Article original publié en 2012 sur israel-flash.com.

Il est pathétique de voir en 2015 le Potus ou Fabius s’archarner à vouloir « garantir » la paix au Proche-Orient en dépeçant le territoire israélien au profit d’une organisation pseudo-étatique qui a pour seul et unique légitimité l’anéantissement ultime de l’Etat juif. Ce même scandaleux Fabius qui hystériquement entend faire de la paix un futur casus belli au coeur même d’Israel, au nom de son « angoisse » de se réveiller un jour en pensant à une nouvelle guerre à Gaza, sous entendu, à un nouveau « carnage », quelle écoeurante hypocrisie quand la responsabilité incombe à la militarisation à outrance des organisations paramilitaires arabes (Hamas, Hezbollah) et à son soutien occidental (puissance gazière du Qatar oblige)! Et quelle ignoble souci moral, quand il ferme obstinément les yeux sur les méfaits autrement plus dévastateurs de la politique française au Rwanda, au Congo et plus généralement de la prédation économique française en Afrique?

L’enjeu électoral est évident: la solidarité envers « les palestiniens » est celle du pleutre qui calcule bassement le rôle de faiseurs de roi dont dispose l’électorat musulman. Quitte à insinuer que les Israéliens commettent des massacres, et bien sûr, qu’ils privent les Arabes d’un Etat, de la paix et du bonheur par leur simple existence. Mais de quel Etat s’agit-il? De l’Autorité Palestinienne? De sa cohorte de « fonctionnaires » qui permettent de réclamer de façon menaçante aux bailleurs de fonds occidentaux l’assistanat à perpétuité en accusant Israel? Du financement des terroristes ayant du sang sur les mains et emprisonnés? De leur famille? De la répression policière envers les opposants politiques au « président » Abu Mazen. Ce n’est qu’un exemple de dysfonctionnement évident de la fameuse solidarité qui masque en réalité le soutien docile de l’Europe et d’une certaine élite à l’égard du projet de l’O.C.I. Mais fermer les yeux sur ce système construit par le « prix Nobel » Arafat en violation de tous ses engagements, reviendrait à admettre que l’Autorité Palestinienne ne tient qu’en raison du soutien israélien, son impopularité due à sa corruption et sa répression l’entretient dans une surenchère de propagande antijuive qui assoit la légitimité du projet du Hamas, sur le point de prendre le pouvoir: la mascarade à propos du « partenaire pour la paix » tient à un fil. Il faut donc forcer l’Etat juif avant que les masques tombent et que la guerre ne reprennent, cette fois-ci de l’attaque du Hamas et de ses alliés. Ce sera la fin du discours moralisateur et la révélation des compromissions politiques: ce que les Fabius et autres escrocs veulent éviter à tout prix.


Parmi les idées toutes faites concernant le conflit au Proche-Orient, on lit très souvent qu’Israël aurait favorisé l’installation du Hamas, endossant le rôle caricatural du belligérant manipulateur à l’origine de la division dans la direction palestinienne.

En même temps, c’est précisément à la demande du Fatah et sur la base de renseignement de ce dernier que Tsahal contient l’essor des mouvements djihadistes et radicaux en Judée-Samarie.

De façon similaire et systématique, les médias occidentaux continuent d’inventer de toute pièce une réalité qui n’existe que sur le papier en  présentant tant le  Hamas que le Fatah jusqu’en 2006 comme représentent un gouvernement « démocratiquement élu », disposant d’une légitimité quasi étatique et censée incarner l’ensemble des intérêts collectifs de la société arabe.

De ce fait, même le Hamas qui appelle dans ses statuts à la guerre et à la destruction de son adversaire Juif serait adoubé par ce discours au rang d’interlocuteur légitime du « processus de paix ».

Un troisième lieu commun des médias occidentaux résident dans leur acharnement à mettre de côté la stratégie belliciste de conquête de tous les acteurs politiques arabes comme le prouve le réarmement sous égide américain (Fatah) ou iranien (Hamas) ainsi que le silence obstiné à l’égard de la propagande outrancière, incitation à la violence antijuive, diffusion d’informations volontairement mensongères…, tout en exigeant d’Israël, systématiquement présenté sous un jour négatif et violent, une stratégie illusoire et fatale de concession.

Nous proposons dans ce dossier de revenir sur les années 1993-1995 où s’est cristallisée cette schizophrénie médiatique, où le mantra du « processus de paix » a rendu possible tous les errements déontologiques et entériné l’idéologisation du discours sur le conflit proche-oriental et cautionné la radicalisation de larges franges de la population à l’égard d’Israël, à tel point que ce petit pays serait une menace pour la paix mondiale.

En nous plongeant dans les toutes premières années de pouvoir d’Arafat dans les territoires censés devenir un « Etat palestinien », nous pourrons voir avec une étonnante précision comment l’OLP a mis en place au vu et au su de toutes les chancelleries un système politico-répressif combiné à un pouvoir personnel dictatorial centré autour d’Arafat.

Confronté à ses illusions et à la réalité guerrière du pouvoir d’Arafat, l’Etat d’Israël s’est rapidement retrouvé dans une position intenable:

–          soit il dénonçait la militarisation de l’OLP et le règne de la terreur qu’il instaure dans les territoires et en dehors (les attentats contre les civils juifs commencent dès 1994!), au risque de se voir accusé de saborder un processus de paix que l’OLP avait déjà anéanti dans les actes.

–          Soit Israël, sous la pression occidentale, laissait carte blanche à l’OLP, en application des accords secrets de Rome, pour juguler les mouvements islamistes et gauchistes, tout en cautionnant et soutenant de facto un régime anti-démocratique dont la vocation à terme, conformément aux statuts du Fatah restait la destruction de l’Etat juif!

La responsabilité du fiasco monumental et de la supercherie médiatique que représente le Processus de paix, incombe certes aux dirigeants israéliens, influencés notamment par les idéologues révisionnistes de gauche, mais surtout aux puissances occidentales qui, par calcul mesquin ou pusillanimité, ont préféré miser sur Arafat, escroc notoire et autocrate sans vergogne, quitte à  sacrifier le pluralisme de la société arabe de Cisjordanie/Judée-Samarie depuis 1967 (liberté de presse,…), et à soutenir l’endoctrinement de la société arabe dans une culture de la haine.

