Simon dans son ouvrage Cérémonies & coutumes qui s’observent parmi les juifs, rapporte que de tous les endroits du monde où les juifs se trouvent, ils envoient tous les ans des aumônes en Jérusalem, pour l’entretien des pauvres qui demeurent là, et qui prient pour le salut commun ; ils envoient aussi quelque chose en d’autres endroits de la Judée, comme à Jaffé, à Tabéria et en Hébron, où est le sépulcre des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, et de leurs femmes « . On ne peut dénier à cet épisode, en tous cas, son caractère édifiant. Alors, comment d’un tel état de désolation presque bimillénaire, a-t-il bien pu sortir ce que nous voyons sous nos yeux, c’est-à-dire l’État d’Israël, dont le bruit remplit toute la terre, ce qu’il fera de plus en plus jusqu’à l’Armaguédon final, qui verra la déconfiture totale de ses ennemis mais encore la nécessaire conversion nationale des juifs à leur Messie Jésus-Christ ? Éh bien, le grand Retour commencera, comme toutes les choses divines, petitement et dans l’insignifiance, pour finalement s’imposer invinciblement par degrés insensibles au regard humain, rarement spectaculaires. Le songe de Mardochée (Esther XI, 10-11) trouve ici une merveilleuse illustration : il voit, pour sauver le peuple juif  » se préparant à périr « , une petite source sans force, puis un fleuve, puis une puissante masse d’eau engloutissant finalement les ennemis. Joseph de Maistre exprime ainsi cette grande loi divine :  » Rien de grand n’a de grands commencements… l’accroissement insensible est le véritable signe de la durée dans tous les ordres possibles des choses  » ( » Essai sur le principe générateur des constitutions politiques « ). Parlons d’abord d’un germe divin caché dans le sein du peuple juif, qui va nous aider à comprendre la suite. Dès avant le Christ jusqu’à, à peu près, la Révolution française, il y aura, omniprésents dans le coeur, l’âme, l’esprit du juif, dominant toute autre pensée : 1. le souvenir vivace de Jérusalem ; et 2. la certitude du Retour triomphal dans celle-ci.  » L’an prochain à Jérusalem !  » est enraciné depuis deux millénaires dans le juif avec une telle force qu’on ne saurait y voir une simple idée humaine, pour peu qu’on sache le sort réservé à celles-ci par l’Histoire ; on n’y peut voir qu’une origine surnaturelle. Un poète polonais du siècle dernier, Adam Mickiewicz, en avait été singulièrement frappé :  » … demeurent des millions d’hommes appartenant à un peuple bien connu, à un peuple qui est l’aîné de l’Europe, l’aîné de tous les peuples civilisés, le peuple juif, qui, du fond de ses synagogues, ne cesse depuis des siècles de pousser des cris auxquels rien dans le monde ne ressemble, de ces cris dont l’humanité a perdu la tradition. Or, s’il y a quelque chose qui puisse ramener sur la terre la vérité du Ciel, ne seraient-ce pas ces cris dans lesquels l’homme concentre et exhale toute sa vie ?  » ( » Religion & politique « , t. II des leçons données au Collège de France par Adam Mickiewicz, p. 27). Évidemment, notre poète héroïque, catholique quelque peu marginal (nous aurons l’occasion d’en reparler dans notre Tome II), s’égarait un peu dans sa dernière phrase… mais pas tout-à-fait, cependant, si l’on pense à l’espérance millénariste complètement occultée voire diabolisée dans l’Église catholique, à son grand dam. Et quels sont ces cris juifs auxquels il fait allusion ? Une très-belle page d’histoire va nous l’apprendre :  » Voici un extrait très-curieux d’un rapport fait en 1810 par le docteur Buchanan à l’église anglicane, sur cette foi innée et persévérante chez les israélites de l’Inde, et chez les afghans et les pyrans qu’on suppose descendre des dix tribus d’Israël dispersées sept cents ans avant la naissance de Jésus-Christ :  » Ceux-ci, pour la plupart, n’ont