Un épisode oublié de la guerre d’indépendance israélienne :

Le massacre du Gush Etsion, ou

L’oubli comme arme politique.

Les partisans du « camp de la paix » autoproclamé font de la « Cisjordanie » un territoire judenrein comme condition primordiale de la paix au Proche-Orient, accréditant ainsi l’idée d’une exclusion religieuse ou raciale comme condition sine qua non de tout accord de paix. Appliqué à l’Europe et aux populations allochtones (c’est-à-dire aux « immigrés »), un tel raisonnement est raciste. Appliqué à Israel, il se mue étrangement en logique d’émancipation…

le "danger sioniste"... Enfants de Kfar Etsion
le "danger sioniste"... Enfants de Kfar Etsion

Dans cet objectif, il importe de déterritorialiser tout vécu juif, d’en faire une entité abstraite déracinée, avec en prime un sens récurrent de l’omission volontaire.

Un exemple significatif du conflit de mémoire concerne les habitants du Gush Etsion.

Gush Etsion 2009. (c) google earth
Gush Etsion 2009. (c) google earth

Un site comme peacenow.org évoque la « signification historique particulière » du Gush Etsion et insiste sur le caractère « ultra-orthodoxe » (tout simplement des sionistes religieux) des premiers établissements sur les collines situées au sud de Jerusalem et au nord-ouest d’Hebron. Plus significativement, la perte des quatre villages en 1948, vécue selon eux comme un traumatisme dans la mémoire collective israélienne, est réduite à une conséquence non intentionnelle de la guerre de 1948, donnant l’impression d’une disproportion entre le pathos et son motif. (« All four were destroyed in the course of 1948 war, and the entire area came under Jordanian rule. From 1948-1967, the loss of the four Jewish communities of Gush Etsion was one of the most painful traumas in the Israeli collective memory. »)

Pou rappel, ces villages de « Cisjordanie » n’ont pas été « créés » après la guerre des Six Jours et l’« occupation » israélienne, mais ont été à plusieurs reprises attaqués et détruits par les arabes… Bien loin de l’image d’Epinal de paisibles paysans expropriés et brutalisés par les sionistes…

Les collines autour de Kfar Etsion. 1927
Les collines autour de Kfar Etsion. 1927

Pire encore, l’épisode traumatisant de la guerre de 1948 que le site peacenow.org passe sous silence est le massacre de 157 défenseurs du village par la Légion et les milices arabes avant même la déclaration d’indépendance d’Israel.

Preuve, s’il en fallait, de l’unilatéralité des « partisans de la paix » qui se font les relais partiaux du seul point de vue arabe, à l’opposé de l’objectivité qu’ils revendiquent…

La situation du Gush Etsion illustre l’infériorité numérique et en équipement des juifs et rappelle trois données fondamentales de la guerre de 1948 :

Habitant-défenseur du Gush Etsion. 1947
Habitant-défenseur du Gush Etsion. 1947

1 le conflit commence avant le 15 mai 1948, date officielle de l’entrée en guerre de la légion arabe ;

2 les britanniques mènent une politique favorable aux arabes, anticipant ce qu’ils croient être la future défaite juive ;

3 l’offensive arabe vise les populations civiles et détruit les villages juifs sans que cela ne constitue une quelconque « résistance »

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En 1927, des Juifs Yéménites accompagnés de Juifs Haredim s’installent sur des parcelles de terres nommées Migdal Eder, et acquises légalement par la compagnie Zihron David.

Une terre à défricher : les pionniers du Gush Etsion
Une terre à défricher : les pionniers du Gush Etsion

Lors des violences antijuives de 1929, ses habitants sont évacués vers un monastère chrétien orthodoxe près de Beit Umar, puis vers Jerusalem, et les arabes détruisent les maisons du village.

Quelques années plus tard, Samuel Holtzman de la société El Hahar achète d’autres parcelles, mais le village de Kfar Etsion est à nouveau pris d’assaut et détruit par les arabes lors de la guerre arabo-britannique de 1936-1939.

Shmuel Holtzman à Kfar Etsion
Shmuel Holtzman à Kfar Etsion
Le travail de la terre au Gush Etsion.
Le travail de la terre au Gush Etsion.


En 1942, le fonds pour l’existence d’israel (KKL) décide d’encourager le retour des paysans sur ces terres et au printemps 1943 à Kfar Etsion, des paysans retournent dans le village de Kfar Etsion.

Kfar Etsion. 1943
Kfar Etsion. 1943

En octobre 1945, le village s’étend à Masuot Yitshaq où s’installent des survivants de l’holocauste.

La village de matsuot yitzhaq. 1945
La village de matsuot yitzhaq. 1945

A Ein Tsurim vivent des membres du mouvement religieux Bnei Aqiva, tandis qu’à Revadim, à la différence des trois autres villages, sont établis des membres du mouvement de gauche Hashomer Hatsair.