Nous aboutissons rapidement à l’organisation d’une mise au pas médiatique, calibrée sur les pratiques d’Arafat, et uniformisant les discours (« processus de paix », « paix contre les territoires », « autorité palestinienne », « gouvernement démocratiquement élu »,…)

L’anarchie et le radicalisme islamiste qui emporte le monde islamo-arabe, un peu moins de vingt années après les Accords d’Oslo (Libye, Sahel, Syrie, Égypte, Yémen) n’a malheureusement pas permis une remise en question des lieux communs politiques: il est à craindre qu’aucun acteur politique ou médiatique ne revienne et n’admette la responsabilité palestinienne de l’échec du « processus de paix » en raison du non-respect de ses clauses dès ses débuts, ou à quelques exceptions près tel que Geert Wilders, n’accepte d’historiciser le conflit proche-oriental dans ses dimensions idéologiques (la théologie musulmane comme source principale de l’antisémitisme musulman contemporain) notamment.

Tout discours manichéen est à exclure: la victoire en 2006 du Hamas dont l’emprise s’était établie grâce aux activités sociales, a d’abord sonné comme une dénonciation par les Arabes du système corrompu de l’OLP, teintée d’une ambiguïté fondamentale entre le rêve de revanche contre Israël que promet Haniyyeh & co, et l’acceptation et la soumission à un nouveau système répressif.

De même, l’intensification médiatique du conflit résulte prioritairement de la volonté par les chancelleries occidentales de faire porter la responsabilité de l’échec du « processus d’Oslo » au seul acteur israélien dont la proximité de terrain, les impératifs de protection de sa population (juive et arabe) rendait le rôle et la communication peu lisibles et peu praticable dans un tel contexte.

Ce qui a laissé place à toutes les compromissions: car avec le temps, l’Europe est devenue le principal bailleur de fonds de la propagande institutionnelle antijuive et a largement quitté son rôle de médiateur pour devenir celui de belligérant par procuration.

L’apaisement sur le front intérieur (fin des attentats, essor économique) est prioritairement dû à la politique de reprise en main de l’espace (check points, barrière de protection), « l’occupant », trop souvent et si facilement dénoncé, reste et demeure la principale garantie de sécurité pour les populations juives et arabes.

Le dilemme israélien consiste à avoir maintenu dans le temps la politique d’autodétermination de la société arabe (presse, universités, travail, partis politiques, syndicats,…) qui en même temps n’a pour vocation que la destruction que la société même qui lui a donné naissance.

C’est là tout le paradoxe et l’impasse de ce conflit: sans le sionisme il n’y aurait pas eu de nationalisme arabe « palestinien », qui d’une part se nourrit de la confrontation, et d’autre part s’appuie sur la répétition consternante du soutien occidental aux figures radicales et extrémistes du nationalisme islamo-arabe.

Le mythe du leader démocratiquement élu

 

Il y a dix ans, le 29 mars 2002, Arafat, alors chef de l’Autorité Palestinienne (A.P.) utilisait son quartier général de Ramallah pour protéger les assassins d’un ministre israélien et appelait sur Al-Jazeera au sacrifice de « shaheedeen (martyrs) par millions ».

Ce « président Arafat », selon l’appellation donnée par Jacques Chirac, était censé négocier avec le gouvernement israélien les conditions d’une paix future, et passait pour toutes les chancelleries occidentales et dans (presque) tous les médias internationaux pour le seul interlocuteur viable, et qui plus est, comme le leader légitime de son peuple sans lequel aucune négociation ne serait possible.

Une seule question vient à l’esprit: comment en était-on arrivé là?

Joschka Fischer, alors ministre des Affaires étrangères du gouvernement Schröder, n’hésitait pas à parler le 15 décembre 2001, près de trois mois après le début de la guerre lancée par Arafat, « d’un leader démocratiquement élu ».

Le représentant de l’Union Européenne, Javier Solana, était convaincu, en mars 2002, qu’Arafat restait le « leader légitime du peuple palestinien et l’interlocuteur de la communauté internationale. »

Le 21 avril 2002, dans une interview accordée au New York Times, Jimmy Carter n’hésita pas à déclarer que le chef de l’OLP était président à la suite d’une « élection démocratique en « Cisjordanie » et à Gaza qui a été bien organisée, ouverte et régulière ».

Sa victoire à hauteur de 90% de votes, à l’instar des dictateurs de l’époque Kadhafi, Mubarak ou Assad, avait toute l’apparence d’un score à la soviétique, laissant le goût amer d’une opération truquée de plébiscite.

Et malgré tout cela, les leaders occidentaux continuaient à nier qu’Arafat était l’organisateur de la campagne d’attentats suicides qui ensanglantaient Israël depuis la fin 2000.

Pourquoi donc lui accorder une pareille légitimité?

L’idée « d’élection démocratiques et ouvertes » est le principal argument politico-médiatique permettant pour soutenir la reconnaissance internationale du dirigeant arabe d’origine égyptienne. Il en sera de même du Hamas en 2006.

Et depuis, le Hamas ou le Jihad Islamique n’ont de cesse de dénoncer la répression de l’Autorité Palestinienne à leur encontre.

Eux-mêmes n’ont-ils pas violemment éliminé les leaders du Fatah à Gaza?

Mais, selon toute invraisemblance, et à en croire des dirigeants occidentaux, le système de l’Autorité Palestinienne serait « démocratique ». Si oui, que veut dire « démocratique »?

Pour comprendre de plus près ces paradoxes et les responsabilités (et collusions) occidentales sur ce pont, nous vous proposons de revenir sur les deux années de transition consécutives aux Accords d’Oslo, qui seront marquées par l’installation de l’O.L.P. quittant son siège à Tunis pour Jéricho et le reste des territoires contestés, et « l’élection » d’Arafat à la présidence de l’Autorité Palestinienne.

Sa « victoire » constitue, à n’en pas douter, moins l’expression d’un choix démocratique pluraliste, que le témoignage du succès de sa prise effective de pouvoir.

Dans cet article, adaptation d’un document établi par Daniel Polisar (Arafat and the myth of legitimacy), nous allons voir que l’arrivée d’Arafat en « Cisjordanie « corrélativement à l’installation du Fatah s’est caractérisée par l’emploi massif de forces de police, destinée à l’intimidation des opposants politiques, donnant naissance à un système politique répressif où Arafat disposait de l’ensemble des prérogatives et où l’administration est devenue une machine à corruption.