jamais entendu parler ni du second Temple, ni du Messie des chrétiens… [Pourtant,] pendant mon séjour en Orient, j’ai trouvé partout des juifs animés de l’espoir de retourner à Jérusalem et de voir leur Messie. Deux choses m’ont surtout frappé, c’est le souvenir qu’ils conservent de la destruction de Jérusalem et l’espérance qu’ils ont de voir un jour cette cité sainte renaître de ses ruines. Sans roi, sans patrie, ils parlent sans cesse de leur nation ; l’éloignement des temps et des lieux semble n’avoir affaibli en rien [!] le souvenir de leur infortune ; ils parlent de la Palestine comme d’un pays voisin et d’un accès facile. En quelques endroits, les rabbins ordonnent à ceux qui bâtissent de laisser incomplète une partie de leurs constructions, comme emblème de ruines, et d’y graver ces mots : Zecher Lacorchan (= en mémoire de la désolation) [bien d’autres coutumes juives ayant le même sens existent, comme par exemple, celle, émouvante, qui consiste à briser un verre sous le dais nuptial, pour signifier que tant qu’Israël sera dans la désolation exilique, nulle joie ne peut être parfaite…]. Ils entretiennent toujours avec confiance l’espoir de rebâtir les murs de Jérusalem, pour la troisième et dernière fois, sous les auspices du Messie, ou d’un second Cyrus. Ils croient que l’époque de leur délivrance n’est pas très-éloignée, et regardent les révolutions qui agitent l’univers comme des présages de liberté  » ( » L’avenir de Jérusalem « , p. 124). Voilà en vérité qui est prodigieux, extraordinaire ! Si l’on y joint que les incessantes tentatives d’insurrection juive pendant la période romaine, soulevant à chaque fois d’impressionnantes masses juives, ont toutes été motivées par cette grande pensée, on ne saurait douter de son origine divine (l’abbé Lemann en compte huit, harcelant sans cesse la  » pax romana « , chacune avec un faux-messie à sa tête). Cette pensée constante, qui est comme une preuve que Dieu n’a pas complètement rejeté la nation juive malgré son déicide, ne cessera d’empêcher l’errance juive (tant physique que spirituelle) de désespérer complètement, comme le montre le rituel judaïque :  » Au milieu des préoccupations de leurs trafics et des calculs de leurs négoces, ils ne laissent pas que de penser à Jérusalem. Il leur reste quelque chose de ces accents qui avaient ému autrefois les fleuves de Babylone. Lorsque le cours des jours ramène, chaque année, la célébration de la fête de Pâques, le père de famille, entouré de tous ses enfants, clôt le festin commémoratif par ces paroles :  » L’année prochaine, à Jérusalem ! « , comme le montre un livre pieux juif, Cozri, datant du XIIe siècle :  » Mieux vaut habiter dans la terre d’Israël une ville dont la majeure partie des habitants sont des gentils, que d’habiter hors la terre d’Israël une ville dont la majeure partie des habitants sont des juifs. Car tout juif qui habite dans la terre d’Israël est semblable à l’homme qui a Dieu avec soi, tandis que le juif qui habite hors la terre d’Israël, est semblable à l’homme qui ne possède pas Dieu  » ( » L’avenir de Jérusalem « , p. 43).  » Il n’y avait pas un prédicateur, parmi eux, qui ne concluât régulièrement son sermon par l’invocation hébraïque : Et que le Rédempteur vienne dans Sion !, à laquelle toute l’assemblée répondait par un fervent : Amen ! (…) Au cours du Moyen-Âge, il y eut des rabbins, des poètes et d’autres [croyants] qui allèrent en pèlerinage à la Terre Sainte, afin d’y passer leurs dernières années dans l’étude religieuse et d’y être enterrés. Le juif qui ne pouvait entreprendre un si hasardeux voyage était considéré comme heureux quand, au moment de sa mort, une poignée de terre du mont Moriah était placée sous sa tête dans le tombeau, en sorte qu’il pût reposer sur le sol sacré ; et la formule liturgique de consolation est encore de nos jours : Puisse le Seigneur vous soutenir entre tous ceux qui se lamentent pour Sion et Jérusalem ! ( » Le mouvement sioniste « , Israël Cohen, aux Éd. de la terre retrouvée -tout un programme, le nom de cette maison d’édition !