Le sionisme des Juifs de Bukhara

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Le sionisme des Juifs de Bukhara

Par Sacha Bergheim

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Une communauté d’exception

La tradition fait remonter l’origine des juifs de Bukhara aux Tribus de Naphtali et d’Issachar exilées durant la captivité en Assyrie à partir du 7e siècle avant JC. Une seconde vague de Juifs descendant aux mêmes des exilés en Babylonie aurait rejoint l’Asie centrale autour des 5-6e siècles av. JC.

On considère que les Juifs de Bukhara (בוכרים‎ – یهودی بخارایی – яҳудиёни бухороӣ / ya’hudioni by’horoï – Бухарские евреи) ont généralement vécu en marge du reste du monde juif pendant plus de deux millénaires et ont maintenu et préservé leur héritage juif, développant une culture propre avec l’influence des cultures environnantes de l’Asie Centrale. D’autres Juifs se sont toutefois joints ultérieurement à la communauté d’Asie centrale (Juifs de Perse, du Moyen-Orient suivant la route de la Soie). L’histoire des Juifs de Bukhara se sépare de la communauté iranophone de Perse à la suite de la prise de pouvoir des chiites Safévides au 16e siècle qui entrent en conflit avec les Emirs d’Asie Centrale d’obédience sunnite.

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La persécution des Juifs de Syrie – Reut R. Cohen

La persécutions des Juifs de Syrie.

Reut R. Cohen

Un article original : The Persecution of the Jews in Syria


Traduit par Sacha Bergheim avec l’aimable autorisation de l’auteur

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Il est important de remarquer que des pays comme l’Arabie Saoudite, le Yemen, Oman, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Iraq et le Koweit n’existaient pas aux débuts du 20e siècle. La Syrie, par exemple, a été constituée en avril 1946, le Liban le 26 novembre 1941, même s’il n’a été reconnu que le 22 novembre 1943.

Israel, souvent désigné comme Palestine (un terme qui remonte aux colonies de l’Empire romain plutôt qu’à l’histoire des Arabes) a une existence attestée dans l’histoire comme Royaume juif.

L’essentiel du Proche-Orient a été dominé par l’Empire ottoman, puis les Britanniques ont plus tard pris le contrôle de la région et ont créé de nouveaux pays, installé des royaumes, tel que le Royaume hachémite de Jordanie qui n’avait jamais auparavant existé. De nombreux peuples non-musulmans vivaient dans ces régions et représentaient une part significative de la population de villes comme Bagdad, le Caire, Damas, avant l’émergence du mouvement nationaliste arabe. Les Juifs étaient ceux, parmi ces peuples, qui ont eu une présence continue de Jérusalem à Hébron, jusqu’au Yémen et à l’Iraq d’aujourd’hui.


Sous le joug islamique les Juifs vivaient en Syrie en tant de dhimmis et avaient de ce fait des droits sociaux et juridiques moindres que les musulmans. La situation des Juifs dans les années 1940 s’est détériorée en raison du mouvement national arabe. Des émeutes eurent lieu à plusieurs reprises à Damas. Le pillage des maisons et le viol des femmes juives étaient courants. Ma grand-mère maternelle qui vivait à Damas s’est enfuie de Syrie au milieu des années 1940. Ses parents étaient décédés et elle était contrainte de vivre avec une soeur aînée. Ma grand-mère était consciente que la vie pour les Juifs devenait dans les années 1940 plus difficile. Sous le joug colonial français, les Juifs étaient un peu plus acceptés en Syrie, mais l’avènement du nationalisme arabe a vu la situation des Juifs se dégrader rapidement.


À l’âge de 16 ans, ma courageuse grand-mère a décidé de faire un long et pénible voyage pour rejoindre Israel, en payant un homme druze avec l’or que sa mère lui avait laissé.

Reut Cohen avec sa grand-mère en 1988

Ma grand-mère et d’autres Juifs qui partaient de Syrie vers Israel devaient marcher la nuit car les autorités syriennes incarcéraient tout Juif fuyant en direction d’Israel. Pour beaucoup de Juifs, il était donc presque impossible de s’enfuir. Les derniers Juifs de Syrie ont pu s’échapper au début des années 1990. Nos proches parents, qui sont arrivés en Israel à ce moment, nous ont reconnu ce qu’ils ont vécu. Ils avaient été arrêtés par les autorités syriennes, torturés pendant des années et subissant des crimes innommables, perpétrés par la police syrienne.

Famille juive dans leur ancienne maison en 1901 à Damas, alors sous joug turc

Avant 1947, il y avait plus de 30 000 Juifs vivant en Syrie. Les trois principaux groupes étaient composés des Juifs Mizrahi de Damas, des Juifs kurdophones de Kamishli, et des Juifs d’Alep liés à l’Espagne.


L’histoire de la présence juive en Syrie peut être retracée jusqu’avant même l’introduction du christianisme et de l’islam. À certains moments, la situation des Juifs en Syrie fut relativement bonne. Par exemple, Menashe Ibrahim el Kazzaz dirigea l’administration syrienne et garantit aux Juifs la possibilité de tenir des positions au gouvernement.