L’institutionnalisation du non-droit, la destruction systématique de l’indépendance de la justice (formée sous l’égide des normes israéliennes), l’intimidation des médias et des organisations humanitaires et leur soumission aux directives de l’A.P. se sont faites à un tel point qu’après quelques mois à la tête de l’Autorité Palestinienne, il était virtuellement impossible de transmettre un message qui ne soit pas dans la stricte ligne de la stratégie de combats de l’O.L.P.

Comme un symptôme et témoignage de ce système violent et corrompu construit sous patronage occidental, l’équipe italienne qui filmera en 2001 le lynchage et le meurtre de deux réservistes israéliens devra fuir immédiatement les territoires sous peine de représailles.

L’instauration d’un régime répressif

C’est en mai 1994 que l’OLP signe avec Israël un accord établissant que Yasser Arafat met en place une administration intérimaire sur les deux-tiers de la bande de Gaza et la ville de Jéricho, soit environ 750 000 habitants.

L’intérêt pour Israël était de commencer à mettre fin à la gestion civile des territoires contestés.

Cet accord contenait deux autres clauses: Arafat était autorisé à engager une équipe intérimaire de gouvernement de 24 membres, ainsi qu’à créer une force de police de 9000 membres.

Le point le plus important était sans aucun doute l’organisation d’élection pour la population arabe de Gaza, Judée-Samarie et « Jérusalem-Est », au terme de cette courte période intérimaire, dans le but établi par les Accords d’Oslo d’installer « un gouvernement selon des principes démocratiques. »

Le but de ces élections devant se tenir en juillet 1994 était d’élire un conseil palestinien et un président gouvernant l’autorité palestinienne pendant cinq années, jusqu’en mai 1999.

L’enjeu était crucial: le délai devait être suffisamment court pour que les élections puissent être représentatives de l’opinion publique arabe et des diverses tendances politiques.

Les Accords d’Oslo avaient également clairement stipulé que Tsahal ne se retirerait des zones peuplées qu’à la veille de ces élections.

Un tel programme était un défi pour Arafat qui avait dirigé l’OLP en autocrate depuis sa prise en main du Fatah en 1968.

Pendant deux ans, Arafat avait été à la tête d’un ensemble de petits Etats au sein de l’Etat jordanien, avant qu’Hussein de Jordanie ne batte militairement Arafat en septembre 1970.

Ensuite, il avait contrôlé une part importante du Liban, appelé la « République Fakahani », du nom de la rue de Beyrouth où siégeait le Quartier Général de l’OLP, et qui était synonyme, pour tous les observateurs, de corruption et milices violentes, comme en témoigne le rôle d’Arafat dans le massacre du village chrétien de Darmour.

Lorsqu’il s’est retrouvé à la tête de l’OLP en 1982 à Tunis, Arafat a su réorganisé son pouvoir à tel point que rien ne pouvait se produire sans son accord. Il avait démontré sa capacité à se maintenir au pouvoir en dépit de circonstances changeantes, et il va une fois de plus faire preuve d’habileté en contournant une à une les clauses contraignantes des Accords d’Oslo à son profit.

Arafat n’avait plus mis les pieds à Gaza et dans les territoires depuis qu’il avait fui la « Cisjordanie » déguisé en femme en 1967.

L’Intifada avait permis l’émergence de leaders politiques (islamistes, d’extrême-gauche, voire même des affiliés de l’OLP), contestant l’autorité de la direction tunisienne, considérée comme des apparatchiks vivant dans des hôtels de luxe là où les miliciens de l’Intifada visaient soldats et habitants israéliens en face en face.

De surcroît, plus d’une génération d’arabes avait vécu sous administration israélienne, prenant part au fonctionnement de la démocratie et disposant d’une liberté bien plus grande sous bien des aspects que sous d’autres régimes arabes.

La liberté de presse était réelle et la plus large de tout le Proche-Orient, et des médias internationaux combinés à des organisations internationales soutenaient les mouvements arabes.

De même, les recours aux tribunaux israéliens ont conduit au développement du pluralisme au moment où Arafat arrive avec ses milices. Dans ces conditions, le premier objectif d’Arafat fut de repousser l’organisation d’élections le plus tard possible, de façon à donner à son régime une position dominante sur ses rivaux, ce qui était impossible à mettre en place en deux mois.

Dans ce délai de 30 mois jusqu’en janvier 1996, Arafat s’est efforcé méthodiquement de construire son régime dictatorial sur tous les fronts, créant un appareil sécuritaire écrasant toute opposition, élaborant à Gaza et à Jéricho un Etat policier.

Si l’accord signé avec Israël portant sur Gaza et Jéricho spécifiait que les forces de police ne pouvaient excéder 9000 membres, c’est-à-dire un point 83 habitant, il atteignait dès décembre 1994 le seul de 13000 membres, pour culminer à 22 000 en août 1994, soit un peu plus d’un an après son arrivée.

Ces faits sont largement ignorés et passés sous silence par la communauté internationale qui a été le premier bailleur de fonds de la création de cet Etat policier, dont les effectifs dits de sécurité ont non seulement continué de croître, mais ont été constamment financés par l’Europe et les Etats-Unis.

À la différence des milices islamistes ou du Fatah qui existaient lors de l’Intifada, les forces de police créées après 1994 étaient entièrement sous la coupe d’Arafat, et excédaient largement toute autre force armée (le Hamas ne disposait à cette époque que d’une centaine de membres armés).

Gaza vivaient sous un régime oppressif de 1 policier pour 50 habitants, ce qui était le plus élevé au monde.

La loyauté absolue de ces forces envers Arafat était due au système clientéliste qu’elle présupposait.

On comptait 7000 membres de l’armée de libération de la Palestine (ALP), entraînée dans différents pays arabes et peu soucieuse de démocratie. Ces troupes sont entrées dès mai 1994 dans les territoires, avant même l’arrivée d’Arafat en juillet 1994.

On comptait aussi 125 membres de la Garde présidentielle, créant une atmosphère de terreur partout où il se rendait.

Le recrutement se faisait par cooptation. Les Services de Sécurité Préventive, sous le joug de Muhammad Dahlan à « Gaza » et de Jibril Rajoub en « Cisjordanie » est à l’origine constitué exclusivement de milices du Fatah.