-, 1945, pp. 10-11). Napoléon lui-même en fut frappé, et, avec le grand esprit qu’il possédait et qui lui faisait aller tout-de-suite aux causes premières des choses, il eut le mot heureux :  » Anecdote significative, un jour, Napoléon fit son entrée dans une synagogue un jour de Tisha beAv [jour de jeûne rituel en mémoire de la désolation d’Israël]. Il y vit des Juifs assis par terre qui se lamentaient et demanda la raison de leur affliction. On lui répondit que les personnes présentes pleuraient la destruction de Jérusalem et du Temple. Quand cela advint-il ?, demanda l’empereur. Il y a deux mille ans, lui répondit-on. Et Napoléon de rétorquer : Un peuple qui se souvient de sa patrie pendant deux mille ans FINIRA PAR Y RETOURNER  » (cité par  » Lapide « , sur le blog  » la-question.net « , 9 novembre 2009). C’est ce qui s’appelle avoir du bon sens et même le sens du Saint-Esprit… Cette constante indéracinable de la pensée juive ne peut en effet provenir, on le conçoit aisément, que de Dieu. D’ailleurs, les juifs exilés appuient leur espérance non sur quelqu’école rabbinique ou pharisaïque marginale, mais sur la littéralité des nombreuses prophéties bibliques que nous avons rappelées plus haut… et que nous avons en commun avec eux. Et ils ont parfaitement raison de le faire, et, paradoxalement, les scolastiques en général ont abominablement tort de le leur reprocher, on ne peut que seulement reprocher au juif de ne pas éclairer cette espérance du grand Retour, de la divine Lumière de Jésus-Christ, mais ne désespérons pas, la chose viendra en son temps, saint Paul nous l’a assuré. C’est pourquoi on ne saurait qu’être très-étonné de voir l’abbé Lemann leur faire âpre grief de cette espérance, qu’assurément ils n’ont point inventée & qui reste peut-être le seul fil ténu les raccrochant au salut de leurs âmes malheureuses ! Mais nous reviendrons sur ce problème irritant… Après donc avoir montré que l’espérance du Retour fut toujours forte & constante dans la pensée des juifs de la diaspora, signe du divin, revenons à l’Histoire et tâchons de discerner cette  » petite source  » (Esther XI, 10) qui va engendrer le grand fleuve du Retour… Plaçons-nous au XVIIe siècle… Cette époque enregistre un phénomène nouveau : à partir d’elle, contrairement aux seize siècles précédents, on verra  » un grand nombre de pèlerins [juifs] se rendre chaque année de tous les coins du monde en Terre sainte, et particulièrement à Jérusalem, et y envoyer aussi des sommes considérables pour nourrir des pauvres, et entretenir les Académies  » ( » L’avenir de Jérusalem « , p. 47). Il y a là comme déjà une amorce, en tous cas on peut constater que l’amour de Jérusalem, loin de s’éteindre dans le cœur du juif, comme on aurait pu s’y attendre après tant de siècles déçus s’empilant les uns sur les autres, semble tout au contraire s’accroître mystérieusement dans le juif, puisqu’il suscite un mouvement de foules tout nouveau. Un siècle plus tard, et la Révolution française et surtout les trop célèbres  » lumières « , auront produit un inénarrable divorce dans le monde juif. Rien de plus intéressant voire curieux pour nous catholiques post-Vatican II (le  » 1789 dans l’Église « , comme disait le Cal Suenens), que d’étudier ce grand bouillonnement… qui n’est pas sans analogie, on le verra, avec le nôtre. De l’an 70 jusqu’à la Révolution en passant par le Moyen-Âge, le juif moyen de tous les coins de la Diaspora est donc resté indéfectiblement attaché à la grande espérance du Retour qui vaut pour lui, pauvre indigent, à peu près toute une religion. L’abbé Lemann résumera ces dix-sept siècles par deux mots :  » résignation mais toujours espérance « . Ce n’est que trop vrai. Mais le juif, surtout celui vivant dans le monde occidental, aura de plus en plus tendance à y prendre racine, à mesure même où l’émancipation de son statut progressera, ce qui en France, commencera avec Louis XVI et sera (mal, très mal !) achevé par la Révolution et surtout par Napoléon (voir à ce sujet l’instructive trilogie de l’abbé Lemann sur la question : 1.  » L’entrée des israélites dans la société française  » 2.  » Les juifs dans la révolution française  » 3. Napoléon et les juifs « ). Il en sera de ces juifs, comme de ceux de l’Exode : ce n’est plus la vision de Jérusalem ou de la terre promise qui fait vibrer leur coeur, c’est celle des oignons d’Égypte gros comme le poing et d’une douceur savoureuse, paraît-il. Un juif allemand, à propos du Retour, le dira crûment :  » Jérusalem est bon pour prier, mais pas pour faire des affaires  » ( » L’avenir de Jérusalem « , p. 80). Ceux-là seront perdus pour la cause. Ils deviendront apostats de leur espérance & de leur foi. On ne saurait s’en étonner : la sainte-Écriture nous révèle assez que lorsque le juif est repu, bien engraissé dans un pays étranger, il a tendance à oublier tout des merveilles que Dieu a fait en sa faveur, y compris les plus grands miracles (Cf. Deut. XXXII, 15). L’histoire du peuple saint se répète : ce fut la lutte constante de Yahweh tout au long de la sainte-Écriture, d’empêcher Israël d’adopter les coutumes des peuples qui les entouraient, ce que les juifs avaient toujours la tentation de faire. Ainsi, dès que la Révolution en 1791, puis l’Empire avec Napoléon, donnèrent l’égalité civique aux juifs, d’abord de France puis progressivement de tous les pays d’Europe, le résultat ne se fit guère attendre car depuis son déicide, ce peuple puni, dispersé comme de la poussière dans tous les peuples, est privé de prophètes pour le ramener dans le droit chemin. Un grand nombre de juifs de France, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Autriche, d’Italie, de Belgique, de Hollande, de Hongrie & des États-Unis, les mieux traités de la diaspora, à peine émancipés, oublieront tout dans un accord étonnant… comme surpris eux-mêmes d’avoir cru & espéré si longtemps. C’est ceux de France & d’Allemagne qui donneront le branle, comme par hasard. Leur proclamation sera simple : ils professent cesser d’attendre le Messie car pour eux il est venu et consiste en l’émancipation civique apportée par la Révolution & les droits de l’homme. Double reniement, donc, puisque non seulement ils reniaient le Messie, mais celui-ci, de personnel, devenait un collectif abstrait. La conséquence est immédiate : puisque le juif émancipé s’identifie parfaitement, de par la grâce du  » messie de la Révolution  » avec l’européen lui-même émancipé, sa patrie est la sienne, ils sont frères, il est chez lui en France, en Italie, etc. Dès lors, Jérusalem et la Palestine ne représentent plus rien, sauf le mythe de leur actuelle émancipation sociale dans tous les pays d’Europe, objet réel des annonces de leurs antiques prophètes. On ne saurait apostasier plus nettement. Ici, le juif, dès la Révolution & l’Empire, devient en quelque sorte… moderniste, et d’un seul coup, en réduisant le Retour messianique dans le Temps présent, que pourtant saint Paul baptise  » l’âge mauvais « . Le catholique européen mettra deux cents ans d’un pourrissement qui dure encore hélas, pour arriver au même résultat : réduire la Foi au Christ & dans son Règne, en un collectif abstrait déjà présent parmi nous : l’aggiornamento vaticandeux n’a pas d’autre sens (l’horrible définition du catéchisme moderniste  » Pierres vivantes  » quant à l’Ascension