Fermes à Ein Tzurim.
Fermes à Ein Tzurim.

Arrivée d'un convoi au Gush Etsion. 22 10 1946
Arrivée d'un convoi au Gush Etsion. 22 10 1946

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée Générale de l’ONU vote la résolution 181 qui divise le pays en deux Etats, et comme beaucoup de localités juives, celles du Gush Etsion tombent sous souveraineté arabe, de la même façon que de nombreuses localités arabes passeraient sous souveraineté juive. Si d’emblées les dirigeants juifs appelent à une coopération entre Juifs et Arabes, les Arabes de Palestine répondent à la reconnaissance légale d’un Etat arabe par des émeutes, des massacres (dont celui du Gush Etsion) et par le siège de Jerusalem.

Kfar Etsion. 1947
Kfar Etsion. 1947
Kfar Etsion 1946
Kfar Etsion 1946
L'atlier de charpentier du Gush Etsion.
L'atlier de charpentier du Gush Etsion.
Construction d'une route par les habitants du Gush Etsion. 1946
Construction d'une route par les habitants du Gush Etsion. 1946
Kfar Etsion 1946
Kfar Etsion 1946

Dès la fin 1947, les villages du Gush Etsion sont encerclés par les armées irrégulières arabes (non étatiques, celle de Kuwakji ou de Husseini). Considérant que la présence de Juifs ne devait en aucun cas devenir un obstacle à la construction de deux Etats en paix, Ben Gourin décide que les 500 habitants des quatre villages ne soient pas transférés.

Or, le Gush Etsion se trouve à proximité de la route utilisée par les irréguliers puis par la Légion arabe pour transporter des troupes et du matériel militaire en vue du blocus illégal de Jerusalem.

Afin de protéger les villages, le palmah décide d’envoyer Danny Mas ainsi qu’une section de la haganah. Au printemps 1948, les villages sont défendus par près de 315 civils et 220 membres de la force de défense juive, la plupart sans équipement militaire et non armés.

Garde de la Haganah avec les paysans du Gush Etsion. 1947
Garde de la Haganah avec les paysans du Gush Etsion. 1947

Les arabes des villages voisins attaquent indifféremment les convois de vivres et les convois militaires juifs. Il est alors décidé de blinder les véhicules de transport (avec des planchettes en bois et des boîtes de conserve en métal), mais les Britanniques refusent au nom du fait que cela pourrait provoquer la colère des arabes qui coupent les routes d’accès au Gush Etsion et à Jerusalem.

Le 11 décembre 1947, un convoi de 18 personnes est attaqué, seuls quatre civils en réchappent. Dès le 5 janvier 1948 est prise la décision d’évacuer les femmes et les enfants des quatre villages.

Enfants du Gush Etsion. 1947
Enfants du Gush Etsion. 1947

Le 8 janvier 1948, Danny Mas est remplacé par Uzi Narkiss, un autre commandant de la Haganah.

Le 13 janvier a lieu une nouvelle attaque contre un convoi médical, tuant un médecin et un conducteur., laissant pour mort un des blessé dans l’ambulance.


Le 14 janvier 1948, les factions d’AbdulQader alHusseini attaquent les villages. Composées de plus de 600 combattants auxquels s’ajoutent plus d’une centaine de jeunes arabes venus de Bethlehem, Hebron pour assurer la dimension logistique de l’opération, elles se heurtent à une défense acharnée et ne parviennent pas à conquérir le village.

Après l’attaque, Uzi Narkiss demande à la Haganah des renforts qu’elle ne peut fournir. Dans la nuit du 15 au 16 janvier, Danny Mas tente de rejoindre le bloc accompagé de 35 hommes. Ils sont aperçus près de Tzurif, et se retrouvent cernés par plusieurs centaines de combattants. Les Britanniques, au courant des combats, n’interviendront qu’une fois le dernier combattant juif tué, aux environs de 16h30 et les soldats dépéchés sur les lieux prennent les photos des cadavres et des tortures subies.

Enterrement des "35". Janvier 1948
Enterrement des "35". Janvier 1948

A la fin du mois de mars 1948, la Haganah prend la décision de mener un convoi vers les villages, afin d’évacuer les blessés et d’apporter des vivres aux habitants du Gush Etsion. Tous les véhicules disponibles (51 au total) sont réquisitionnés et atteignent les villages. Au retour, il est attaqué sur la route de Nebi Daniel. Au bout des 34 heures de combats, les Britanniques évacuent les blessés, on compte 15 tués, mais tous les véhicules sont détruits par les armées arabes.