La plupart des recrues étaient des miliciens actifs sous l’Intifada, fidèles au leadership local, et souvent passé en prison pour terrorisme et relâchés dans le cadre des Accords d’Oslo.

La loyauté de ces troupes étaient enfin assurées par une structure de commandement pyramidale et démultipliée: ainsi, à l’été 1995, 9 services de renseignement opéraient dans les territoires. La seule autorité reposait entre les mains d’Arafat.

Cela conduisait à des guerres intestines, à des luttes de pouvoir, ce qui permettait à la fois d’attaquer toute opposition politique, tout en se proclamant officiellement non impliqué en raison de la nature byzantine de ce système.

Les services de renseignement et le PSS avait pour but d’obtenir la coopération des opposants, ou de les réduire au silence. Menaces, intimidations (incluant les activistes des droits de l’homme ou les leaders des ONG), concentration des monopoles économiques entre les mains des alliés d’Arafat.

En deux ans, plus de 5000 personnes travaillaient à contrôler la presse et les activistes de tout bord. Les accords secrets de Rome de janvier 1994 signés avec Dahlan et Rajoub donnaient toute latitude israélienne aux forces de police en contrepartie d’une lutte contre les militants islamistes ou gauchistes qui partaient des territoires contrôlés par l’AP.

Ce système était censé permettre à Israël de ne pas se voir accusé d’ingérence pour lutter contre les attaques terroristes.

Seulement, dans les faits, les forces de police n’ont rien fait pour empêcher les attentats, utilisant les forces de police pour intimider la population locale. La corruption des dirigeants locaux, l’intimidation des juges, ou encore les pressions sur les journalistes, ont permis à Arafat de faire passer sous silence son régime dictatorial.

 

Corruption et menaces autour de l’administration

L’administration israélienne avait mis en place après la victoire de la Guerre des Six-Jours un gouvernement militaire: ce dernier incluait une législation, rémunérait des maires et des conseils municipaux, employait plus de 7200 arabes dans l’administration, et environ 10000 en « Cisjordanie ».

Bien que critiquable, l’administration civile israélienne a réussi à mettre à la disposition des arabes des services civils qu’ils n’avaient pas auparavant: l’accès aux soins médicaux, à l’éducation, à l’eau courante.

À l’inverse, Arafat a mis en place une bureaucratie fondée sur la cooptation et le clientélisme: l’enjeu est de taille: en disposant de fonds occidentaux colossaux, Arafat disposait d’une manne financière lui permettant de créer des emplois, même fictifs et inutiles, qu’il distribuait ensuite à ses supporters, tout en maintenant entre ses mains le pouvoir réel.

En recrutant une administration palestinienne pléthorique, il justifiait aux yeux des occidentaux la nécessité du financement, dont il pouvait disposer librement ensuite. Cette administration étant censée être au service de la population, il disposait d’un levier de pression particulièrement efficace.

Le gouvernement provisoire de 24 membres fut mis en place par Arafat lui-même: il s’attribuait le rôle principal, et les postes les plus importants de ministres à huit officiels de l’OLP venant de Tunis, huit autres postes de ministres étaient attribués à des membres loyaux du Fatah des territoires, trois sièges étaient pourvus par cooptation pour l’opposition ralliée, et cinq étaient considérés comme négociables avec l’opposition islamiste ou gauchiste qui rejetait les accords d’Oslo.

 

La supercherie était flagrante: tous les pouvoirs revenaient à l’appareil du Fatah qu’il dominait, tout en donnant l’impression de pluralisme.

Abu Ala était membre du comité central du Fatah et directeur de l’arme financière de l’OLP, le SAMED, il devint ministre de l’économie et du commerce. Nabil Shaath, ancien chef du comité politique du conseil national palestinien de l’OLP était ministre de la coopération internationale et de la planification, disposant d’un budget de 2,5 milliards de dollars d’aide internationale.

Muhammad Nashashibi, membre du comité exécutif de l’OLP, devient ministre des finances.

Yasser Amer, membre également du comité exécutif, et responsable du département de l’éducation devient ministre de l’éducation (autrement dit, sur le modèle de propagande calqué sur celui du Fatah).

Yasser Abed Rabbo, chef du département de l’information de l’OLP, sans être membre du fatah, ancien du FPLP, et de la culture de l’OLP devient ministre de la culture, des arts et de l’information.

Les membres du Fatah issus des territoires étaient les moins indépendants: Freih Abu Medein, à la tête de l’association des avocats arabes de Gaza devient ministre de la justice, Zakariyya al-Agha, chef de l’association des physiciens de Gaza, ministre du logement, Saeb Erekat, membre de la délégation palestinienne à Madrid, ministre des affaires municipales, en charge de l’organisation des élections. Un rapide regard sur les indépendants, choisis de façon stratégique (représentativité, contrôle, absence de pouvoir):

Lias Freij, le maire chrétien de Bethléem, donnant l’illusion du pluralisme confessionnel, ministre du tourisme, Faisal al-Husseini, rival d’Arafat dans les territoires, devient ministre des affaires concernant Jérusalem, et Abed al Hafez al Ashhab, du Parti du Peuple de Palestine (communiste) devient ministre des postes et télécommunications.

Arafat n’a cessé de répéter que l’Autorité Palestinienne n’était qu’une branche de l’OLP, et exigea en conséquence des membres de l’AP de le choisir en raison de son poste de chef de l’OLP.

Aucun ne fut donc autorisé à prendre en charge son ministère avant l’arrivée d’Arafat en juillet 1994, bien que certains soient en place dès juin 1994, et tous durent lui prêter serment personnellement.

Ce système ubuesque se concrétisait de la façon suivante: une des premières séances de gouvernement de l’AP fut consacrée à un discours de plus de 4h d’Arafat, le reste des participants ne disposant que d’une heure et demi à se partager.

Les 18 premières lois promulguées par l’AP entre mai 1994 et janvier 1996 ont été toutes édictées par Arafat lui-même. Des centaines de décrets ont été promulgués à l’initiative d’Arafat seul, sans consultation des ministres concernés.

