la Haskala et l’assimilation 1-les ambiguïtés françaises

Le Grand Sanhedrin

On entend souvent que les « Lumières juives » seraient à l’origine d’un vaste mouvement d’assimilation des populations juives européennes – voire au-delà, parmi les communautés juives qui seront sous l’influence de l’Alliance Israélite Universelle -. A cet égard, elles auraient servi de terreau à une négation collective au moment où les Etats-nation européens étaient en voie de constitution. Force est de constater néanmoins que « Lumières juives », « Haskala » ou « Hitbolelut » sont des concepts difficiles à définir. Aujourd’hui même, internet a un rôle décisif dans la possibilité pour de nombreux Juifs « assimilés » de s’informer voire de faire teshuva, retour au judaïsme. C’est le rapport entre modernité et tradition qui se trouve au centre de notre réflexion et qui demeure, près de trois siècles après les débuts de la Haskala, toujours d’actualité, jusque dans ce que d’aucuns appellent le clivage contemporain entre un certain universalisme gauchisant de l’élite israélienne, peu ou prou d’ascendance ashkénaze, et un sionisme populaire, le plus souvent séfarade ou mizrahi.

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L’aporie de l’émancipation et l’antisémitisme contemporain 1

Yosef Yerushalmi, dans son essai intitulé Zakhor. Histoire juive et mémoire juive, (Paris, La Découverte, 1994) aborde la question de l’historiographie juive. Il souligne à juste titre que l’écriture de l’histoire, ainsi que la constitution d’une ligne de fracture entre le temps présent religieux orienté vers le futur, et la perception d’un changement de condition de vie reléguant ainsi dans le passé le patrimoine qui n’est désormais plus vécu hic et nunc, constituent deux enjeux fondamentaux de l’histoire contemporaines des Juifs.

C’est au tournant du 19e siècle naissant que se joue la formulation contemporaine d’une aporie dont l’identité juive d’aujourd’hui semble encore souffrir à bien des égards. « L’âge d’or de l’histoire en Europe coïncida avec l’aube du nationalisme moderne« , écrit Yerushalmi (p.105), ce qui pourrait garantir la légitimité collective du peuple juif à partir de l’écriture de son histoire en propre. La Wissenschaft des Judentums, ce mouvement intellectuel autour de Leopold Zunz, entama ainsi une redécouverte et un réexamen de la littérature juive dans une perspective non plus religieuse ou rituelle, mais en s’appuyant sur les méthodes universitaires: la fin du ghetto serait ainsi la fin d’un monde voué dorénavant, pensait-il, à la seule préoccupation des savants et des philologues. Heinrich Graetz entendait de son côté établir une continuité culturelle dans son Histoire des Juifs (1853-1871). Mais pour ces intellectuels, ce n’est pas le versant national qui est induit par cette évolution, mais au contraire l’achèvement de l’histoire proprement dit, au profit de l’historiographie d’une époque et d’un mode d’être qu’ils pensaient révolus.

Néanmoins, « l’Europe exigeait dans le même temps des seuls Juifs qu’ils cessassent de se considérer comme une nation et qu’ils se redéfinissent en des termes purement religieux. C’était une des conditions qu’elle mettait à leur émancipation. » (p.105) Exister en tant que « juif » serait ainsi s’exposer à une exclusion volontaire, puisque l’individu concerné aurait eu le choix entre l’émancipation, l’accès à une égalité de jure (à défaut d’être réelle), et l’inclusion dans l’universel d’une part, et la marginalisation voulue, comme l’effet d’un particularisme acharné.

En réalité, le processus qui se joue à travers par exemple l’historicisation du Talmud par les universitaires allemands, la sécularisation de l’histoire, ou encore la désacralisation du texte biblique qui pouvait faire l’objet d’une étude hors du champ des méthodes et de la tradition juive, reflète deux tensions: la première porte sur la modernité et la seconde sur la relation du religieux au politique. Le rapport au passé qui transparaît dans la conception d’une histoire juive met en exergue la façon dont une société, en l’occurrence  l’ensemble des individus liés par un sentiment de communauté avec les autres juifs, nous permet à la fois de faire figurer côte à côte les revendications des intellectuels ainsi les configurations symboliques et idéologiques à travers lesquelles les idées mêmes de peuple juif, de judaïsme ou d’identité juive sont perçues.

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Une terre et des hommes : Israel – pays pionnier

ISRAEL PAYS PIONNIER

L’histoire de l’Etat d’Israel est avant tout l’oeuvre de pionniers, d’hommes et de femmes qui sont partis de rien, et sur une terre aride, souvent insalubre, et misérable par des siècles d’abandon, qu’ils ont réussi à faire reverdir.

Des pages d’histoire généralement omises au profit d’une version idéologique qui n’a conduit qu’à plus de haine.

L’histoire de ses hommes et de ses femmes qui ont, de leur propre main, de leur propres efforts, et grâce à leur volonté et leur amour pour cette terre d’Israel, ont acquis, plus que quiconque, le droit à y vivre. Une terre ne porte pas de titre de propriété. Elle accueille celui qui a su se montrer digne du don de cette terre.

Et ce sont quelques pages de cette histoire d’à peine un siècle que cet article souhaite présenter.

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