Convoir de ravitallement vers le Gush Etsion, dit convoi Nebi Daniel. Janvier 1947
Convoir de ravitallement vers le Gush Etsion, dit convoi Nebi Daniel. Janvier 1947
Convoi de ravitaillement au Gush Etsion. Janvier 1947
Convoi de ravitaillement au Gush Etsion. Janvier 1947

Sous les ordres de la Haganah, les hommes du Gush Etsion surveillent les transports de troupes de la Légion arabe, et lancent périodiquement quelques opérations de défense. David Seltiel, commandant de la Haganah à Jerusalem et Yitshaq Levy, autre membre de la Haganah à Jerusalem, sont alors confrontés à un dilemme tactique : il fallait soit restrindre l’arrivée de troupes arabes vers Jerusalem mais risquer une attaque d’envergure contre les villages du Gush Etsion, ou s’en tenir à l’écart, avec le risque de voir Jerusalem encerclée puis conquise.

Or, les Britanniques ne devaient quitter la région que le 15 mai, et tous les chefs de la Haganah pensaient qu’aucune attaque n’aurait lieu avant cette date, puisque la puissance mandataire était encore responsable de l’ordre public.

Informé de ce choix par les Britanniques, Glubb Pacha, décide de mener une double attaque contre les villages du Gush Etsion.

Commandants de la Légion arabe avant l'attaque contre le Gush Etsion. Mai 1948
Commandants de la Légion arabe avant l'attaque contre le Gush Etsion. Mai 1948

La première attaque eut lieu le 4 mai, mais fut repoussée. Le 12 mai 1948, le Gush Etsion est à nouveau attaqué par la 12e compagnie de la Légion arabe (officiellement elle n’est pas en état de guerre) accompagnée de près de 1 200 irréguliers arabes qui avaient massacrés peu de temps auparavant un convoi médical de l’hôpital hadassah, tuant prés de 80 médecins, infirmières et patients.

Le massacre du convoi médical de l'hopital Hadassah de Jerusalem. 1948
Le massacre du convoi médical de l'hopital Hadassah de Jerusalem. 1948

Leur armement comprenait du matériel livré par les Britanniques, des véhicules blindés ainsi que des mortiers, tandis que les Juifs ne disposaient que d’un mortier et 2 armes anti tanks ainsi que des fusils. Le 13 mai a lieu l’assaut final. Près 157 villageois sont massacrés. Les autres sont faits prisonniers et envoyés dans le désert entre la Jordanie et l’Irak comme prisonniers de guerre, contre tout droit international (la puissance occupante mandataire en était responsable).

Prisonniers juifs emmenés en captivité par la Légion arabe. Mai 1948
Prisonniers juifs emmenés en captivité par la Légion arabe. Mai 1948
Camp de prisonniers juifs du Gus Etsion en Jordanie.
Camp de prisonniers juifs du Gush Etsion en Jordanie.
Camp prisonniers juifs du Gush Etsion en Jordanie. photo prise début 1949
Camp prisonniers juifs du Gush Etsion en Jordanie. photo prise début 1949

Ils ne seront relachés qu’àprès le 21 février 1949. Les villages sont détruits, les arbres arrachés à l’exception d’un olivier :

Le symbole du Gush Etsion
Le symbole du Gush Etsion
Le symbole du Gush Etsion
Le symbole du Gush Etsion

Gush Etsion
Gush Etsion
Gush Etsion
Gush Etsion

Dès septembre 1967, les familles survivants retournent dans les localités d’où ils avaient été violemment chassés, et on compte aujourd’hui 12 villages.

Plusieurs vestiges et stèles rappelent le tragique passé de ses habitants, loin de l’oubli imposé par les partisans du déni de mémoire…

Ruines d'une des maisons du village de Matsuot Yitzhaq
Ruines d'une des maisons du village de Matsuot Yitzhaq
Stèle à la mémoire des habitants du Gush Etsion.
Stèle à la mémoire des habitants du Gush Etsion.

4 réflexions sur “L’oubli comme idéologie

  1. J’ai un grand moment d’émotion lorsque j’ai reçu le témoignage d’un ancien Combattant de la JEWISH BRIGADE et de kfar Etsion, qui fut prisonnier par la Légion Arabe durant 9 mois.
    (l’on pourra lire son témoignage lorsque mon livre sera publié)

    Georges Brandstatter

  2. le massacre des villageois et kibbutknik du Goush Etsion montre le véritable contenu de la nakba.

    Laisser commémorer la Nakba c’est comme de laisser fêter le pogrome d’août 1929 avec les massacres de Hébron, Safed et Jerusalem.
    Ce qui est la « catastrophe » palestinienne, c’est que la coalition arabe n’ait pu faire partout ce qu’elle a fait aux villageois du Goush Etsion.

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