Le domaine du budget était particulièrement visé: aucune décision des trois ministres concernés ne pouvait être prise sans son accord, tandis qu’il disposait d’un accès illimités aux fonds de ces derniers. Et toutes ces décisions étaient signées de son nom, avec mention du « chef de l’Autorité Palestinienne » alors qu’il n’avait pas été élu à sa tête!

Si l’Autorité palestinienne héritait d’une administration sur le modèle israélien (gestion des écoles, des hôpitaux,…), le recrutement dans l’administration prit immédiatement la forme d’un système de patronage et de clientélisme: en février 1995, on ne comptait pas moins de 830 directeurs généraux affiliés aux ministères, sans rapport avec une quelconque nécessité, soit un fonctionnaire sur 19, tous entièrement loyaux envers le chef du Fatah.

La plupart des cadres administratifs venaient de Tunis, et Israël avait autorisé l’entrée de 2 000 officiels de l’OLP qui prirent leur poste dans la bureaucratie. En février 1995, on arrivait à 16 000 employés de l’administration avant d’atteindre 28 000 à la fin de l’année. Cette prolifération était sans rapport avec la réalité de terrain, d’autant plus que toute décision même l’installation d’une ligne téléphonique nécessitait l’accord du raïs.

 

La corruption est devenue un système et un élément de motivation politique.

La loyauté était la condition de l’ascension dans le système, et la garantie de participer à son profit à ce système. Les soutiens indéfectibles et exécutants diligents étaient récompensés (monopole de vente par exemple). De nombreuses entreprises furent crées, semi-privées, tirant profit de leur monopole en échange d’un racket au profit d’Arafat et de sa garde rapprochée.

C’est enfin avec l’aide de Saeb Erekat qu’Arafat a progressivement et rapidement transformé le système local-municipal en une simple succursale de l’AP, empêchant la naissance de toute contestation, et intégrant tout le système social à la structure pyramidale de ce régime dictatorial.

Erekat organisa la mise en place de structures locales, dominées systématiquement par des membres du Fatah.

Les affaires courantes étaient dirigées en réalité par des officiers de l’OLP qui obéissaient à des gouverneurs eux-mêmes appliquant les ordres d’Arafat. Ce système aboutit à la démission du maire de Jéricho, remplacé par l’officier militaire.

À Djénine, Arafat plaça de même Hikmat Zeid al Kilani. Les projets municipaux étaient supervisés voire décidés non par des conseils locaux, mais par le Palestinian Economic Council for Development and Reconstruction qui concentrait l’aide internationale, et agissait selon des principes népotiques.

Le pouvoir était concentré entre les mains d’Arafat: l’autorité législative, la faculté de fixer les budgets et les recrutements, le contrôle de tout le système administratif.

Durant les 20 mois avant les élections, Arafat utilisa ces ressources pour accroître le soutien à son égard, éliminant toute opposition des systèmes politiques effectifs et leur aliénant tout soutien public.

Le contrôle des ressources financières était la clé de ce système afin d’arroser les clients pour préparer des élections dans le sens voulu. Les familles d’employés étaient clairement incitées à soutenir des candidats gouvernementaux, privilégiant leur source de revenu au droit à l’expression politique.

La mise au pas du système judiciaire

Créer un système dictatorial adoubé par une élection factice était en bonne voie: il manquait une étape importante, mettre au pas le système judiciaire. Son indépendance permettait à chaque citoyen de revendiquer l’égalité et de ne pas dépendre du seul recours au dictateur.

Ainsi, il fait tous les efforts possibles pour empêcher l’établissement d’un système judiciaire autonome dans les aires qu’il contrôlait. Arafat utilisa sa fonction législative pour rendre confus le corpus juridique, sa fonction administrative pour évincer et placer des juges, et sa fonction militaire pour encourager ses forces à ne respecter aucune loi. Il tirait parti de la situation complexe au niveau juridique.

En 1967, Israël avait héritée d’une région gouvernée successivement par les ottomans, les britanniques, les jordaniens et l’Égypte, chacun ajoutant des lois sans créer un système cohérent.

En 25 ans, Israël avait promulgué 2500 décisions visant à moderniser le système judiciaire, mais ne parvint pas, en partie en raison des pressions internationales, à établir un cadre ayant permis un Etat autonome, du moins, des garde-fous pour toute tentative dictatoriale.

Ainsi, la première décision  , signée de Tunis le 20 mai 1994 fut d’abroger toute la législation israélienne. Du point de vue de la com, cela signifiait mettre concrètement fin à l’occupation.

En réalité, cela permettait de brouiller tout le système juridique. Le ministre des transports déclarait que certaines normes israéliennes restaient valides, idem dans différents domaines.

Des normes juridiques d’inspiration israélienne étaient donc  appliquées sans validité légale.

Quelle était donc la norme de référence pour les juges? Aucune. Cela permit à Arafat d’introduire un nouveau système qu’il contrôlait entièrement sous le contrôle de l’AP, du code révolutionnaire de l’OLP de 1979, et une cour militaire fut établie pour appliquer ces décisions. Cette dernière avait établie pour réguler et contrôler les comportements des membres de l’armée de libération de la Palestine.

La seconde étape fut d’empêcher toute constitution: sa première mouture, prête en décembre 1993, devait être promulguée en mai 1994 lors de l’intronisation de l’AP. EN janvier 1996, rien n’avait bougé!

Cela avait permis de faire passer des lois qu’aucune constitution n’aurait permises: en particulier des lois d’exception afin de justifier des violences comme la liberté de mouvements ou de réunion des opposants politiques.

Le système de cooptation fut ainsi mis en place:

Saeb Erekat recruta un colonel de l’ALP pour diriger un tribunal civil à Jéricho: seule sa loyauté avait été le critère retenu.

L’apogée de la mise au pas de la justice fut en février 1995 la création de la Haute Cour pour la Sécurité d’Etat une semaine après l’assassinat de 21 civils israéliens dans un attentat à la bombe, et visant à répondre aux demandes américaines de condamner les responsables de l’attaque.

Toutefois, les juges recrutés étaient tous des officiers sans expérience judiciaire. Arafat se garantissait l’intention, sans garantir le résultat: personne ne pouvait ainsi être accusé sans son accord préalable. Les premiers procès de cette cour, deux mois après, donnèrent lieu à des condamnations à 25 années d’emprisonnement pour 29 condamnés.

