Aux origines de l’antisionisme. III

L’antisémitisme musulman – première partie

Un mauvais jeu de mots.

Un des lieux communs de l’antisémitisme arabe consiste à dire qu’un arabe étant « sémite », il ne peut se haïr lui-même. Et puis, il prétend que l’antisémitisme serait uniquement européen… Raisonnement fallacieux qui a pour finalité de dédouaner le monde musulman de sa complaisance dans la plus violente judéophobie! Plus précisément, que signifie cette assertion, utilisée par Dalil Boubakeur récemment ?

→ Il part du principe que l’antisémitisme, du moins pour éviter toute ambiguïté, la judéophobie arabe et musulmane n’est pas une discrimination ethnique ou religieuse condamnable, mais qu’elle correspond à l’ordre théologique des choses. Le Livre saint de l’islam enseigne en effet la hiérarchie des religions, et l’humiliation du dhimmi (juifs ou chrétiens) appartient à l’ordonnancement divin du monde. Les ségrégations, insultes, vexations, persécutions, aggressions, calomnies sont donc du point de vue musulman justifiées théologiquement. En somme, un simple jeu de mots : il n’y a pas de judéophobie puisqu’elle est de légitimité théologique. Que chaque musulman s’y reconnaisse ou non relève de sa responsabilité personnelle, et ne concerne pas mon propos. En revanche, la lettre du texte coranique est explicite.

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→ Comment alors inverser ce postulat, en faisant porter à la mauvaise conscience européenne la responsabilité de cette judéophobie spécifiquement arabo-musulmane ? En faisant passer cet état de fait pour une simple réaction (révolte, résistance, selon toutes les variabilité possibles du lexique) à la présence juive en Palestine (dans son sens géographique). Pour Dalil Boubakeur, présenté comme un « modéré », mais fidèle à l’idéologie arabe, l’antisémitisme est européen (le terme l’est, de toute évidence, mais l’enjeu porte sur la réalité de la discrimination), il ne dit rien d’autre que la judéophobie arabe ou musulmane ne serait qu’une réaction allergique au sionisme. En ce sens, elle n’aurait finalement rien d’infâmant. L’agression des Juifs serait le passage obligé de la lutte des opprimés pour leur liberté…

→ L’intérêt de ce raisonnement est double: non seulement il donne son appui à la haine la plus féroce, dont vous trouverez quelques illustrations plus loin dans l’article, mais il ne lui donne aucune limite puisqu’il part du principe que c’est la présence même du Juif libéré du joug musulman qui est insupportable, non celle du Juif soumis. En d’autres termes, le chantage consiste à dire que la haine est ouverte tant que la réddition des Juifs libérés n’est pas obtenue, c’est-à-dire tant que l’ordre théologique musulman n’est pas restauré dans le sens d’une domination islamique. La révélation islamique étant censée mettre un terme aux prophéties précédentes et imposant une stricte hiérarchie des croyances entre elles, l’égalité d’une minorité conçue comme foncièrement inférieure ne peut qu’apparaître comme une menace pour la véracité même de la prophétie de Mahomet. C’est le versant principal de l’idéologie judéophobe contemporaine : c’est pourquoi dès 1948, la conquête de la Palestine mandataire a une dimension prioritairement religieuse.

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Cela signifie clairement que, du point de vue du monde musulman et arabe, l’antisionisme est une caution explicite et acceptation consciente de la hiérarchie entre religions et cultures, et un encouragement à sa vision réactionnaire du monde globalisé.

On comprend alors aisément en quoi la Nakba des arabes palestiniens ne désigne rien d’autre que la libération des Juifs : c’est une catastrophe qui évoque les tensions de la fin du monde.

La réthorique apocalyptique du combat ultime ou le délire sur la domination juive mondiale s’explique par cette théologisation de l’espace et de l’histoire. L’hymne haTivah est donc perçu comme un affront et un blasphème qui ne saurait être apaisé par un quelconque règlement politique et un tracé de frontières.

C’est le fait même d’une altérité qui est insupportable au mode de pensée hérité de l’islam des premiers temps.

2 réflexions sur “Aux origines de l’antisionisme III- première partie

  1. Oui, l’arabe est bien une langue sémite, mais quand est-il du musulman.

    Si Abraham était sémite, Agar était couchite.
    Donc Ismael sont fils détient deux origines.

    A ce que je saches les fils et filles d’Isamel ne sont pas marié a des sémites, mais majoritairement des couchites.

    La question est cela donne quoi ?

  2. « Si Abraham était sémite, Agar était couchite.
    Donc Ismael sont fils détient deux origines. »

    Dans la serie des idees recus…

    A ce jour, rien ne prouve que les Arabes sont les descendants d’Ismael.

    Jusqu’aux affirmations de Mahommet aucun recit, legende, texte ou monument ne suggere que les Arabes et Bedouins sont ou se reconnaissent comme descendant d’Ismael et donc d’Abraham.

    Si le cote folklorique des Juifs et Arabes cousins ou freres fait toujours recette, il y a tout lieu de penser que ce raccourci permet avant tout de donner a ce qui est a l’epoque des nomades avec peu de foi et peu de lois une lignee federatrice qui permettait de ratisser large et d’essayer de se rattacher au deux grand courant du monothesime deja en place.

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