Mariage juif à Alep en Syrie - 1914

À la suite de l’indépendance syrienne en 1946, les attaques contre les Juifs et leurs biens s’accentuèrent et culminèrent à plusieurs reprises dans des pogromes sanglants. Le pogrome de 1947, par exemple, laissa tous les magasins et les synagogues d’Alep en ruine. Les Juifs furent déclarés « ennemis du gouvernement ». Des milliers de Juifs fuirent alors le pays en dépit des menaces du gouvernement syrien d’incarcération et d’assassinat contre tous ceux qui oseraient s’échapper. Les maisons et les biens des Juifs furent saisis par les musulmans locaux et les autorités.


Le Juifs de Syrie qui restaient se trouvèrent dans l’impossibilité de s’échapper. Ils étaient otages d’un régime fasciste. On leur disait qu’ils ne pourraient quitter la Syrie qu’à la condition d’abandonner des membres de leur famille. C’est pourquoi la communauté vécut alors enfermée et sous la peur, surveillée par la police secrète.


Le dernier exode des Juifs syriens a eu lieu aux environs d’octobre 1994 lorsque des Juifs s’en allèrent avec leur grand rabbin. 1 262 Juifs syriens ont été sauvé et conduit en Israel. Rabbi Avraham Hamra, leader spirituel de la communauté juive syrienne, fit parti de ceux qui quittèrent le pays et immigrèrent à New York. Il vit aujourd’hui en Israel.


Il reste aujourd’hui moins de 100 Juifs en Syrie. Les Juifs y sont la seule minorité avec des passeports et des cartes d’identité indiquant leur religion.



Sources:

« Country Reports on Human Rights Practices. » U.S. Department of State. 4 Mar. 2002. US Department of State. 19 Jan. 2009 .

Frankel, Jonathan. The Damascus Affair. Cambridge: Cambridge University Press, 1997

Singer, David and Lawrence Grossman. American Jewish Year Book 2003. American Jewish Committee, 2003.

Stillman, Norman. The Jews of Arab Lands in Modern Times. Philadelphia: The Jewish Publication Society, 1991.

Yadin, Yigael. Bar-Kokhba; the Rediscovery of the Legendary Hero of the Last Jewish Revolt against Imperial Rome. London: Weidenfeld and Nicolson, 1971.

Ye’or, Bat et.al. Islam and Dhimmitude. Madison: Fairleigh Dickinson University Press, 2002.

La persécutions des Juifs d’Iraq – par Reut R. Cohen

La persécution des Juifs d’Iraq.

Reut R. Cohen.

Article original : The Persecution of Jews in Iraq

Traduit par Sacha Bergheim avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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« La déshumanisation de l’identité juive, provenant de tourments et d’humiliations incessants, nous a réduit au plus bas niveau de nos facultés physiques et mentales et nous ont privé de notre pouvoir de guérir. » Max Sawadayee, Juif d’Iraq, dans « All waiting to be Hanged » (Tous dans l’attente d’être pendus)


Mon grand-père paternel se souvenait nettement de son vécu de Juif à Bagdad et du Fahrud de 1941 qui eut lieu durant la fête juive de Shavouot. Il m’a appris que Farhud en arabe signifie littéralement « pogrome » ou « dépossession violente ». Il s’agissait d’un pogrome nazi, coordonné par des leaders génocidaires comme le Mufti Haj Amin al-Husseini et Rashi Ali. Pendant deux jours, la foule arabe s’est déchaînée à Bagdad et dans d’autres villes d’Iraq. Près de 150 Juifs ont été tués et plus de 2 000 blessés ; quelques 900 maisons juives ont été détruites et pillées, et des centaines de magasins tenus par des Juifs ont été volés et détruits.

Reut R. Cohen et son grand père en 1987.


Les plus anciens membres de ma famille se souviennent avoir été témoins de la façon dont les soldats iraqiens ont arraché des enfants à leurs familles, arraché les bras de jeunes filles pour leur voler leurs bracelets ; des femmes enceintes ont été violées et éventrées. Mon grand-père a caché son bébé sous sa chemise lorsque les violences ont commencé et il s’est enfui de sa maison. Mon arrière-grand-père a sauvé toute sa famille durant les émeutes qui avait éclaté à Bagdad en affirmant être un Musulman lorsque les troupes iraqiennes sont entrées dans les maisons dans le but de piller, violer et tuer. Malheureusement, les Britanniques ne sont pas intervenus et ne semblent pas s’être inquiétés de ce qui arrivait à la communauté juive. À la fin, alors qu’être Juif était concrètement synonyme de condamnation, la famille de mon père s’est échappée jusqu’en Israel avec leurs vêtements pour seul bien – ces derniers avaient été confisqués – laissant derrière eux tout ce qu’il connaissait. Ce vécu n’est pas unique et a été partagé par plusieurs milliers de Juifs bagdadi.

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