Non pour le meurtre de civils, mais pour crime contre l’AP. Bien sûr, il s’agissait d’une farce de procès, tenu la nuit le plus souvent, en l’absence d’avocats ou de journalistes.

Parmi les condamnés, une douzaine fut relâché quelques mois après lorsque la pression occidentale fut moins présente, afin de juguler la pression de l’opposition islamique.

Des responsables d’attaques contre des civils israéliens furent après la commutation de leur peine, intégrés aux forces de police de l’AP. Dans ce contexte, la police agissait en dehors de toute norme, arrêtant arbitrairement des habitants, interrompant des procès, faisant pression sur des juges. A Gaza, où l’opposition à Arafat était importante, les arrestations sans charge furent courante.

Lors d’attaques contre Israël, l’AP arrêtait des membres des groupes concernés par l’attaque. La torture était couramment utilisée. Entre mai 1994 et décembre 1995, 6 prisonniers décédèrent en détention par les forces de police palestinienne. Bien sûr, aucune charge ne fut retenue contre les policiers responsables.

Culture de l’impunité, culture de la corruption, le système dictatorial s’est rapidement concrétisé par un régime violent où toute opposition était systématiquement réprimée et où toute liberté individuelle sévèrement étouffée.

 

 

La presse d’opposition écrasée

Lorsque l’Autorité Palestinienne a été établie en mai 1994, la presse de langue arabe était le principal adversaire à la création du régime répressif d’Arafat.

Le quotidien al-Quds affichait certes des sympathies envers le nationalisme arabe et l’OLP, mais il critiquait les abus de l’OLP ainsi que les dérives du leadership d’Arafat.

Son concurrent, de moindre audience, An-Nahar était de tendance pro-jordanienne et dénonçait les errements de l’OLP et mettait en doute tant sa finalité que les moyens mis en œuvres.

Mais les critiques les plus radicales provenaient des journaux indépendants, le plus souvent paraissant de façon hebdomadaire, et ces derniers avaient résisté à des années de pression et menaces des membres locaux de l’OLP des territoires, sans renoncer à leur indépendance.

Pour modifier ce paysage de la presse, l’Autorité Palestinienne finança des quotidiens concurrents et alignés sur la ligne du gouvernement, profitant d’une situation de monopole dans les territoires nouvellement contrôlés.

Mais pour mettre au pas la presse libre, il utilisa la force pour faire taire toute critique.

En juillet 1994, après la signature du traité de paix entre Israël et la Jordanie, la police palestinienne nouvellement créée interdit la distribution d’an-Nahar à Gaza: Jibril Rajoub expliqua à cette occasion qu’il « était inconcevable qu’un pays admette l’ingérence d’un autre par un certain nombre de publications »: plusieurs membres de l’édition d’an-Nahar reçurent des menaces de mort du PSS dirigé par Rajoub, et son éditeur, Othman al Halaq dut interrompre la publication pendant plusieurs semaines durant lesquelles il dut plaider sa cause auprès d’Arafat qui lui intima l’ordre d’adopter une ligne éditoriale favorable à l’Autorité Palestinienne: quelques semaines plus tard, le journal put paraître à nouveau en reprenant le slogan du fatah: « la révolution jusqu’à la victoire », voyant dans Arafat un « frère, un chef, un symbole ». Le mot autocensure était donc le plus approprié.

Paradoxalement, les journalistes du journal concurrent, al-Quds, prit fait et cause pour leurs collègues d’an-Nahar, et en août 1994, l’éditorialiste Daud Kuttab signa une pétition avec 35 autres journalistes pour dénoncer l’interdiction qui frappait à ce moment an-Nahar. Rajoub en personne le contacta pour lui demander de suivre et défendre la politique de l’Autorité Palestinienne: face à l’intimidation, les journalistes renoncèrent à défendre le droit à la liberté de la presse. À partir de ce moment-là, des membres de l’agence officielle de l’OLP Wafa indiquaient à al-Quds quelle devait être sa ligne éditoriale.

En cas de manquement, des sanctions étaient prises contre les journalistes incriminés. De façon similaire en novembre 1994, après la mort de 13 manifestants islamistes par la police palestinienne après d’importantes manifestations organisées par le Hamas, le chef de la police de Gaza intima l’ordre de modifier le nombre estimé de manifestants: passant de 125000 selon des estimations initiales à moins de 5000. Al-Quds et d’autres publications refusèrent: elles furent interdites de diffusion pendant une semaine.

En décembre 1995, Maher al Alami, chef de la rédaction de l’édition de nuit d’Al Quds, reçut l’ordre de déclarer que la patriarche grec orthodoxe de Jérusalem avait comparé Arafat au calife Omar ibn al Khattab, conquérant de Jérusalem: Alami publia cette information dans un court texte de six lignes en huitième page. Rajoub le contacta en personne, lui demandant les raison de sa désobéissance: il dût se rendre en personne à Jéricho où il fut interrogé et incarcéré pendant une semaine.

Bien sûr, Al-Quds ne mentionna à aucun moment son arrestation ni dénonça ces pratiques à son retour. Les pratiques d’auto-censure commencèrent néanmoins plus tôt, dès l’arrivée du fatah dans les territoires: en août 1994, al Quds renonça à publier un article hebdomadaire sur les violations des droits de l’homme (par les milices arabes) ou de publier les résultats d’un sondage montrant que les résidents des territoires étaient opposés à l’interdiction d’an-Nahar.

La mise au pas des hebdomadaires fut plus brutale: le journal gauchiste al-Umma était le plus virulent contre l’Autorité palestinienne et le style dictatorial: en avril 1995, les agents du PSS investirent la rédaction, saisissant les archives et ordinateurs, et mirent le feu au siège du journal.

Sa gestion de la presse islamiste était plus calculée: lorsque le Jihad Islamique publia le journal Istiqlal en octobre 1994 et le Hamas alWatan en décembre 1994, l’Autorité Palestinienne ne réagit pas dans un premier temps aux charges contre Arafat. C’est à la suite des attentats anti-israéliens du début 1995 qu’il profita de l’occasion pour lancer ses attaques: l’universitaire originaire de Naplouse, Abed a-Sattar Qasem, avait publié un article assimilant Arafat à un dictateur.

Le rédacteur en chef du journal, Imad Al Falouji fut interrogé par la police et Qasem fut victime d’une attaque à main armée des membres du PSS un mois plus tard.