n’a pas d’autre signification : si, comme ses auteurs ont osé la définir, l’Ascension  » c’est une image pour dire que… « , ce n’est donc pas un dogme, le Christ Ressuscité n’est pas monté véritablement au Ciel et donc, Il est encore sur terre, parmi nous ; et comme Il n’y est plus en tant que Personne, Il y est d’une manière collective, en chacun de nous & collectivement, aussi dans le cosmos…). Mais laissons s’exprimer le juif moderne lui-même, faisant profession… d’apostasie :  » C’est par l’Allemagne que va commencer l’explosion. En 1843, un comité réformiste s’organisait à Francfort-sur-Mein, qui jetait dans toutes les directions de l’espace la déclaration suivante : Un certain nombre d’israélites allemands a pris la résolution d’exprimer son opinion sur le judaïsme actuel, et de se détacher formellement de tous les principes vicieux et de toutes les pratiques surannées.  » DÉCLARATION : (…) Art. III – Nous n’attendons ni ne souhaitons de Messie qui nous ramène en Palestine. Nous ne connaissons d’autre patrie que celle à laquelle nous appartenons par notre naissance et nos relations sociales. Tous ceux qui n’attendent point de Messie qui les ramène en Palestine… sont invités à signer notre déclaration, etc.  » Le résultat de cette déclaration fut immense ; trois synodes s’ensuivirent. Dans le premier, tenu à Brunswick en 1843, on posa cette question par laquelle on rompait hardiment avec le passé : Faut-il continuer à réciter des prières [admirables de piété, d’ailleurs, ces prières, nous allons en citer quelques unes plus loin] qui n’ont plus aucun rapport avec notre position ? Devons-nous nous lamenter sur des malheurs qui heureusement sont loin de nous ?  » Dans le deuxième congrès, tenu à Francfort en 1845, on proclamait les décisions suivantes : 1. La langue hébraïque est-elle nécessaire à l’office divin ? Non, à l’unanimité [… toute relation avec l’abandon du latin par nos catholiques modernes, est évidemment purement fortuite…]. 2. Toute prière pour le rétablissement des sacrifices [et donc, pour la reconstruction du Temple à Jérusalem] sera-t-elle retranchée ? Oui, à l’unanimité. 3. Doit-on effacer de nos prières toute invocation pour le rétablissement d’un État juif et pour le retour des juifs en Palestine ? Oui, à l’unanimité. 4. Le dogme du Messie mérite-t-il une haute considération dans nos prières ? Oui, à l’unanimité. Or, poursuit l’abbé Lemann de qui nous tirons ces lignes, qu’était-ce que ce dogme du Messie dans la pensée de la haute assemblée ? Une correspondance de Francfort a eu soin de nous en conserver le commentaire : Une opinion émise par le synode, et qui a été accueillie avec joie, est celle qui concerne la venue du Messie : les juifs n’attendent qu’à être admis parmi les nations pour croire la promesse du Messie accomplie  » ( » L’avenir de Jérusalem « , p. 56). En 1846, on installait à Paris un nouveau grand-rabbin. L’occasion était belle pour lui demander des  » réformes  » et elle ne fut pas manquée si l’on en juge au discours qui lui fut infligé, dont voici quelques extraits significatifs :  » M. le Grand-Rabbin, depuis un demi-siècle, une nouvelle ère a commencé, non seulement pour nous, mais pour la majorité de nos frères de tous les pays. La voix de l’humanité et de la justice se fait jour partout. Par conséquent, de nouveaux changements sont attendus, sont demandés avec instance dans notre culte [!]. Les prières de l’es
  3. Ce qui n’est pas normal, c’est de soutenir, dans des pays dits démocratiques, la création d’un état ou d’une nation sur des bases religieuses et des croyances personnelles….

    1. tout à fait d’accord ! ce n’est pas normal de soutenir un état palestinien judenrein fondé sur la sharia avec l’argent du contribuable !

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