La manœuvre adoptée contre le Hamas et son journal al-Watan fut politique: il fut interdit de publication pour atteinte à l’unité nationale et un de ses rédacteurs en chef fut condamné à 3 ans de prison où il fut torturé.

C’est dans ce contexte que l’Autorité Palestinienne se décida à modifier le paysage de la presse, et mit en place un hebdomadaire semi-officiel, al Hayat al Jadida, dirigé par l’ancien ambassadeur de l’OLP à Moscou.

Il devint rapidement un quotidien connu pour sa propagande violemment antisémite.

De façon similaire, le journal al Ayyam fut créé en décembre 1995 et dirigé par Akram Haniyyeh, un des hommes de main d’Arafat dans les territoires.

L’illusion d’une liberté de presse était ainsi garantie, avec quatre quotidiens, s’échelonnant d’un soutien ferme à un soutien inconditionnel envers le « raïs » Arafat.

Les médias électroniques firent l’objet d’un monopole immédiat.

En juillet 1994, la Voice of Palestine fut lancée à Jéricho, puis en septembre à Gaza, soutenue par la Palestinian Broadcasting Authority dépendant directement de l’Autorité Palestinienne.

Son directeur était Redwan Abu Ayyash, un fidèle du Fatah, et les studios situés dans la résidence présidentielle à Gaza.

Bien sûr, aucune licence privée de radiodiffusion ne fut accordée et tout effort pirate sanctionné brutalement, si bien qu’en mai 1995, le paysage audiovisuel était entièrement dominé par des médias contrôlés par l’Autorité Palestinienne.

Lors de la campagne électorale, RSF remarqua que 75 des 79 « unes » des quotidiens arabes étaient dédiée à Arafat, et deux à sa concurrente de gauche Samiha Halil.

Peu après, le chef de la section locale de RSF Bassem Eid fut kidnappé le 3 janvier 1996, sans aucune couverture médiatique locale.

La couverture des élections étaient non seulement défavorables pour les opposants à Arafat ou au Fatah, mais ils étaient connus des instances internationales qui choisirent de sacrifier la liberté de presse issue de la présence israélienne.

La mainmise sur les ONG défendant les droits de l’homme.

Au moment des accords d’Oslo, on comptait plus d’une demi-douzaine d’organisations de défense des droits de l’homme, dont al Haq et le PHRIC (Palestinian Human Rights Information Center), le Gaza Center for Rights and Law ainsi que B’tselem.

Ces organisations, connues pour avoir mobilisé l’opinion publique internationale contre Israël, disposaient d’un prestige international et local et ne pouvaient aucunement être suspectés de parti-pris pro-israélien.

Le financement constant par les pays occidentaux leur assurait une véritable indépendance.

La méthode d’Arafat fut la suivante:

1-il mit en place des organisations financées par le gouvernement pour donner l’impression que ces groupes indépendants n’étaient pas indispensables.

2-il se rapproche de certaines organisations afin qu’elles travaillent avec l’Autorité Palestinienne.

3-il utilisa d’intimidation, violence, arrestations arbitraires contre ceux qui résistaient.

Le dernier facteur fut plus inattendu: des activistes prirent le parti du nationalisme aux dépens de la dénonciation des atteintes aux droits de l’homme: en effet, sous « l’occupation » israélienne, il était facile de dénoncer la présence israélienne, avancer les pions en faveur d’un nationalisme arabe, et utiliser la présence israélienne pour défendre les droits de l’homme.

Avec l’arrivée de l’Autorité Palestinienne, ces buts furent en conflit, puisque toute critique envers l’AP pouvait aussi être interprétée comme un affaiblissement des revendications nationalistes pour l’évacuation de la « Cisjordanie ».

En quelques sortes, une nouvelle pratique d’autocensure fondée sur un alibi nationaliste.

Le dispositif artificiel de défense des droits humain était le Palestinian Independent Commission for Citizens’ Rights, chargée de régler les problèmes de droits dans les territoires.

Il était dirigé par Hanan Ashrawi, connu pour sa dénonciation virulente de l’occupation.

Cette organisation d’apparence indépendante était censée garantir le respect des droits humains dans les territoires nouvellement contrôlés par l’OLP.

Or, d’emblée, Ashrawi décida d’inclure l’organisation pseudo-indépendante dans l’organigramme de l’Autorité Palestinienne.

Dans ce cadre, entre février 1994 et août 1995, PICCR décida sous la houlette d’Ashrawi de renoncer à toute critique publique pouvant embarrasser Arafat: les injustices constatées faisaient l’objet de « diagnostic » et « d’interventions loin des médias ».

En réalité, PICCR servait d’avocat de l’AP contre les accusations des activistes des droits de l’homme ou les journalistes occidentaux.

Elle était la seule organisation à accéder aux prisons palestiniennes, un droit interdit à toute organisation indépendante, et Arafat s’en servait pour affirmer qu’aucune violation des droits de l’homme n’y était pratiquée. Le premier rapport établi par Ashrawi fut un modèle de propagande, n’hésitant pas à déclarer que la Voice of Palestine était la démonstration de la liberté d’expression sous le joug de l’AP.

Lors des visites de PICCR dans les territoires, les personnes interrogées étaient systématiquement accompagnés de membres des services de renseignement palestiniens, empêchant ainsi à la racine toute formulation critique.

En dominant le paysage médiatique, et en interdisant tout accès pour les ONG à diffuser des informations compromettantes à destination du public arabe des territoires, Arafat pouvait faire passer un message évident: il était inutile d’enquêter puisque non seulement la justice n’était pas indépendante, mais le public n’en serait pas informé.

Des consignes furent alors données aux dirigeants des ONG pour défendre en priorité le nationalisme arabe: l’Institut Mandela pour les Prisonniers Politiques décida avec al Haq de renoncer à leurs enquêtes car « les droits de l’homme ne doivent pas être utilisées pour porter atteinte à la légitimité de l’Autorité palestinienne. »

Les mêmes pratiques d’autocensure de la presse furent adoptées par les organisations, préférant taire les violations des droits de l’homme. Le directeur de Al Haq, Fatah Azzam dédica de régler les litiges par des contacts privés avec des leaders de l’OLP, plutôt que de diffuser l’information localement et à l’international. Il en fut de même du Palestinian Human Rights Information Center, affilié à la société des études arabes de Jérusalem publia se dernière critique contre l’Autorité Palestinienne en août 1994!

La tâche des ONG ne fut plus la défense des droits de l’homme mais la défense de l’Autorité Palestinienne et la critique anti-israélienne.

Quant aux leaders récalcitrants, tels que Raji a-Sourani, juriste à la tête du  Gaza Center for Rights and Law, Bassem Eid, rattaché à B’tselem, Iyad a-Sarraj, psychiatre du Gaza Community Mental Health Program, ils furent victimes d’arrestations, tortures et accusés publiquement de trahison.

Sourani, après plusieurs arrestations, fut renvoyé de son poste à la demande de Jibril en avril 1995.

A-Sarraj, qui avait remplacé Ashrawi à la tête du PICCR et qui voulait plus d’indépendance, fut arrêté pour avoir déclaré lors d’une conférence où assistaient des Européens, que son organisation était restée sans réponse pour plus de 400 plaintes contre l’Autorité Palestinienne.

Peu après son arrestation, il dénonça avec plus de force l’Autorité Palestinienne: « leur excuse est la suivante: nous sommes démocratiques mais nous ne sommes pas la Suède, nous sommes du tiers-monde et notre peuple a besoin de se faire battre ».

Il fut à nouveau arrêté et torturé en prison.

Bassem Eid, de l’organisation B’Tselem, fut accusé d’être un « collaborateur » par Rajoub lui-même: sa sécurité fut alors en danger, et tous ses déplacements durent être encadrés par des officiels de l’OLP qui limitaient ainsi sa capacité à mener des enquêtes.

Son rapport d’août 1995 est le dernier rapport indépendant de B’Tselem sur les territoires et les pratiques violentes de l’Autorité Palestinienne.

Le lendemain de la parution du rapport, Eid fut arrêté et détenu à Ramallah.

En alternant des stratégies de non-confrontation, d’intimidation et des actions individuelles violentes, l’Autorité palestinienne réussit à rompre l’indépendance des ONG, et à les faire travailler en faveur du nationalisme palestinien.

À ce titre, toute critique contre Arafat et son système fut interdit, et les médias occidentaux jusqu’à aujourd’hui sont incapables de mettre au jour ces pratiques, continuant ainsi à diffuser des informations relevant de la propagande.

 

Le simulacre d’élection et la légitimité factice

À l’approche des élections de 1996, Arafat était assuré d’une large victime pour lui et ses fidèles du Fatah.

Les opposants potentiels avaient renoncé un à un à leur liberté d’opinion et au bout du compte, Iyad a-Sarraj ou encore Haydar Abd ash-Shafi qui dirigeait la délégation palestinienne à la conférence de Madrid, durent se mettre en retrait.

Une personne décida d’affronter Arafat: Samiha Halil, une femme de 72 ans qui était connues pour sa défense des droits de l’homme, mais sans aucun écho public dans une société conservatrice et majoritairement islamiste.

Cette situation permit à Arafat non seulement de faire croire que l’élection était démocratique, que l’opposition était existante, que les droits des femmes mais que le plébiscite n’était pas le produit d’une manipulation savamment orchestrée.

Lors des élections, la présence massive de policiers palestiniens dans et autour des bureaux de vote, en contradiction avec une loi promulguée par Arafat lui-même, était tout un symbole.

De surcroît, plus de 100 000 votants « analphabètes » furent assistés par des officiels du Fatah ou par des policiers pour accomplir leur devoir électoral.

Arafat fut plébiscité à hauteur de 87,3% qui lui donnait une assise de leader incontestable, tandis que le Fatah mit la main sur 67 des 88 sièges mis en jeu, dont une part essentielle de vétérans de l’OLP-Tunis.

Peu après les élections marquées par la corruption, les forces de police atteignirent le chiffre faramineux de 50 000 membres.

Les élections municipales qui devaient avoir lui à la suite à l’été 1996 furent repoussées de six ans.

Le système Arafat est un régime répressif qui a su faire un usage massif de la communication à ses propres fins: il se sert de la division pour prétendre soutenir la pluralité, mais assigne à chacun une fonction destinée à asseoir son pouvoir, il étouffe toute velléité de contestation au nom d’un objectif plus grand, il se rend irremplaçable en détruisant toute vie publique, éliminant toute alternative.

Tous ces procédés démontrent grandement qu’il représente un obstacle à la paix, car son pouvoir personnel s’est nourri de la guerre: et c’est pour cela qu’en 2000 il lancera la guerre de reconquête qui se soldera militairement par un échec patent face à la stratégie d’Ariel Sharon jusqu’à la décision funeste du retrait de Gaza. Deux années ont été nécessaires pour permettre à Arafat d’inventer un simulacre d’élection, mais les dommages causés à la société arabe demeurent aujourd’hui encore évidents: l’absence d’alternative venant de la société civile en faveur de la paix, l’opposition violente entre mouvements eux-mêmes fondés idéologiquement sur la violence, l’instrumentalisation de l’opinion publique, une propagande belliciste et raciste, voire conspirationniste et judéophobe.

Et ce sont les mêmes apparatchiks corrompus et responsables du système répressif qui aujourd’hui encore sont adoubés par les chancelleries occidentales pour mener « le processus de paix ».

Erekat, que nous avons vu à l’œuvre dans la mise au pas de l’administration arabe et sa soumission à la logique de guerre de l’OLP, en lieu et place de services à destination de la population, prend le rôle de « négociateur » dans ce jeu funeste de marionnettes où chaque année renforcent les perspectives les plus sombres: comment dans ces conditions peut-on encore parler de processus de paix?

La non-conclusion d’un traité définitif de paix n’est pas l’échec patent de l’occident?

Ainsi que la faillite de certains dirigeants israéliens qui ont préféré remettre à une organisation terroriste les destinées d’une population avec laquelle il faut envers et contre tout coexister?

L’éducation à la haine des enfants arabes n’est pas sans laisser présager d’autres heures noires qui auraient pu être évitées, sinon être atténuées, si les médias et dirigeants occidentaux n’avaient pas donné blanc-seing à un dictateur dont le rôle aurait été grotesque s’il n’avait pas donné lieu à tant de sang innocent versé.

Une réflexion sur “Au coeur du système Arafat

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